Cinéma

Lundi 2 juin 2008 1 02 /06 /2008 20:40
Heat
Un film de Michael Mann

   Grand classique dans le cinéma d'action, Heat démarre par le braquage d'un fourgon d'argent par une bande d'hommes menée par Neil McCauley - or, à cause de la présence dans le groupe de l'impulsif Waingro, le hold-up tourne au massacre. Le lieutenant Vincent Hanna, un flic particulièrement acharné et malin, est dépéché sur les lieux, et décide de tout faire pour mettre fin aux agissements de McCauley, lequel prévoir d'éliminer Waingro et d'orchestrer un nouveau braquage sur une banque.

   Heat est donc un grand classique, pour la simple raison qu'il réunit en face-à-face ces deux géants du cinéma (qui par ailleurs n'apparaîtront ensemble que pendant deux scènes) que sont Al Pacino et Robert de Niro. Il m'avait souvent été donné d'apprécier la prestation des deux acteurs, en particulier par le biais de De Palma pour le premier (Scarface, L'impasse) et de Scorsese pour le second (Mean Streets, Casino, Les affranchis). S'ils jouaient tous deux dans le second épisode du Parrain de Francis Ford Coppola, c'était à deux époques différentes, Al Pacino incarnant Michael Corleone et Robert de Niro un Vito Corleone jeune et vivant alors à plusieurs générations de différence. A noter que si les deux acteurs n'ont à ce jour jamais sorti de films en France où ils collaboraient, il reste néaumoins un projet de film nommé Righteous Kill dont ils sont les instiguateurs et qui devrait sortir, selon Allociné, ce 17 septembre 2008 sur les écrans français, et où ils jouent deux flics traquant un tueur en série.

   Heat est ce que je définirais comme un film classique, mais efficace, et en l'occurence très efficace. Si l'on n'y relève pas grand chose d'exceptionnel (à part bien évidemment le duo d'acteurs principaux), l'ensemble du film est placé sous le signe d'un certain bon goût dans les choix de mise en scène, dans les rôles secondaires, dans l'élaboration du scénario et des autres personnages, dans l'ambiance global que l'on retire de l'oeuvre. Rien de réellement bluffant ici, mais cela n'empêche pas Heat de se montrer très réussi et ce sur un peu tout les plans : lui reprocher réellement quelque chose reviendrait à chipoter sur des détails qui ne gênent pas pour autant le film, lequel se montre au final très agréable à voir, donc.

   En somme, un film d'action qui a le mérite de réunir deux géants du cinéma, en plus d'être très bien fait, même si l'on se serait attendu à un peu plus d'innovation, ce qui ne le lèse pas pour autant. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 25 mai 2008 7 25 /05 /2008 12:00
Street Trash
Un film de Jim Muro

   Merci à Nico Molotov pour le DVD.

   Les protagonistes de Street Trash, ce sont des clochards, une dizaine de clochards dominés par Bronson, un psychopathe, et l'un des pires produits du Vietnam en matière de folie, portant constamment sur lui un fémur humain fait dans les os de ses ennemis. Un beau jour, Ed, l'épicier local, découvre dans sa cave une mystérieuse caisse pleine de bouteilles étiquetées "Viper" : une boisson qui, consommée par les acheteurs, les fera soit se liquéfier soit éclater, se répandant en un produit hautement corrosif.

   Je serais tenté de caractériser Street Trash de
Bernie américain, y étant commun (même s'il n'atteint pas le niveau du film de Dupontel) par bien des points : l'humour très trash et très méchant, le fait qu'il se moque d'absolument tout (femmes, noirs, flics, mafieux, vétérans du Vietnam, allant jusqu'à se moquer de cette Amérique que tous présentent comme traumatisée par un conflit dont la vision est très dérisoire), le fait qu'il ne prenne pas de gants et s'avère finalement être une oeuvre complètement délirante et sans guère de pause, autant déjantée dans la forme que dans le fond.

   C'est tout d'abord par le biais d'un générique assez rapide et donnant déjà son ton au film que l'on découvre Street Trash, au travers d'une scène de course-poursuite déjà assez amusante, même si plutôt gentillette, accompagnée d'une bande-son assez électro et ne lésinant pas sur l'utilisation d'un son plutôt crade, qui s'accorde à merveille avec d'une part les décors - formidablement glauques, et je me demande bien où Muro a-t-il trouvé de tels lieus - et les personnages, tous clochards, caricaturaux et déjantés au possible, déchirés en permanence de mille rictus et n'étant pas sans évoquer ceux de
Enfermés dehors par exemple, mais en plus sales et en plus cinglés encore.

   Film de cinglé, on peut dire que Street Trash l'est : partant sur une idée déjà assez hallucinante, et n'hésitant pas à tartiner au maximum au niveau des effets spéciaux - qui, de plus, ont beaucoup vieilli, faisant paraître le film pour plus hallucinant encore -, le tout a toutefois le défaut de ne pas toujours tenir la route : ainsi Muro désertera-t-il carrément son idée de base pendant une bonne partie centrale du film, avant d'y revenir de manière très précipitée, de même qu'il ne se pose pas toujours la question de la cohérence de certains passages, du point de vue des réactions des personnages par exemple - mais bon, vu à quel point le film se révèle d'ores et déjà complètement délirant, on peut dire que l'on est plus à ça près, et c'est presque si cette désorganisation totale ne rajoute pas du caractère à l'ensemble.

   Une composante majeure de Street Trash, et qui à mon sens en font le principal, ce sont les dialogues : extrêmement violents du point de vue de l'humour, complètement délirants, profondément crétins, s'enchaînant de manière hallucinante pour aboutir à un résultat très drôle, il faut le dire, ils sont de plus doublés par un jeu volontairement décridibilisant, alors que les personnages n'hésitent pas par moments à pousser la caricature au maximum dans leur délire (et parfois, malheureusement, un peu trop, ce qui fait perdre le charme de certaines scènes). Le tout se voit être complétée par une histoire complètement absurde, un final de génie tant il part en un grand n'importe quoi réellement hilarant, des situations acadabrantesques, des personnages assez inouïs, et surtout un sens du glauque et du gore là encore poussé à l'outrance - et d'ailleurs, sur la jaquette du film, celui-ci est considéré comme "un sommet de mauvais goût", dans le bon sens du terme, ce qui lui va parfaitement bien.

   En somme, Street Trash, s'il reste constellé de pas mal de défauts, reste un film réellement complètement délirant, poussant tout à l'outrance (et parfois trop) mais néaumoins hilarant. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /2008 12:00
Les Autres
Un film de Alejandro Amenabar

   Merci à Xhop pour le film.

