Dimanche 1 juin 2008
7
01
/06
/2008
12:08
La fille mosaïque de Régine Detambel
Nouvel ouvrage lu pour le Prix Sorcières.
Jean est mort, et est enterré aujourd'hui. Jean, au lycée, c'était un peu l'ami idéal, le compagnon de rêves, celui que tout le mode apprécie pour son bagou et son audace, qui fait
un peu vivre le lieu. La fille mosaïque qui donne son nom au roman, quant à elle, c'est Laetitia, l'ancienne petite amie de Jean, morcelée par la douleur, qui ne peux supporter l'absence de son
ancien compagnon et préfère rester de son côté, réfugiée dans ses souvenirs et dans les bras de Marie Môme, la jeune documentaliste du lycée.
La fille mosaïque est très, très court : seulement 82 pages qui nous permettent de découvrir des aperçus de la vie de Laetitia et de
Jean, de la souffrance des personnages. J'ai pensé, bien sûr, à C'est arrivé à Lucile,
autre roman d'une petite centaine de pages sur la mort, mais qui s'était révélé être un roman assez maladroit, assez malhabile et beaucoup trop classique pour qu'on en retienne quelque chose.
La fille mosaïque, c'est tout autre chose, car Detambel s'avère être un auteur chevronné, prolifique et assez touche-à-tout, là où Anne-Laure
Boselli n'en était qu'à un coup d'essai.
On est vite touché par le ton choisi par l'auteur : style assez simple mais qui se révèle assez profond et touchant au définitif, se montrant par là efficace, et doublé de dialogues
assez théâtralisé, qui nimbent le tout d'une atmosphère plus tragique encore, plus forte, portant le roman au niveau du dramatique. Le choix des personnages s'avère tout d'abord efficace, à
l'exception d'un Jean un peu trop idéal pour permettre l'identification (ce qui d'un côté permet d'augmenter la portée tragique de l'histoire, alors que ce compagnon tant aimé est perdu par tous,
mais qui de l'autre côté fait un peu trop tomber le tout dans l'irréalisme car on a du mal à imaginer un personnage pareil). Toutefois, Marie Môme et surtout Laetitia s'avèrent être des
personnages assez introspectifs et assez touchants, très attachants dans leur détresse, d'autant plus que leurs comportements sont assez finement imagés (ainsi Laetitia ne prononcera-t-elle pas
un mot ou presque du roman, ce qui n'empêchera pas le lecteur d'être frappé par elle).
La fille mosaïque rencontre toutefois des défauts dans son intrigue qui laissera durer le mystère sur les circonstances de la mort de
Jean : si la fin de l'ouvrage s'avère être assez réussie, la présentation de lycée avec sa guerre des gangs est à mes yeux un peu trop tirée par les cheveux ; toujours est-il que j'ai du mal à
imaginer ce lycée séparé en trois bandes rivales, toutes armées de couteaux crantés et de quelques armes à feu, ce qui ne les empêche pas de déambuler tranquillement de-ci de-là sans que personne
n'y fasse grand chose - quant à savoir le niveau de vérité de la chose, il est bien évident que je ne pourrais pas me prononcer, mais je doute tout de même que l'auteur n'ait pas enflé ici la
mesure.
Un dernier aspect de La fille mosaïque, c'est la leçon que Detambel y donne, une leçon portée sur l'importance de la lecture et le
bonheur que l'on peut en tirer, de même que l'amour - et le roman se place alors entre hédonisme et eudémonisme, glorifiant et le plaisir et le bonheur.
En somme, s'il n'atteint pas des sommets de virtuosité et s'il se révèle être quelque peu exagéré, La fille mosaïque se révèle être
un roman très efficace dans son genre, traitant de la mort avec justesse et efficacité. A lire.
Par big-cow
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Vendredi 30 mai 2008
5
30
/05
/2008
23:22
Le crime parfait de Frank Cottrel Boyce
Nouveau roman lu à l'occasion du Prix Sorcières.
La famille Hughes vit à Manod, un village paumé en Angleterre, non-indiqué aux touristes (les panneaux n'étant pas considérés par la mairir comme une priorité budgétaire), et se
targuant de posséder une montagne à l'envers juste au-dessus d'elle (en vérité une ancienne carrière). Le père Hughes tient un garage, difficilement, il faut le dire, les clients se montrant
rares, et fait vivre avec du mal sa femme, ainsi que ses enfants : Marie, adolescente mal dans sa peau ; Dylan, le narrateur, seul petit garçon du village ; et Minnie, la génie de la famille. La
vie poursuit ainsi difficilement son cours, jusqu'à ce qu'un curieux cortège de camionnettes blanches, dirigé par un dénommé Lester, vienne verser son mystérieux chargement et s'installer au
sommet de la montagne, intriguant la population du village tout entier.
Le crime parfait s'est révélé être un très chouette roman, s'adressant à un public assez jeune même si avec un minimum de maturité
pour capter toutes les références exprimées et l'humour parfois assez fin. Il n'en reste pas moins roman jeunesse, et roman jeunesse par ailleurs très réussi.
Le crime parfait est avant tout un roman d'humour, et s'avère être particulièrement amusant. Humour dans les situations, burlesques à
souhait, tout d'abord, frôlant souvent les frontières de l'absurde mais sans jamais tomber dans la grosse farce ni dans le ridicule, se montrant d'ailleurs la plupart du temps assez léger et plus
subtil que l'on ne pourrait le penser. Mais l'humour naît aussi des personnages, assez singuliers et amusants, aux premiers rangs desquels il faut placer la famille Hughes, mais également
Terrible Evans (dont le prénom convient tout à fait au personnage), M. Davis (boucher quelque peu perturbé et jouant les prêtres de malheur) ou encore Mlle Stannard (institutrice au comportement
quelque peu étrange par moments).
Mais le gros de l'humour vient du décalage issu de la narration qui est effectuée par Dylan, de son point de vue d'enfant donc, sur un ton assez candide, et par là assez amusant. Le
décalage sait se montrer assez léger et ne pas s'enfoncer dans la lourdeur, accompagnant le lecteur avec beaucoup de plaisir.
Pas grand chose à rajouter sur Le crime parfait : roman très sympathique, assez amusant, qui se lit bien et avec beaucoup de
plaisir.
Par big-cow
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Jeudi 29 mai 2008
4
29
/05
/2008
22:21
Cobra de Dominique Sylvain
Second roman de la série Martine Lewine/Alex Bruce, Cobra se
retrouve être dans la pleine lignée de Vox, son action se déroulant seulement quelques semaines après celui-ci, et mettant en scène un meurtrier qui semble à nouveau être un tueur en série.
Cette fois-ci, c'est Paul Dark, un éminent chercheur de la société pharmaceutique Coronis, qui est retrouvé par son flis Félix mort à son domicile, empoisonné à la strychnine et décédé après de
longues et violentes souffrances. La cheville du corps est tranchée au niveau de la veine, le meurtrier a signé Cobra avec le sang de la victime : une affaire qui s'annonce difficile et d'ores et
déjà bien glauque.
Glauque, Cobra l'est, plus, je dirais, que les autres Dominique Sylvain qu'il m'ait été donné de voir, avec notamment une
introduction assez violente où le Cobra décrit les souffrances de Paul Dark, comme il les voit, changeant le corps du chercheur en un objet dont il peindra de ses mots l'évolution et la lente et
douloureuse métamorphose en un assemblage complètement et violemment arqué par le poison. Si on pense un peu à la découverte du corps de Vanessa Ringel par Chloé Gardel dans Passage du désir,
ou à celle du corps de Victoria Yee, transformée en macabre oeuvre d'art, dans Soeurs de sang, il faut
reconnaître que Sylvain se surpasse ici, effectuant dès les premières pages un gros travail qui nous intègre immédiatement dans l'ambiance assez sombre des mystères de cette entreprise qu'est
Coronis, et qui se révèle avoir de nombreux secrets à cacher.
On retrouve avec beaucoup de plaisir le duo déjà très sympathique qu'est celui formé par Martine Lewine et Alex Bruce, et si on peut déplorer l'absence de Victor Cheffert, le
coéquipier d'Alex Bruce (eu égard à la fin de Vox
que je ne dévoilerais pas) et de Fred Guedj, son meilleur ami, reporter à France 2 quelque peu agaçant pour tous, cela n'empêche pas
l'auteur de nous créer quelques autres personnages très chouettes, comme Antonin Moria, homme à moitié fou vivant avec un énorme chien et ne jurant que par lui, ainsi que les dirigeants de
Coronis (le couple Ferenczy, le couple Lepeck dont la description de Dany m'a évoqué le personnage de Toni Mannix, la maîtresse de Georges Reeves dans Hollywoodland, et
Frederico, l'homme de main de Marco Ferenczy), aux comportements très mafieux et très curieux.
Par contre, et c'est là la grosse bonne nouvelle de Cobra, c'est qu'on retrouve (même si pas avec autant d'intensité, et seulement
dans une grosse première partie) le style assez plantant que j'avais déjà adoré dans Soeurs de sang et qui m'avait d'ores et déjà complètement fasciné. On
est réemporté dans un univers oscillant au frontières de l'onirisme, très agréable à découvrir par les mots de Sylvain, au total réellement formidable et permettant à Cobra de s'affirmer comme l'un de ses meilleurs romans.
Toutefois, bémol du roman : sa fin, et plus globalement sa dernière partie, assez ratée d'une part car l'on voit venir la conclusion de l'histoire assez longtemps à l'avance, d'autre
part car les mobiles invoqués et les rebondissements de la fin de l'ensemble se révèlent être beaucoup trop classiques pour susciter le plaisir du lecteur.