   Les Autres raconte l'histoire, en 1945, d'une famille vivant dans un vieux manoir, à l'écart de tout : la mère, Grace,  qui peine à gérer le tout, le père absent car parti à la guerre et toujours pas de retour (et la mère cache d'ailleurs aux enfants que la guerre est finie pour ne pas les affoler) et les deux enfants, Anne et Nicolas, qui, souffrant de photosensibilité, ne peuvent avoir de contacts avec la lumière du soleil, courant le risque d'en mourir. Alors que, pour une raison mystérieuse, l'ensemble des domestiques du manoir ont fui une semaine auparavant, trois nouveaux arrivent à la maison, à la recherche d'un emploi : Bertha Mills, vieille gouvernante, Lydia, jeune fille muette, et Mr. Tuttle, jardinier.

   Les Autres, nouvelle incursion dans le cinéma horrifique hispanique, me permet de découvrir ce réalisateur jusqu'alors inconnu qu'est Amenabar, et qui présente ici une oeuvre très proche du plus actuel Orphelinat de Juan Antonio Bayona. Si je connaissais déjà les principales clefs de l'intrigue avant le film, car une personne sans grande sympathie avait jugé bon de me les donner, j'ai néaumoins bien profité de l'ensemble, me penchant plus sur sa mise en scène et son ambiance que sur les révélations finales qui ne m'étaient alors pas étrangères.

   Au premier abord, le film s'annonce comme agréablement glauque, prenant place dans un vieux manoir plongé dans les ombres, les enfants ne devant pas être exposés à la lumière du soleil et se cachant alors perpétuellement derrière de lourds rideaux, un vieux manoir duquel les personnages ne sortiront par ailleurs jamais, à part pour s'aventurer dans les bois se trouvant directement en face de celui-ci : le décor de ce qui semble être un huis-clos est alors posé. L'ambiance s'avèrera assez finement posée, s'appuyant sur un décor par ailleurs plutôt sobre et restant globalement, ou tout du moins pendant une très bonne première heure, dans un ton assez noir, assez vieux et par là n'étant pas sans installer les prémices de l'angoisse supposé tarauder le spectateur.

   Angoisse, il y aura, là aussi pendant une bonne première heure de film, assez réussie et ne s'appuyant pas sur des effets spéciaux, préférant laisser la part belle au jeu avec les ombres, les portes, les bruitages et les miroirs, prenant alors tout son sens dans le large décor qu'est la bâtisse où se déroule le film. Amenabar fait preuve de pas mal de bonnes idées permettant de susciter l'angoisse, à commencer par le jeu des portes devant restées fermées à clef impérativement, ainsi que celui des rideaux devant rester perpétuellement fermés. Autre grande contribution à l'angoisse : la prestation d'une Nicole Kidman qui apparaît comme proche elle-même de la folie, alors que d'étranges intrus, les "autres" dont il est question dans le titre, semblent se manifester dans la maison de manière assez singulière.

   Malheureusement, au bout d'une heure de film, les premières révélations commencent à tomber et s'avèrent être très mal amenées par le réalisateur, faisant tomber l'ensemble dans un tout maladroit et presque grand-guignol, tant les situations ont tendance à en rajouter. Deux ou trois scènes viennent ici faire exception à l'ensemble, telle que celle où le personnage d'Anne se drape le visage de sa robe de communion, mais le tout ne parvient pas à contrebalancer l'ensemble et le film traîne difficilement les trois quarts d'heure qui restent. Autre défaut : la mise en scène, beaucoup trop convenue, et parfois mêlée à d'intempestifs travellings guère utiles, même si certains plans, mettant en avant certains traits des personnages que ce soit de manière physique (en les montrant directement) ou symboliques (en s'attachant aux endroits où ils ne sont justement pas : je pense ici à un plan fixé en direction d'un miroir, lequel pivotera sans jamais s'arrêter sur le personnage qui parle), se révèlent être très réussis et contribuer grandement à l'aspect positif du film. Enfin, la musique, composée si je ne me trompe pas par Amenabar lui-même, n'apporte strictement rien à l'ensemble, se montrant également plate et convenue et étant plus ennuyante qu'autre chose.

   Au final, bilan mi-figue mi-raisin pour Les autres, composé d'une excellente première partie et d'une décevante suite, présentant parfois de bonnes idées et se montrant par instant des plus convenus. A voir tout de même.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 18 mai 2008 7 18 /05 /2008 12:21
Le déclin de l'empire américain
Un film de Denys Arcand

   Vu hier soir, curieux de découvrir ce film dont j'avais pas mal entendu parler de-ci de-là.

   L'action démarre quelques heures avant un repas entre amis : les quatre hommes préparent la cuisine, les quatre femmes sont au club de gym. De leur côté, avant, puis pendant et après le repas, les groupes discutent de leurs expériences sexuelles, les comparant les unes aux autres.

   Le déclin de l'empire américain possède cette spécificité d'être un film québecois, tourné en québecois et surtout avec des acteurs québecois. De mon point de vue de lorrain, à l'accent paysan bien pâteux et joyeusement beauf, j'ai toujours considéré ce formidable accent québecois comme l'une des choses les plus drôles au monde, capable de m'envoyer dans de formidables délires complètement irréprécibles, n'en déplaise aux Québecois qui, d'aventure, passeront sur cette critique - et je pense d'ailleurs que ceux-ci s'amuseraient bien en m'entendant moi-même parler français. Toujours est-il que j'ai réellement bloqué sur le premier quart d'heure du film, sans rien y comprendre et sans d'ailleurs essayer d'y comprendre quelque chose, terriblement amusé que j'étais par cete fabuleuse prononciation québecoise.

   J'ai tout de même réussi à capter, au prix d'un douloureux effort sur mon délire, une explication quant au titre du film, Le déclin de l'empire américain, à priori inexplicable au vu de l'histoire. Selon un des personnages, qui expose sa thèse en introduction au film, et avant que les discussions au sujet du sexe ne commencent, l'avènement du plaisir personnel correspond généralement au déclin des grands empires, comme cela aurait déjà été le cas avec les civilisations antiques, et comme cela est, à ce moment, le cas de l'empire américain (rappelons que le film de Arcand date des années 1980). Voilà pour l'introduction.

   Le déclin de l'empire américain est une déception. Certes, je n'attendais pas grand chose d'un film dont le principal sujet est le sexe, et les rapports divers que les personnages ont eu et relatent, de manière parfois assez amusante (en faisant la cuisine pour les hommes et en faisant de la gym pour les femmes, mais plus encore dans le sens où les personnages n'interrompent pas leurs activités pour discuter, donnant une allure quelque peu surréaliste à ses dialogues qui ne se prêtent absolument pas aux lieux où ils se déroulent). Toutefois, si Arcand nous propose quelques (rares) plans sympathiques, l'ensemble de la mise en scène et des situations finit vite par lasser, se montrant terriblement vide, sans grand intérêt cinématographique, évoluant avec une mollesse infinie pour s'enfoncer dans un tourbillon de platitude duquel il ne ressortira pas grand chose de récupérable.

   Les dialogues sont à peu près du même tonneau : si l'on parvient au début à s'amuser des élucubrations des personnages, à leurs manies quelques peu étranges et à leurs tentatives de recherche du plaisir sexuel assez excentriques, et si le film parvient de temps en temps à nous surprendre et à nous faire sourire quand un des acteurs lance une proposition assez inattendue, le tout sombre vite, lui aussi, dans l'ennui, se faisant terriblement redondant - à noter que les amateurs de sexe n'auront pas ici leur compte car il s'agit très essentiellement de dialogues. J'ai personnellement laissé tomber le film au bout d'une heure et quart, vaincu par la lassitude, déçu et sur le point de m'endormir.

   Je ne sais plus quel journal avait mentionné sur la jaquette du DVD avoir été séduit par la profondeur de l'ensemble. Si profondeur il y a, je rame toujours, et sacrément loin du gouffre. Un film à éviter.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Samedi 17 mai 2008 6 17 /05 /2008 12:00
Time and Tide
Un film de Tsui Hark

   Emprunté sur les conseils de je ne sais plus qui, j'ai visionné hier soir Time and Tide, film d'un Tsui Hark que je ne connais que de nom, et pour cause : celui-ci figure sur Nanarland, pour pas moins de quatre films, comme j'ai pu le découvrir juste après avoir vu le film.

   Time And Tide raconte l'histoire, dans le Japon d'aujourd'hui, de Tyler, un serveur qui, ayant besoin d'argent pour offrir à Jo, une femme qu'il a rencontré durant une soirée quelque peu alcoolisée, devient garde du corps. C'est au cours de son travail qu'il rencontrera Jack, ancien mercenaire désirant vivre avec Hui, autre femme qu'il vient d'épouser et de mettre enceinte. Or, Jack sera bien vite poursuivi par ces hommes qui, il y a peu encore, étaient ses coéquipiers.

   Mouais mouais mouais. De ce que j'ai pu entendre dire de Tsui Hark, ce dernier n'aurait pas réalisé que des nanars, et je dois dire que la moyenne de trois étoiles, autant critiques que spectateurs, qui lui est octroyée sur Allociné m'a réellement surpris, car je ne vois là qu'un banal film d'action, efficace dans ses fusillades mais terriblement plat voire mauvais quant au reste. En tout cas, rien qui vaille que l'on s'escrime autour.

   Expédions le bon côté des choses, dans un premier temps : les fusillades. Celles-ci, si elles restent desservies par une mise en scène assez pénible (sur laquelle je reviendrais), s'avèrent toutefois assez efficaces, assez classes, se regardant sans aucun problème à condition, bien sûr, de ne pas vouloir y trouver du grand art. Deux d'entre elles s'imposent en particulier, l'une des premières dans l'hôtel, et celle qui la suit, dans les grands immeubles de Hong-Kong, assez vertigineuse quant à elle : on sent Tsui Hark inspiré par cet aspect des choses, faisant mitrailler ses personnages à tout va sans trop se casser la tête, et on aura beau dire, le résultat se révèle sympathique et mouvementé. Dommage sous cet angle de vue que la fusillade finale se révèle être aussi plate que cela.

   Mais quant au reste, pas contre, Time and Tide est à oublier. On peut ainsi mettre à la trappe sa première demi-heure, voire sa première heure, où il ne se passe réellement pas grand chose, et en tout cas presque aucune scène d'action, le seul intérêt du film. Le reste ne se révèle être également qu'une longue accumulation de défauts et de trucs divers et tous en trop : un humour, il faut le dire, particulièrement pitoyable (même si deux ou trois séquences prêtent de temps en temps à sourire), une mise en scène désagréable comme pas permis, alternant jeu de caméras dans tous les sens et ralentis franchement pas très très utiles, voire carrément pénibles pour l'oeil (même si la majorité des séquences d'action s'avèrent pas trop mal exécutées), un choix de couleurs terriblement laid et qui n'est pas sans m'évoquer le déjà horrible Batman et Robin de Schumacher, bien qu'en moindre mesure, une histoire plate, et j'en oublie.

   Je ne m'étendrais pas sur Time and Tide, doutant que le film en vaille le coup : plus proche du navet que d'autre chose à sa base, il se révèle être toutefois un divertissement sympathique à condition de le voir uniquement pour ses scènes d'action, assez réussies, et valant même pour certaines franchement le coup d'oeil. Les autres, passez votre chemin.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Mardi 13 mai 2008 2 13 /05 /2008 12:00
Teeth
Un film de Mitchell Lichtenstein

   Vu un peu au hasard, un samedi après-midi, curieux de voir ce film donc le synopsis promettait d'ores et déjà beaucoup.

   Teeth raconte l'histoire de Dawn, une lycéenne, puritaine comme pas permis, profondément chrétienne, jusqu'à refuser tout contact sexuel avant le mariage où adopter des comportements parfois étonnament aberrants (du genre refuser de se laisser toucher les seins par son copain et clamer "Purity, Purity" quand celui-ci s'y essaye tout de même). Sauf que la jeune Dawn cache quelque chose, qu'elle va découvrir de manière assez brutale : son vagin a des dents.

   Mitchell Lichtenstein ressuscite ici le mythe séculaire de la Vagina Dentata, soit de la femme possédant des dents au vagin. Cette croyance mythologique symbolise la peur de la castration pour l'homme. L'idée de l'adaptation de ce vieux mythe sur le grand écran promettait à vrai dire beaucoup, car le réalisateur avait moyen de nous embarquer dans un sacré délire, encore plus en prenant un personnage principal pareil, catholique à l'extrême, qui se retrouve à posséder une arme de type sexuelle. Le délire se montre toutefois assez irrégulier, et pas mal de défauts transparaissent dans Teeth, même si l'ensemble reste toutefois assez positif et drôle.