En somme, si l'on excepte une fin pas très réussié, Cobra, de par son stylme, de par son ambiance et de par ses personnages,
s'affirme comme l'un des meilleurs Dominique Sylvain que j'ai à ce jour lu.
Du même auteur : Soeurs de sang, Travestis, Strad,
Passage du désir, Vox
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Lundi 26 mai 2008
1
26
/05
/2008
12:00
Papillon de nuit de James Sallis
Nouveau James Sallis lu, et second tome de la série Lew Griffin, suivant Le faucheux et
précédant Le frelon
noir - à noter que si l'intrigue de ce dernier se déroule avant Papillon de
nuit, il s'agit en réalité d'un souvenir auquel Griffin fera mention dans le roman ici critiqué.
Papillon de nuit se déroule alors que Lew Griffin, la cinquantaine, a quitté sa fonction de détective privé et est devenu professeur
de littérature française à l'université de La Nouvelle-Orléans. LaVerne, sa meilleure amie, est morte il y a peu, et Griffin apprend que celle-ci possède une fille aujourd'hui disparue et nommée
Alouette, laquelle abandonne derrière-elle un bébé, Bébé McTell, sous ventilation respiratoire. Chip Landrieu, le dernier mari de LaVerne, vient voir Griffin pour lui demander de reprendre du
service et de retrouver Alouette.
Papillon de nuit permet au lecteur de découvrir un Lew Griffin vieilli, mais qui n'a pas perdu la patte pour autant, alors que
Landrieu le mandate pour une nouvelle affaire, là où il avait laissé derrière lui son existence passée. Ainsi, on pourrait s'attendre à ce que Sallis, aux personnages toujours très finement
construits (et La mort
aura tes yeux en est par ailleurs l'un des meilleurs exemples) travaille son personnage d'une manière différente à
précédemment : c'est ainsi qu'il sera représentée comme une sorte d'homme allant au-devant de ses vieilles années, assez désabusé par le temps qui a passé, assez paumé dans des souvenirs qu'il
resasse fréquemment, faisant preuve à nouveau d'habileté, même si on aurait pu espérer que ce personnage en question apparaisse comme plus fouillé.
A côté de ça, Papillon de nuit est également l'occasion pour Sallis d'exécuter une nouvelle peinture de la Nouvelle-Orléans qu'ont
cette fois-ci traversée les années et les périodes, en bouleversant les mentalités. L'auteur recréé à nouveau une formidable ambiance, non plus baignée par le bourbon des années 70 mais par la
drogue des années 90, embuée par de nouvelles valeurs, de nouvelles mentalités, et où le personnage de Griffin se retrouve nimbé d'une sorte d'aura de réputation assez particulière, apparaissant
aux yeux des jeunes générations comme une sorte de "caïd" là où ses actions de détective ne lui avaient pourtant pas permis de briller.
L'ensemble se lit peut-être avec moins de plaisir que les autres James Sallis qu'il m'avait été donnés de découvrir : un style un peu moins profond, une seule histoire assez linéaire
et un peu longue (mais sans que ce détail ne s'avère réellement gênant), un univers un peu moins attachant ; néaumoins, Papillon de nuit n'en reste pas moins un tès bon roman, à lire.
Du même auteur : Le faucheux, Le frelon
noir, La mort aura tes yeux
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Vendredi 23 mai 2008
5
23
/05
/2008
19:28
Le cueilleur de fraises de Monika Feth
Nouveau roman lu à l'occasion du Prix Sorcières, et d'un auteur allemand qui m'est inconnu (même s'il n'en est pas là à son
premier roman).
Le cueilleur de fraises raconte l'histoire de Jette, lycéenne préparant
ses examens de fin d'année : sa mère, Imke, est romancière à succès, et elle même vit avec deux amies de son âge : Merle et Caro, cette seconde sortant avec un homme des plus mystérieux. Or, au
même moment, un tueur en série, traqué par le commissaire Bert Melzig, a déjà commis deux meurtres en Allemagne du Nord et un troisième dans le Sud, non loin de là où vivent les trois jeunes
filles.
Premier avertissement quant au Cueilleur de fraises : ne lisez surtout pas
la quatrième de couverture, l'une des plus prondément débiles qu'il m'ait été donnée de voir ; car non contente de ne préciser en rien la situation des personnages, de l'histoire ou de donner des
indications ne serait-ce que sur le lieu (l'Allemagne) et l'époque (aujourd'hui) où se déroule le roman, il résume entièrement les principales étapes narratives de celui-ci, sans donner la fin
ouvertement certes, mais la sous-entendant très fortement et à vrai dire suffisament fortement pour en donner toutes les clefs au lecteur. Un travail lamentable dont fait ici preuve
Hachette.