   On rit tout d'abord beaucoup du portrait qui est fait de l'Amérique puritaine, un portrait qui n'a pas été sans m'évoquer le documentaire Jesus Camp, visionné l'an dernier, dans un registre autrement plus sérieux : la conférence qui fait la première scène du film donne à vrai dire déjà le ton de l'ensemble du long-métrage, de même que les "Purity Purity !" que j'ai mentionné dans l'introduction de la critique. En parallèle, on a le portrait d'une Amérique des plus vulgaires et des plus relâchées, par le biais du frère de Dawn notamment, au comportement sexuel des plus débridés, et à la moralité plus que douteuse comme il le montre lors de deux ou trois scènes. C'est malheureusement là la première et douloureuse limite de Teeth : si le contraste entre les deux personnages s'avère être parfois assez amusant, le tout se révèle être beaucoup trop simpliste et poussif pour plaire avec constance, se faisant parfois même très (trop) lourd et tombant dans de vulgaires clichés, même si certains détails sauront toujours faire rire le spectateur.

   Les situations prêteront elles aussi à rire, même si là encore une limite apparaît : effectivement, même si on rit beaucoup lorsque Dawn découvre les dents qu'elle possède dans son vagin, dans une scène joyeusement hystérique, et même si l'utilisation de ces mêmes dents prête à sourire, le tout à tendance à tomber dans un ensemble un peu trop redondant, répétitif, et lasse un peu au bout d'un moment - ce qui ne veut pas dire que le film est ennuyeux, loin de là, car restant relativement court et réussi du niveau du rythme sur sa longueur. La fin, si elle n'est guère exceptionnel, reste sympathique et s'ancre bien dans l'esprit du film. A noter que le réalisateur se permet par moments quelques débordements joyeusement gores et assez drôles.

   Reste une peinture assez critique et par moments assez méchantes de la société américaine, jouant assez grossièrement sur des contrastes qui se révèlent au final plutôt efficaces. On s'amuse beaucoup, malgré les défauts de l'ensemble,  le film vaut au définitif le coup d'oeil. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 11 mai 2008 7 11 /05 /2008 23:00
L'exorciste
Un film de William Friedkin

   Curieux de découvrir ce qui reste considéré comme l'un des classiques de l'épouvante, et même du septième art au sens large, j'ai regardé hier L'exorciste, le film culte de William Friedkin.

   L'histoire de L'exorciste est des plus connus : Regan, une dizaine d'années, présente de curieux troubles comportementaux, allant en s'aggravant : devant l'échec de la psychiatrie et de la chirurgie, sa mère, actrice célèbre, fait appel au service du père Karras, psychiatre et prêtre dont la mère vient de mourir récemment, lequel décide de procéder à l'exorcisme avec l'assistance du père Merrin.

   Si je ne m'attendais à pas grand chose avec ce vieux film d'horreur qu'est L'exorciste (quoique, le premier
Halloween de Carpenter se révèle être toujours aussi effrayant malgré les années), j'ai tout du même été sacrément déçu par le résultat final : effectivement, le film de Friedkin a assez mal vieilli (même si nombre d'effets spéciaux se révèlent rester relativement potables) et est devenu des plus ridicules, au regard d'aujourd'hui. Si l'oeuvre que j'ai visionnée avait en son temps traumatisé les foules, elle a aujourd'hui basculé dans un ensemble des plus grotesques, et si quelques passages peuvent se révéler être angoissants malgré l'épreuve des années (la scène où l'electricité tombe en panne, par exemple), l'ensemble tombe sous un aspect plus ridicule et drôle qu'autre chose : difficile d'une part de réprimer son ennui quand l'on observe des idées et des effets qui, même si Friedkin avait été considéré comme un réel innovateur à l'époque, ont été pillés de toutes parts, en faisant des clichés plus qu'autre chose, difficile également de ne pas rire dans ses instants des plus grotesques aujourd'hui, quand le personnage de Regan, affublé d'une voix terriblement rauque censée sonner à la Diable, provoque Karras en lui gueulant que "[sa] mère suce toutes les bites de l'Enfer" ou quand elle se poignarde le vagin avec une croix en psalmodiant "Jesus, fuck me ! Jesus, fuck me !".

   Ainsi, c'est malheureusement pour cet esprit plus proche du nanar que j'ai bien aimé L'exorciste : il possède cet inconvénient de n'être approprié qu'à la génération qui l'a connu, ayant d'une part beaucoup trop vieilli, en désaccord avec l'évolution des moeurs, et ayant été d'autre part pillé de tous côtés. De plus, j'ai pour ma part été profondément ennuyé par une première partie, servant au démarrage du récit, bien trop longue, et une fin, l'exorcisme en lui-même, ni drôle ni véritablement intéressant. Il faut dire en même temps que, si l'ambiance n'a pas été sans m'évoquer celle de l'excellent roman de Ira Levin
Le bébé de Rosemary, le tout se montre quelque peu lent et simpliste, et que les histoires de possessions démoniaques ont tendance à m'ennuyer, d'autant plus que le temps violemment manque de finesse.

   En somme, L'exorciste a extrêmement mal vieilli, passant à mes yeux pour un nanar plutôt moyen, bien plus que pour le bon film qu'il semblerait être : un film qui malheureusement ne saurait être apprécié que par la génération qui a vécu sa sortie.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /2008 12:01
Land of the Dead
Un film de Georges A. Romero

   N'étant absolument pas familier de la célèbre saga des morts-vivants créée par Romero (La nuit des morts-vivants, Zombie, Le jour des morts-vivants, Land of the dead et bientôt Diary of the Dead), j'ai décidé de me lancer dans le premier épisode de la série trouvé en médiathèque, qui me paraissait assez accessible et qui aurait de plus fait un défouloir sympa là où j'en avais envie.

   Au début de Land of the Dead, les zombis sont partout, ou presque : alors que la majorité des territoires sont envahis par les hordes de morts-vivants, des bastions humains, de grandes villes fortifiées, subsistent toujours, menant des chasses à la recherche de vivres, au prix parfois de quelques vies. Mais un contentieux entre Kaufmann, chef corrompu de la cité où se déroule l'histoire, et un de ses hommes de main, va tourner au drame, et mettre les survivants en péril alors que l'affrontement va déchirer la ville. Au même moment, les zombis, rassemblés autour d'un pompiste décédé, vont s'organiser, se mettant à raisonner et à communiquer, contre toute vraisemblance.

   Land of the Dead est un film sympathique : pas grand chose d'exceptionnel, mais j'y ai trouvé ce que je demandais, soit un truc assez défouloir et pas trop casse-tête, de surcroît pas trop mal exécuté. Commençons par l'aspect horrifique de la chose : si Land of the Dead n'est pas, pour moi, un film d'horreur, ne cherchant pas particulièrement à stimuler la peur chez le spectateur (ou n'y parvenant pas), on a néaumoins droit à quelques passages joyeusement angoissants, quelques scènes où Romero nous prend par surprise, bien que généralement plus parce que le spectateur s'est pris au film que parce que le réalisateur se révèle réellement inventif et surprenant dans ses idées et sa mise en scène.