Mais rentrons dans le vif du sujet : Le cueilleur de fraises m'a
personnellement plutôt déçu. On peut considérer que je suis tombé, au premier abord, dans le même piège que le Fascination de Stephanie
Meyer, à la différence que je place le roman ici critiqué un niveau au-dessus de ce désastre que fut le roman de Meyer, premier tome d'une série aujourd'hui de trois. Comme dans cet autre roman
donc, on retrouve ici une couverture très chouette et assez attirante (bien que la fraise ici représentée soit assez kitsch, ce qui lui fait perdre pas mal d'effet), ainsi qu'un début assez
accrocheur et prometteur, donnant envie au lecteur de se plonger dans le récit sans plus attendre.
Malheureusement, comme dans Fascination,
l'excitation retombera bien vite, alors que les chapitres, décevants, se poursuivront à un rythme plutôt lent, et sans grandes surprises. Le style s'enfonce dans la platitude et la redondance,
les personnages se perdent douloureusement dans une introspection sans grand intérêt et qui n'a que peu de force, et le tout lasse bien vite, alors que l'on voit venir la fin à des kilomètres à
la ronde, fin des plus douloureusement convenues. D'un départ plutôt positif, Le cueilleur de fraises s'enfonce dans un essai assez piteux, mais
qui a toutefois le mérite de se lire facilement, sans problème et sans provoquer de réel ennui, même si pour ma part les dernières pages ont été difficiles à franchir.
Somme toute, si le début du Cueilleur de fraises s'avère
attirer la sympathie du lecteur, le tout retombe bien vite en un ensemble convenu et sans grand intérêt, même s'il a le mérite de se lire jusqu'au bout sans ennui ni difficultés. A éviter.
Par big-cow
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Mercredi 21 mai 2008
3
21
/05
/2008
18:15
Vox de Dominique Sylvain
Un nouveau Dominique Sylvain, faisant rentrer en scène un nouveau groupe de personnages principaux, après les duos Louise
Morvan/Serge Clémenti et Lola Jost/ Ingrid Diesel.
Vox, c'est le tueur en série que traque inlassablement l'inspecteur Alex Bruce, et qui a déjà laissé lui 11 victimes, qu'il
choisit selon leurs voix, celles-ci lui rappelant celle de sa mère. Ne sachant plus que faire, la police décide d'utiliser une autre policière, Martine Lewine, comme femme-appât, cette dernière
possédant la même voix que les victimes de Vox.
Vox est donc l'occasion pour moi de découvrir le duo formé par Alex Bruce
et Martine Lewine, un duo qui se révèle assez attachant, sans arriver au niveau de Morvan/Clémenti mais dépassant de loin Jost/Diesel dont l'apparition, dans Passage du désir,
m'avait déçu. Aussi les personnages se révèlent-ils être sympathiques, d'autant plus que les amis et adjoints d'Alex (Victor Cheffert, flic surnommé "L'Intello", tentant d'arrêter de fumer et
cherchant la révélation dans les blagues Carambar ; Fred Guedj, journaliste de France 2 un brin alcoolique et dangereux) sont suffisament fantasques pour voler par instants la vedette aux
protagonistes principaux.
On retrouve le style Sylvain, très agréable et présentant quelques envolées délirantes toujours très réussies,
avec en prime l'habituel lot de références qui viennent rythmer le récit et y apporter plus de charme encore. Le livre dans son ensemble se lit facilement et assez vite.
Là où Vox se fait intéressant, c'est qu'il décrypte la traquer
d'un tueur en série, chose auquel Dominique Sylvain ne m'avait pas accoutumé à ce jour, n'ayant rencontré pour l'instant que de "simples" meurtriers. Le portrait de son psychopathe s'avère
d'ailleurs être assez bien réalisé, assez fouillé, et très agréable à décrypter car n'étant pas sans me rappeler certains tueurs de Mankell, à l'introspection très forte, l'auteur suédois
n'hésitant pas à se mettre dans leur peau. L'intrigue, globalement, tient la route, se lit avec beaucoup de plaisir et maintient son lecteur en haleine jusqu'à la fin pour un dénouement bien
fait.
Pas grand chose d'autre à rajouter : Vox est un bon Dominique
Sylvain, qui permet de découvrir un nouveau duo de personnages principaux très sympathique. A lire.
Du même auteur : Cobra, Soeurs de sang, Travestis,
Strad, Passage du
désir
Par big-cow
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Vendredi 16 mai 2008
5
16
/05
/2008
12:00
Being de Kevin Brooks
Nouveau roman lu pour la préparation du Prix Sorcières.
Being raconte l'histoire de Robert Smith, un adolescent de 16 ans, orphelin, envoyé de famille d'accueil en famille d'accueil,
témoignant de ses difficultés d'adaptation au monde qui l'entoure. Un beau jour, il se rend à l'hôpital pour subir une endoscopie, alors qu'on le soupçonne d'avoir attrapé un léger ulcère. La
vérité va se révéler aller bien plus loin, car Robert va se réveiller en pleine anesthésie, pour découvrir autour de lui toute une foule de médecins hurlant et gesticulant, ainsi que deux
mystérieux hommes en costume et armés : il semblerait que quelque chose d'étrange se trouve à l'intérieur de son propre corps, sans que personne n'en ai jamais supposé l'existence.
Je me souviens m'être dit, après 100 pages de Being, quelque chose comme "C'est vachement bizarre, ça me rappelle énormément
Comment j'ai tué mon père... sans
le faire exprès...". Et pour cause, j'ai fini par me souvenir que les deux romans étaient du même auteur, se
rapprochant par un style et un côté assez désespéré très commun aux deux. A la différence que là où Comment j'ai tué mon père... sans le faire exprès s'avérait par moments être un peu maladroit, car ne sachant trop quel ton adopter, Being est
ouvertement sombre, voire carrément trash dans la peinture psychologique de son personnage principal, torturé à l'extrême par la pensée de l'inconnu qui semble vivre, ou tout du moins qui se
trouve en lieu, sans réellement jamais savoir quelles en sont les capacités, du moins dans l'immédiat.
En ce sens, le personnage est tout d'abord sensiblement bien trouvé : quel meilleur choix aurait pu être fait que Robert Smith, ce nom anonyme jusqu'au paroxysme, lorsque l'on
regarde le nombre de Smith et de Robert résidant en Angleterre ? Le choix se révèle donc fort, car touchant le lecteur, quelconque soit-il : c'est une manière de nous faire songer que ce qui
arrive à Robert, aussi délirant soient les évènements qu'il vit, pourrait arriver à n'importe qui d'autre (et j'ai d'ailleurs pour ma part songé à Matrix, où l'on
retrouve grosso modo une idée assez proche, les hommes en costume recherchant Robert étant alors autant d'agents). La psychologie du personnage s'avère être très fouillée, alors que Robert
cherche désespérément à comprendre ce qu'il est, ce qu'il doit faire, pour se sortir de ce guépier, sans même parvenir à comprendre qui sont ces hommes en noir qui le traquent. Son parcours,
autant psychologique que physique, nous tient en haleine pendant la longueur du roman, et l'on n'en décroche au final que difficilement, l'ouvrage captant facilement l'attention du lecteur, et ce
malgré quelques répétitions qui restent relativement rares. L'aspect torturé de Robert permet également à Kevin Brooks d'introduire quelques passages assez psychédéliques et très révélateurs de
la personnalité du personnage et de son état d'esprit - en témoignent l'excellent passage se déroulant dans la chambre exigüe de l'hôtel Paradis, ainsi que le souvenir que Robert en aura plus
tard, quand il fouillera la chambre d'Eddi en son absence.
Si l'intrigue ne possède que peu de rebondissements et se révèle au définitif très basique, se constituant uniquement d'une longue course-poursuite, c'est pour donner plus de force
aux personnages, et le style lui-même, très introspectif, mais également très sombre, très glauque, et parfois porté sur une certaine violence psychologique (même si à mon sens Brooks se retient
parfois un peu) accompagne à merveille le portrait torturé et presque terrifiant de Robert. Le fait de découvrir la vérité à son sujet tient également le lecteur en haleine, et si la fin peut
être quelque peu prévisible, elle s'accorde bien avec le ton général de l'oeuvre, s'ancrant alors à la perfection dans le roman.
Ainsi, Being se révèle être un roman très réussi, l'excellent portrait psychologique d'un personnage cherchant à découvrir ce qu'il
est et à sauver sa peau, et Kevin Brooks apparaît de plus en plus comme un auteur à suivre. A lire.
Du même auteur : Comment j'ai tué mon père... sans le
faire exprès
Par big-cow
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Jeudi 15 mai 2008
4
15
/05
/2008
12:00
C'est arrivé à Lucile d'Anne-Laure Boselli
Premier roman jeunesse de la sélection Prix Sorcières de cette année qu'il m'est donné de lire, C'est arrivé à Lucile s'avère être le premier roman d'Ane-Laure Boselli et s'adresse à un public relativement jeune, étant coté "dès 12 ans".
Lucile et Alexia, quinze ans et amies d'enfance, sont toutes deux entrées en classes de seconde cette année, se retrouvant pour la première fois séparées, sans pour autant que cela
ne se ressente sur leur amitié. Jusqu'à cette nuit funeste de décembre, à l'approche de Noël, où Lucile laisse un message sur le répondeur d'Alexia, lui annonçant alors que son père vient de
mourir, subitement. Anne-Laure Boselli nous peint alors les portraits de Lucile, éplorée et effondrée par la mort de son père, et Alexia, sa meilleure amie, désespérant de trouver que faire face
à ça.