   Mise en scène et histoire, donc, se révèlent malheureusement typiques du genre auquel Romero lui-même a beaucoup apporté, sans réellement innover ou apporter grand chose de neuf, ce qui n'empêche pas le film de posséder pas mal de bonnes petites idées ici et là, de créer des personnages globalement attachants (même si trop simplistes) et de proposer quelques "jolis" plans très sympathiques et de qualité (en témoignent la plupart de ceux où l'on peut voir la horde de zombis déferler sur la ville). A noter que si je n'ai pas trouvé l'ensemble particulièrement violent, on a droit à quelques passages gores assez bien faits, même si là encore sans grand chose de spécial.

   A noter également que Land of the Dead permet à Romero de poursuivre une critique de la société dont l'épisode le plus important reste Zombie (les réfugiés de l'invasion de zombis organisant leur siège dans un supermarché) : la critique est donc ici assez poussée, l'instauration d'une ville comme décor permettant à Romero de représenter la société à une échelle réduite et donc plus concentrée, ou les contrastes frapperont plus fort encore le spectateur. Si la thématique reste basique - vénalité de l'être humain, pouvoir de la société de consommation, rapport entre l'homme et l'argent, pouvant provoquer jusqu'à la violence -, elle est assez bien intégrée au récit et permet le développement du simple film de zombie qu'est Land of the Dead en une oeuvre plus complexe et plus méritoire, mais également plus agréable à voir.

   En somme, si Land of the Dead s'avère être un film relativement classique et sans grande originalité, il se fit néaumoins très sympathique, et n'est pas sans posséder les germes d'une critique plutôt bien effectuée. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 1 mai 2008 4 01 /05 /2008 12:00
Pulsions
Un film de Brian de Palma

   Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu de Brian de Palma, depuis la déception que fut Redacted à vrai dire. Ce Pulsions est pour moi l'occasion de revenir à l'époque qui fit de ce réalisateur celui que j'apprécie beaucoup : celle de Body Double, d'Obsession et de Blow Out.

   Pulsions raconte l'histoire de Kate Miller, mère de famille quelque peu complexée, car ne s'estimant plus attirante. Séduite par un homme, nommé Warren Lockman, dans un musée, elle couchera avec, et, en quittant la chambre de ce dernier, se fera sauvagement assassinée par une blonde avec d'épaisses lunettes noires, dans l'ascenseur du bâtiment. Liz Blake (unique témoin du meurtre et prostituée menacée par le tueur), Peter Miller (fils surdoué de Kate Miller) et Robert Elliott (psychiatre de Kate Miller et également docteur du meurtrier, qui lui envoie régulièrement des messages de confession sur son répondeur) vont tous tenter d'identifier ou tout du moins de cerner l'identité du coupable, afin de l'empêcher de poursuivre ses forfaits.

   On retrouve avec beaucoup de plaisir l'univers de Palma, dans un film très proche, il faut le dire, de
Blow Out et de Body Double : de Blow Out tout d'abord car Nancy Allen y interprétait déjà une prostituée de luxe, là encore témoin du meurtre d'où démarre toute l'enquête ; de Boby Double ensuite, pour la sensualité assez explicite qui émane des deux films (à l'image de la scène d'introduction de Pulsions, qui n'est pas sans évoquer les danses lascives de la femme de Boby Double). Pulsions se rapproche enfin des deux films par certaines scènes, telle ces courses-poursuites dans l'hôtel, puis dans le métro, très proches de celles que l'on aura déjà pu voir.

   De Palma continue son travail sur la vue, par une mise en scène excellant toujours autant : travail sur ce que peuvent voir les personnages, le spectateur, et par là sur ce que chacun devine, en usant de miroirs, de reflets, d'ombre, de situations attendues où justement (et c'est là qu'il se fait très efficace) pas aussi attendues que ça. La caméra reste très contrôlée, de même que les personnages, l'intrigue et les plans, comme le prouve cette scène de split screen (d'écran séparé pour les néophytes) très réussie et assez impressionnante où les conversations des deux parties, sans aucun rapport les unes avec les autres, s'enchaînent avec une grande fluidité. De Palma en profite par ailleurs pour jouer du décalage de ces deux situations et instaurer un humour assez ironique.

   Toutefois, Pulsions s'avère en-dessous des autres films de De Palma : du point de vue scénaristique tout d'abord (même si, remarquez, on aurait pu faire les mêmes critiques à
Boby Double, également assez simple) où le film est une bête histoire de slasher sans grande originalité dans la structure. Là n'est pas un problème essentiel, car le traitement est toujours présent, mais le réalisateur juge bon de placer durant le film une ou deux scènes de cauchemar guère utiles, qui sont plus ici des expositions gratuites de talent (et, serais-je tenté de dire au vu du début du film, d'actrice) qu'autre chose, n'apportant guère à l'intrigue et n'instaurant pas de nouveaux procédés à Pulsions : elles se montrent alors assez inutiles.

   Mais, si ces quelques défauts ne gênent que superficiellement le spectateur, celui tirera beaucoup de plaisir à voir le reste du film, digne du meilleur de de Palma ; et s'il n'atteint pas ce stade, restant en arrière par rapport aux autres films de cette même époque, il se révèle néaumoins très bon.

   Du même réalisateur :
Obsession, Boby Double, Blow Out, Redacted, Mission to Mars, Furie
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 24 avril 2008 4 24 /04 /2008 15:05
Hollywoodland
Un film d'Allen Coulter

   Hollywood, 16 juin 1959 : Georges Reees, l'interprète de Superman pour la télévision, est retrouvé mort, chez lui, durant une fête, abattu d'une balle en pleine tête. Si la police conclut un peu rapidement à un suicide, la mère de George, Helen Bessolo, n'y croit pas et engage un détective privé, Louis Simo, pour réfléchir autour de ce qu'elle pense être un meurtre. L'enquête se révèlera compliqué, d'autant plus que nombreuses peuvent être les raisons de la mort de Reeves.

   Hollywoodland est en réalité le mélange entre deux histoires : celle de Louis Simo, le détective privé, très grande gueule, qui tente de découvrir la vérité au sujet de Reeves ; et celle de Reeves lui-même, dont on aperçoit assez souvent des fragments de vie : sa liaison avec Toni Mannix, ses débuts dans le costume de Superman, ses relations assez ambigües avec sa mère, etc. Les deux histoires se mêlent dans leur présentation, alors que s'alternent les passages avec l'un et avec l'autre, doublées des nombreuses scènes de meurtre que Simo va tenter d'imaginer, dans son fol espoir de trouver la vérité au sujet des évènements qui se sont réellement déroulés.

   Hollywoodland est un film très classique dans son genre : pas grande invention, ni du niveau de la mise en scène, ni de celui des personnages, ni de celui de l'intrigue (mais il faut dire en même temps que le film est inspiré d'une histoire vraie, et ainsi les disgressions restent assez rares), mais un ensemble néaumoins très sympathique à voir, qui se laisse regarder avec beaucoup de plaisir. Ainsi, si le film n'a guère d'originalité dans sa construction et sa thématique, on prend beaucoup de plaisir à le regarder : les personnages sont assez attachants, la mise en scène assez bien faite, le rythme plutôt bon, etc.

   Pas grand chose à rajouter sur Hollywoodland : un film classique mais efficace. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 23 avril 2008 3 23 /04 /2008 21:00
Le testament d'Orphée
Un film de Jean Cocteau

   Suite au Sang d'un poète, que j'avais beaucoup apprécié, j'ai vu hier soir Le testament d'Orphée, qui se révèle être la suite du film Orphée, dans un sens seulement comme je ne vais pas tarder à l'expliquer.

   Le testament d'Orphée a cette première particularité de n'inclure ni Orphée ni Eurydice dans ses protagonistes : Orphée, dépecée par les femmes, a vu sa tête parlante jetée sur le fleuve, et l'âme d'Eurydice a repris sa place aux Enfers. Effectivement, le principal protagoniste de ce film-testament, en quelque sorte (car il s'agira de la dernière oeuvre cinématographique de Cocteau) est Jean Cocteau lui-même, alors réalisateur mais également acteur et personnage de sa propre oeuvre, sous son nom réel. Perdu dans l'espace-temps, il demandera à un homme, nommé le Professeur, de l'aider à reprendre sa place dans le cours du temps. Ayant réintégré son époque, mais égaré entre deux mondes, celui des morts et celui des vivants, Cocteau va retrouver Cégeste, l'un des personnages de son film Orphée, qui a pour tâche de le conduire auprès de Minerve. Le film est l'histoire de ce voyage, ainsi que la quête de soi-même que mène alors Cocteau.

   Les premières minutes de ce film d'un peu moins d'une heure vingt m'ont à vrai dire fait craindre le pire quant à la suite : trop carrées, trop scientifiques et philosophiques, trop réfléchies, trop banales et convenues ; et cette histoire de voyage dans le temps que Cocteau ne parvient pas à faire décoller, la laissant s'enliser dans un ensemble répétitif et décevant, dont il se hâtera d'abréger la mention par la suite du film, cette histoire m'avait à vrai dire fait un peu peur. Ce film-testament ne risquait-il pas là de tomber dans la philosophie poussive et la masturbation intellectuelle ?

   Loin de là, heureusement, car la suite est à nouveau empreinte de cette poésie, de cet onirisme et de ce surréalisme propre à Cocteau : si le film n'a pas la folie du
Sang d'un poète, et se révèle être beaucoup plus posé, beaucoup plus "sage" et sensé, bien plus proche de Orphée, par exemple, ce qui ne l'empêche pas de se montrer assez étrange du point de vue de son intrigue, de ses personnages, de son aspect visuel.

   Tout comme dans
Le sang d'un poète, Cocteau use dans son oeuvre de nombreuses méthodes : masques représentant des têtes de chevaux, mannequins, objets récurrents (en l'occurence une fleur d'hibiscus), yeux peints et fixés à même les paupières des personnages, etc. Le film ne se limite ici plus au simple jeu des acteurs et de la mise en scène, alors que chaque objet prend en quelque sorte vie, se fait acteur de la poésie qui se déroule sous nos yeux.

   On retrouve la passion de Cocteau pour les grands mythes fondateurs, alors que l'on retrouve tout d'abord les personnages d'Orphée (Cégeste, Heurtebise, La princesse, ainsi que des allusions à Orphée, Eurydice, et aux motards, anges de la mort modernes), mais également Minerve, Oedipe aveugle et sa fille Antigone, Iseult, présente sur tous les bateaux du monde à la recherche de Tristan, et de nombreux autres encore. Les décors ne sont pas sans inspirer eux-mêmes la rêverie, alors que le film semble avoir été tourné dans d'immenses carrières qui ne sont pas sans lui donner un aspect presque mythologique, qui contribue à l'ambiance de l'oeuvre, déjà fortement empreinte de mysticisme et de poésie.

   Si la mise en scène se révèle être malheureusement beaucoup plus simple que dans ses précédents films, même si elle comprend quelques bonnes idées éparses, elle instaure un rythme très agréable au récit, et d'autant plus agréable que le noir et blanc assez doux qu'utilise Cocteau ajoute au charme global de l'oeuvre et séduit au même titre que le reste. L'ensemble du film se suit avec le même plaisir, alors que celui-ci se fait paisible et tranquille, mais également très beau, très poétique, parfois drôle quand Cocteau s'amuse avec certains symboles.

   Enfin, ce film est également l'occasion pour le réalisateur de donner sa définition du cinéma, de l'art, de la poésie, à travers une scène de procès très bien réalisée : il s'exprime de manière très poétique par ailleurs, avec des textes assez fabuleux qui résument et clarifient assez bien sa pensée.

   En somme, si le début du Testament d'Orphée n'est pas particulièrement bon, et si le film se révèle être moins fourmillant d'idées que ce que j'ai pu précédemment voir de lui, il n'en reste pas moins une oeuvre très belle et très agréable à voir.

   Du même réalisateur :
Le sang d'un poète
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Mardi 22 avril 2008 2 22 /04 /2008 21:51
Identity
Un film de James Mangold

   J'avais pu découvrir le réalisateur touche-à-tout qu'est James Mangold par le biais de Walk the line, biopic sur Johnny Cash que j'avais bien apprécié, même si je ne suis pas grand amateur du chanteur. Ayant raté 3h10 pour Yuma, remake d'un vieux western des années 50, en préférant aller voir La Zona (aucun regret par ailleurs), j'ai tenté en quelque sorte de me rattraper, hier, en découvrant le DVD d'Identity qui, pour une raison mystérieuse, traînait chez moi.

   A cause d'un orage particulièrement violent, dix personnes, complètement étrangères l'une pour l'autre et à priori sans aucun lien entre elles, se retrouvent forcées de se réfugier dans un motel perdu : une actrice et son chauffeur, un flic et le tueur en série qu'il escorte, un couple marié depuis quelques heures à peine, un autre couple plus âgé avec leur enfant Timothy, une prostituée et le gérant de l'hôtel. La nuit commence à peine que des meurtres sordides sont perpétrés par un assassin invisible, sur lequel les personnages vont désespérément tenter de mettre la main.