C'est arrivé à Lucile est un coup d'essai tout d'abord très court : moins d'une centaine de pages pour ce roman qui se lit alors très
vite, d'autant plus que les pages en question ne sont pas écrites en petits caractères. En découvrant l'idée de base, je me suis attendu à un ensemble assez fouillé : effectivement, le thème ici
présenté a été vu et revu par tous les auteurs possibles, et ce n'est pas de faire passer Alexia en tant que personnage principal qui changerait grand chose à l'affaire, comme c'est l'impression
qu'on en retire au début du roman - pour une histoire aussi simple, la moindre des choses est un traitement original ou tout du moins suffisament profond pour que l'on apprécie le roman.
Et bien, je suis désolé de le dire, mais ce traitement n'apparaît pas ici : le roman est des plus banals, se contentant de poser les faits - ou plutôt les sentiments, car il se veut
uniquement introspectif et peinture du ressenti des deux jeunes adolescentes, personnages principaux du roman ici écrit. Aucune réelle recherche d'originalité n'est faite, si ce n'est la position
d'Alexia et non de Lucile en tant que personnage principal, position qui perd vite tout son sens quand les deux personnages se rejoignent.
Si certains lecteurs sauront apprécier la peinture que Boselli effectue des sentiments des personnages, peinture relativement juste et sensé, s'appliquant assez bien aux situations,
d'une part réside là l'unique intérêt du roman, et d'autre part cet aspect est mis en place avec un style terriblement plat, et ne reflétant strictement rien. Si le roman est sensé toucher un
public adolescent assez jeune (cf. la cotation qui lui est donnée et que j'ai indiqué au début de l'article), les personnages principaux s'avèrent toutefois bien plus vieux que ce public, et j'ai
du mal à imaginer des lecteurs de leur âge prendre leur pied et trouver satisfaction en lisant le roman, qui apparaît comme préparé pour un public assez jeune de par sa simplicité.
Au définitif, on ne retiendra pas grand chose de C'est arrivé à Lucile : style plat, histoire plate et sans grand intérêt, ensemble
peu original, roman trop court pour marquer les esprits, l'ouvrage s'avère être un coup d'essai manqué - mais heureusement seulement un coup d'essai que l'on peut espérer voir rattrapé par le
futur, avec d'autres livres.
Par big-cow
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Mercredi 14 mai 2008
3
14
/05
/2008
12:00
Strad de Dominique Sylvain
Un nouveau Dominique Sylvain AVEC Louise Morvan, un personnage que j'apprécie plus à chaque lecture.
Strad, c'est l'abréviation pour Stradivarius, les fameux violons qu'Antonio Stradivari a conçu, et parmi les plus belles pièces et
les plus chers instruments de musique existants. Le jour où l'un d'entre eux, le Habeneck, d'une valeur de près de 24 millions de francs, est dérobé au cours d'un vol meurtrier dans une rue de
Paris, coûtant la vie au jeune musicien prodige Fabien Meyer, Louise Morvan est embauchée par les propriétaires de la pièce pour la retrouver, et se retrouve à surveiller Christian Donovan,
célèbre antiquaire fortement soupçonné par la police. En parallèle, le commissaire Serge Clémenti se retrouve avec un nouveau meurtre sur les bras : Ophélie Reix, artiste provocatrice, est
assassinée de trois coups de fusil à pompe durant une de ses performances, alors que, filmée, elle se laissait dériver sur la Seine à bord d'un matelas pneumatique. Les deux affaires se
compliquent quand Louise et Serge découvrent que Donovan et Reix étaient par le passé mari et femme.
Strad est donc l'occasion de redécouvrir le personnage de Louise Morvan, ce qui peut consister en un premier bon point pour le roman.
On est cette fois-ci plus proche de Travestis
que de Soeurs de sang, car le roman se contient relativement, ce qui n'empêche
pas de penser au premier (comparaison que le personnage de Clémenti effectuera lui-même), eu égard à la ressemblance entre le victim-art qu'est la mort de la chanteuse de Noir Vertige et ce décès
tout autant suspect et qui aurait pu passer, de par son exécution, aux yeux de certains, comme une oeuvre d'art.
Si j'ai été déçu par le dernier Dominique Sylvain que j'ai lu (récemment), Passage du désir, ce n'a pas été le cas pour celui-ci : on retrouve un
style cette fois-ci assez posé dans sa première partie, qui effectue une lente gradation vers l'ensemble quelque peu délirant que j'avais tant apprécié par le passé, et ce même si l'on atteint
pas des sommets de ce point de vue (ce qui n'empêche pas le roman de décoller sérieusement en un ensemble réellement délirant par moments, tout en conservant tout son charme sur l'ensemble.). On
retrouve de nombreuses références culturelles dans cet ouvrage, une fois de plus, ouvrant comme une sorte de seconde lecture au récit ici fait : des artistes aussi divers que Ravel, Stradivari
(ibne sûr), Man Ray, Witkin, Antonioni (et Blow Up
est par ailleurs cité), etc. Ces références sont autant de détails qui viennent rythmer le récit et y ajouter une touche
particulière.