   Il faut le dire, Identity est une grosse déception, ni plus ni moins qu'un film que je considère comme particulièrement mauvais. Si on peut y trouver quelques bonnes idées éparses (mais néaumoins mal exploitées), et si Mangold parvient par moments à créer une certaine ambiance, quelque peu angoissante et stressante, on n'observe ici rien de constant, rien qui vaut d'être vu.

   En effet, si l'on est de temps en temps surpris, ou si l'on frémit quelque peu en attendant de savoir ce qui va se dérouler, les grosses ficelles que déploie le réalisateur ne suffisent absolument pas à provoquer l'émoi, loin de là. Certes, il serait trop de dire que l'on s'ennuie, car un certain rythme, assez rapide, est maintenu, et car le film reste relativement court (moins d'une heure et demie). De plus, les premiers instants du film savent se montrer efficaces, jouant sur une série de flash-backs assez réussis et assez bien mis en scène. Mais les qualités de Identity s'arrêtent là, car on retombe très vite sur un slasher terriblement basique, au dam du spectateur.

   On assiste donc à l'élimination progressive des protagonistes, jusqu'à ce que ceux-ci se voient être réduits à un nombre assez drastique, dont je ne révèlerais pas la composition, qui se révèle par ailleurs être sans surprise. L'intrigue se fait simpliste, et la prétendue recherche d'un point commun et du mobile de l'assassin n'apporte véritablement que très peu de choses à l'ensemble. Les deux ou trois rebondissements qui feront la fin de Identity se révèlent être sans surprise - j'avais pour ma part trouvé l'identité du meurtrier très rapidement, et je soupçonne Mangold d'avoir pas mal pompé d'idées ici et là pour arriver à ce résultat final, ersatz raté de bon nombre de films du même genre.

   La mise en scène, si elle se révélait donc efficace dans les débuts du film, retombe assez vite sur un ensemble très basique, même si sont encore montrés quelques parallèles intéressants, mais trop rares pour influer sur l'aspect général du film. Le reste, là encore, se montre simpliste et décevant. L'ambiance finit par suivre le même chemin, le décor qu'est ce motel plongé sous un orage des plus terribles étant ravalé au grotesque et devenant ridicule, tant les effets de météo ont tendance à en rajouter. On finit par ne plus croire en rien du scénario de Identity, pour en décrocher complètement.

   En somme, Identity se révèle être particulièrement décevant, simpliste, malgré un bon début et quelques bonnes idées dont la présence beaucoup trop éparse les noie sous le ridicule et le convenu. A éviter.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Lundi 21 avril 2008 1 21 /04 /2008 21:04
Le sang d'un poète
Un film de Jean Cocteau

   De Cocteau, je ne connaissais que la pièce de théâtre La machine infernale, variation sur l'histoire d'Oedipe, et Orphée, le premier du nom, dont j'avais vu la quasi-totalité (à l'exception de la fin en vérité) il y a quelques années, alors que nous étudions en cours de latin l'histoire du chantre et de sa belle compagne Eurydice. S'il ne m'a toujours pas été donné d'en apercevoir les dernières images, à mon grand dam, le style de Cocteau m'avait suffisament fasciné pour me pousser à emprunter à la médiathèque ce coffret comprenant et Le sang d'un poète et Le testament d'Orphée, présenté alors comme une sorte de film épitaphe de Cocteau.

   Le sang d'un poète est un film étrange, "onirique" pour reprendre les mots du documentaire qui l'accompagnait : le film, divisé en plusieurs épisodes, a pour départ un homme, un peintre perruqué qui, effaçant d'une de ses créations la bouche, voit celle-ci se greffer sur sa main et lui parler. De sa main, il embrassera alors une statue antique qui lui ouvrira la porte d'un monde étrange, d'un hôtel où se déroulent de nombreuses saynètes toutes plus étranges les unes que les autres. Là n'est qu'une partie du film de Cocteau qui se révélera par la suite plus étrange encore, s'enfonçant dans d'obscurs méandres.

   Le sang d'un poète est un délire poétique et esthétique comme je les apprécie. Si l'on peut probablement chercher une signification dans ces scènes étranges, absurdes, surréalistes, on peut aussi prendre le parti, comme je l'ai fait, de se laisser bercer par les images, les textes, les symboles et les acteurs. Le fait que le film soit assez vieux, datant de 1930, ajoute au charme final des choses, car cette image sale et assez ancienne se fond bien dans l'ensemble, alors que l'histoire que nous relate ici la caméra de Cocteau est largement inspiré - comme nombre de ses oeuvres par ailleurs - de la mythologie antique.

   Si cette même caméra porte avec elle nombre d'erreurs - et là encore, Cocteau l'affirme dans le documentaire ayant trait à son oeuvre et joint au DVD -, ces erreurs sont autant d'imperfections qui ajoutent au charme du récit - erreurs dans le montage, effets spéciaux faits avec les moyens de l'époque (et par là ajoutant encore à l'ambiance tant et tant particulière du film, comme quand les personnages sont remplacés délibérément par des mannequins ou des statues dont une seule partie du corps sera animée), qualité de l'image et du son s'étant par moments dégradée avec le temps, etc. Autant de problèmes qui rendent Le sang d'un poète plus beau et plus étrange encore, l'épaisissant d'une atmosphère assez singulière et qui n'est pas sans intriguer plus encore le spectateur.

   Pas grand chose d'autre à rajouter sur ce film de Cocteau qui dure par ailleurs moins d'une heure : le film sait se faire beau et étrange, se nimbant de par ses qualités tout comme de par ses défauts d'une atmosphère assez singulière et très agréable, qui contribue beaucoup à l'ambiance global du Sang d'un poète. A voir.

   Du même réalisateur :
Le testament d'Orphée
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Vendredi 18 avril 2008 5 18 /04 /2008 15:00
28 jours plus tard
Un film de Danny Boyle

   Merci à Nico M. pour le DVD.

   Londres, aujourd'hui. Un commando engagé dans la lutte contre les expérimentations sur les animaux libère un groupe de singes qui se révèlent être infectés par un étrange virus, la Fureur, et qui les contaminent en les mordant. 28 jours plus tard, Jim, coursier, plongé dans le coma suite à un accident de voiture, se réveille dans un Londres vide de ses habitants, et tente de comprendre ce qui s'est déroulé.

   Appréciant beaucoup le concept de base de 28 jours plus tard, qui n'était pas sans me faire penser à celui du manga
DrAgon HeAd de Minetaro Mochizuki, avec ces trois lycéens coincés dans un tunnel et ignorant de ce qui se déroule à l'extérieur (une comparaison plus probante pour ceux qui avanceront dans la série), c'est avec beaucoup de curiosité que j'ai regardé le film de Danny Boyle, un réalisateur assez touche-à-tout de ce que j'ai pu en entendre dire et du peu que j'ai pu en voir.

   A mon sens, 28 jours plus tard n'est pas, tout d'abord, un film d'horreur, pour la simple et bonne raison qu'il n'est pas particulièrement effrayant. Si certaines scènes se révèlent être tendues ou angoissantes, et notamment les passages se déroulant de nuit, il n'y a rien ici de réellement effrayant, et je ne pense pas que là est été le premier objectif de Boyle. En réalité, le film se veut plus être, selon moi, une certaine forme d'analyse des comportements humains et de la société qui nous entoure, de notre dépendance vis-à-vis d'elle, révélés alors par la sorte d'apocalypse qui touche les personnages, comme en son temps le Zombie de Romero. De ce point de vue, si parfois les personnages pêchent un peu par des comportements quelque peu simplistes (comme le personnage de Selena, que je trouve d'une composition assez basique), le ton reste assez juste pendant la durée du film, et on a droit à quelques très bonnes séquences : ainsi, on peut citer toute la fin du film (je préfère ne pas en dire plus pour ne pas dévoiler le suspense qui tourne autour de la seconde heure du long-métrage), ainsi que celle du magasin, avec ce passage assez significatif où Frank laisse sa carte de crédit sur le comptoir - une image qui, là encore, m'a évoqué ce passage de
DrAgon HeAd où l'un des soldats brûle des billets de banque pour se faire du feu, si je me souviens bien.

   Une autre grosse qualité de 28 jours plus tard, et qui à mon sens vaut à elle seule le coup d'oeil, c'est son ambiance incroyablement glauque : glauque et légèrement mélancolique dans cette peinture d'un Londres totalement désert, mais loin d'être vide, car partout s'y disséminent les restes d'une ancienne vie humaine : affichettes clamant la disparition d'un proche, étals abandonnés, voitures arrêtées au hasard des rues, etc. Une autre caractéristique du film qui contribue à son aspect glauque, c'est le choix de le filmer en numérique, numérique qui permet d'obtenir une image assez chaotique et assez sale qui renforce encore l'aspect sombre du film (une scène très réussie de ce point de vue est celle se déroulant à la fin du film, sous la pluie, où l'aspect des gouttes renforce l'aspect très brute et très sauvage du film, tout en conservant une dimension particulièrement sombre).

   Sauvage et violent, le film l'est également, même si la violence physique ne se ressent que peu, eu égard à la caméra particulièrement virevoltante de Boyle dans les scènes d'action (procédé légèrement irritant au début, mais qui finit par bien s'accorder avec le ton et l'aspect très sale du film). Il est surtout violent psychologiquement (on se souviendra à ce titre de la scène du fast-food abandonné, auprès duquel se trouve un camion-citerne) et du niveau de la crasse relative de l'image, qui rend très bien l'aspect très post-apocalyptique de la Grande-Bretagne (un aspect d'autant plus frappant que Boyle maîtrise très bien les contrastes et s'en sert efficacement, n'étant pas sans évoquer à mon esprit
La ligne rouge de Terrence Malick).

   Si l'intrigue de 28 jours plus tard est assez simple, et si le film n'est pas d'une qualité constante, on appréciera néaumoins beaucoup son ambiance, sa violence et la réflexion qu'il pose, et qui à eux seuls en font une oeuvre de qualité. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 17 avril 2008 4 17 /04 /2008 12:00
Arizona Junior
Un film de Joel Coen

   Merci à Nico M. pour le DVD.

   Hi est un braqueur de supermarchés raté et récidiviste. Au fur et à mesure de ses passages en prison, il fait la connaissance d'Ed, une jeune officier chargée de le prendre en photo à chacun de ses passages, jusqu'à son mariage avec, et leur vie commune, qui pousse Hi à se ranger. Or, alors qu'il désire avoir un enfant, le couple découvre qu'Ed est stérile. Au même moment tombe, aux informations, la nouvelle que le couple Arizona, dont le mari est un célèbre vendeur de meubles, a mis au couple des quintuplés : Ed et Hi caressent alors la folle idée d'enlever un de ces enfants pour "équilibrer les choses".

   Arizona Junior est le second film des frères Coen, après Sang pour sang, que je n'ai pas vu mais que Scorsesejunior54 m'avait conseillé et que je ne tarderais alors pas à regarder. Je ne connais que peu l'univers des deux frères, mais de ce que j'en ai vu, il se rapproche surtout de O'Brother de par son humour très farce et très absurde, plus que des plus subtils Fargo et No country for old men.

   Ainsi, Arizona Junior se base très essentiellement sur l'humour, en l'occurence un humour très orienté sur la farce et le burlesque, et le film sait se montrer drôle, très drôle même, alors qu'il frise sans arrêt les limites de l'absurde. Cet humour naît tout d'abord des situations assez rocambolesques et on ne peut plus tirer par les cheveux : l'idée même du film, avec cet enlèvement de bébé pour assouvir les besoins maternels de Ed, est assez géniale. On retrouve cet univers décalé, pour notre grand plaisir, pendant tout le long du film, et si celui-ci a tendance à tomber, par moments, dans un ensemble beaucoup trop "tarte à la crême" et manquant par là de subtilité, on s'amuse néaumoins beaucoup.

   Une autre grande qualité de Arizona Junior, ce sont ses personnages, et tout d'abord celui de Hi, Nicolas Cage particulièrement méconnaissable, et que je n'aurais probablement pas identifié avant longtemps si l'on ne m'avait donné son nom. Il est ici complètement délirant dans son rôle de braqueur repenti mais qui ne parvient guère à se détacher de son passé. Les personnages de la famille Arizona, des patrons de Hi, de sa femme Ed et des deux anciens braqueurs qui reviennent le voir sont également assez drôles, mais la palme revient au motard de l'Apocalypse, personnage aux apparitions complètement déjantées et qui, ironie du sort, fait fortement écho au Ghost Rider qu'interprètera Cage vingt ans plus tard. Pour sa présence seule, Arizona Junior vaut le coup d'oeil.

   La mise en scène n'est pas en reste : si la caméra des Coen n'a pas l'efficacité de celle d'aujourd'hui, elle sait montrer quelques bonnes idées qui dynamisent le rythme du film, et le rende par là plus agréable encore.

   En somme, si Arizona Junior a tendance à tirer un peu trop vers la farce grasse, il vaut quand même le coup d'oeil car présentant un ensemble joyeusement déjanté. A voir.

   Du même réalisateur : Fargo, No country for old men
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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