Les personnages apparaissent comme très sympathiques, une fois de plus, et l'on peut noter des dialogues et des situations plus travaillées que dans les précédents ouvrages de
Sylvain. Si le roman perd son côté de fouillis chaotique pour prendre des aspects plus posés mais alors un peu moins poétiques, on appréciera tout de même beaucoup l'ensemble, et le personnage de
Louise se révèle toujours autant charismatique, d'autant plus qu'il se révèle être vu par plusieurs protagonistes simultanément (Clémenti, Louise elle-même, Argensson, Scherrer, ce dernier étant
inhérent à cet unique tome et flic à l'OCBC, un organisme de police contre le trafic des biens culturels) et apparaît alors sous plusieurs facettes, se complexisant.
En somme, un nouveau roman de Dominique Sylvain à nouveau très agréable à lire, et très bon.
Du même auteur : Vox, Cobra, Passage du désir, Soeurs de sang, Travestis
Par big-cow
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Lundi 12 mai 2008
1
12
/05
/2008
11:16
La mort aura tes yeux de James Sallis
Un nouveau James Sallis, mais sans Lew Griffin cette fois-ci, au profit d'un nouveau personnage, trop inhérent à
cette oeuvre pour être retrouvé par la suite à mon avis.
David fait partie du corps d'élite d'espionnage américain. Ayant pris sa retraite à la chute du mur de Berlin et avec la fin de l'URSS, il est rappelé, neuf ans plus tard, par son
ancien patron, Johnsson, qui lui demande d'accomplir une dernière tâche pour eux : Luc Planchat, un de ses anciens coéquipiers aux corps d'élite d'espionnage, est comme devenu fou, laissant
derrière lui un sillage de morts et se cachant quelque part aux Etats-Unis. David doit le traquer et le tuer.
Roman très particulier que ce nouvel ouvrage de James Sallis : il est à noter tout d'abord que je ne suis guère familier avec la littérature d'espionnage, et que j'ai seulement dû
lire un ou deux ouvrages de ce type en plusieurs années, plus une ou deux bande-dessinées qui me passaient sous la main (et quelques James Bond visionnés, mais là, on est dans un registre bien
différent). Aussi ai-je été assez singulièrement étonné à la lecture de La mort aura tes yeux (on notera tout d'abord le très beau titre, tiré
d'une citation de Cesare Pavese, le texte qu'il abandonné derrière lui en guise d'épitaphe, et que j'ai retrouvé sur ce site), qui, je pense, dépasse de loin les limites du roman
d'espionnage basique.
Le personnage de David est d'ores et déjà assez intéressant : vieil espion à la retraite, éduqué "à l'ancienne", respectant les codes d'honneur, très cultivé, très intelligent, et
n'hésitant pas à user de citations, pour se détacher des choses : j'ai beaucoup pensé à Raisons d'Etat, le film de Robert de Niro, sur la création de la CIA, et où le personnage principal
interprété par Matt Damon n'est pas sans évoquer un David, mais un David alors beaucoup plus jeune. C'est là toute une ambiance qui se créé, mais également tout un affrontement, comme une sorte
de conflits de générations, entre ces anciens espions très respectueux des codes d'honneur, et tous ces nouveaux qui rentrent dans la danse sans suivre le jeu des anciens.
Le roman aurait pu avoir un simple rythme mouvementé de jeu de chasse entre chat et souris, mais là n'est pas la volonté de Sallis, qui une fois de plus nous offre un petit bijou
littéraire : le voyage de David à la recherche de Planchat dépasse le simple "road-book" pour atteindre une profondeur bien plus grande, de par, tout d'abord, le style de l'auteur, toujours aussi
génial. L'auteur du Faucheux créé à
nouveau des ambiances avec brio, grâce à une langue très belle, très douce, et grâce à des situations assez étonnantes, que la position de David, en tant qu'espion, permet.
Cette position d'espion d'élite confère également un aspect presque surhumain aux personnages : très habile au combat, à réagir rapidement, très calme également. Mais Sallis choisit
de ne pas s'attarder sur cet aspect des choses, préférant mettre au premier plan et la peinture de l'Amérique profonde que David observe au fur et à mesure de ses pérénigrations, peinture qui
n'est pas sans évoquer les univers déjà décrits par Stephen King, par exemple, dans Cujo et Misery, ainsi
que la psychologie de son personnage principal, très profonde : celui-ci, retiré des affaires, artiste, amoureux, cultivé et légèrement philosophe, se retrouve être extrêmement complexe, et
l'auteur n'hésite pas à jouer sur cet aspect des choses pour donner plus de profondeur encore à l'ensemble de son ouvrage. David n'est pas sans se poser des questions, également, au sujet de la
nature humaine, et de sa propre condition, à l'aide de nombreuses citations et références culturelles, proposant un nouveau niveau de lecture encore, celui de découvrir La mort aura tes yeux sous un angle philosophique (et sous cet aspect des choses, je n'ai pas peur de le dire, La
mort aura tes yeux apparaît comme le Ghost in the
Shell américain et littéraire).
Très profond, très beau, très réfléchi, La mort aura tes yeux apparaît comme une nouvelle réussite à mettre au compte de James
Sallis, un auteur qui reste des plus brillants. A lire.
Du même auteur : Le faucheux, Papillon de
nuit, Le frelon noir
Par big-cow
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Samedi 10 mai 2008
6
10
/05
/2008
12:00
Passage du désir de Dominique Sylvain
Nouveau Dominique Sylvain, mais cette fois-ci sans Louise Morvan, l'héroïne (formidable) de Soeurs de sang et Travestis.
Vanessa Ringer, assistante sociale, est retrouvée morte à son domicile, situé au passage du Désir : ce sont ses colocataires, Chloé Gardel, violoncelliste, et Khadidja Younis,
serveuse et recherchant à se faire embaucher sur un tournage par le biais de castings, qui trouvent le corps de la jeune femme, au côté duquel se trouve un sac contenant 500 000 euros. Alors que
Maxime, le fiancé de Khadidja, est considéré comme principal suspect de l'affaire, deux de ses amies, Ingrid Diesel et Lola Jost, vont enquêter de leur côté pour prouver son innocence.
Passage du désir est l'occasion de découvrir deux nouveaux personnages dans les romans de Dominique Sylvain : Lola Jost, commissaire
de police retirée du service depuis la mort, par sa faute, de son collègue Toussaint Kidjo par sa faute (une mort que Sylvain n'explicite pas, ce qui laisse supposer une suite assez importante,
de la même manière que dans Travestis où Louise Morvan cherche à découvrir l'assassin de son oncle Julian Eden), et Ingrid Diesel, américaine voyageuse ayant décidé de s'installer à
Paris et masseuse notoire. C'est malheureusement là la première limite de Passage du désir et, c'est à craindre, de ses suites : car aussi
sympathiques soient-elle, et si elles ne sont pas susciter assez souvent le sourire (en particulier les emportements de Ingrid Diesel), cette dernière et Lola Jost n'ont pas le charisme d'une
Louise Morvan et d'un Serge Clémenti, et peinent à séduire le lecteur, se faisant simplement sympathique sans que l'on ne ressente de réel plaisir à côtoyer ces personnages. Parallèlement, on se
surprendra à avoir pas mal d'affection pour des personnages secondaires qui, s'ils ne révèlent pas de trésors d'originalité, s'avèrent néaumoins attachants : je pense notamment aux personnages de
la timide Chloé Gardel, colocataire de Vanessa Ringer, et au mystérieux Baratin comme il est surnommé, un réalisateur amateur insaisissable qui aurait côtoyé la victime.
Le style déçoit également quelque peu : on est bien loin des exaltations poétiques et délirantes de Soeurs de sang, par exemple, et le tout se révèle être très - trop,
beaucoup trop - carré pour convaincre. L'intrigue est basique, n'avance que peu et se fait lente pour pas grand chose à raconter - un défaut que je n'aurais pas reproché à Dominique Sylvain si le
style ou les personnages avaient été plus saisissants. Au total, on a plus l'impression de tourner en rond qu'autre chose, sans rentrer réellement dans l'aspect fantasque du récit, beaucoup trop
délaissé au profit d'une intrigue assez inconsistante et plate. Cela ne veut pas dire que Passage du désir est un mauvais bouquin, non : les
dialogues sont sympathiques, de même que les lieux visités, et les personnages conservent une certaine verve propre à l'auteur ; mais voilà, c'est tout.
En somme, s'il est difficile de considérer Passage du désir comme un mauvais roman, on peut le considérer aisément comme un mauvais
Dominique Sylvain : trop plat, trop carré, pas assez charismatique ni fantasque, on peut le considérer comme une bonne entrée en matière pour découvrir l'auteur mais le risque est peut-être trop
grand d'en retenir les mauvais aspects. A lire à la limite.
Du même auteur : Vox, Cobra,
Soeurs de sang, Strad,
Travestis
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Vendredi 9 mai 2008
5
09
/05
/2008
12:05
Chroniques du crime de Michael Connelly
Dernier Connelly lu en date, avant d'attaquer le dernier Harry Bosch sorti il y a une poignée de jours dans les
librairies, j'ai nommé A genoux (suite à cette lecture, seul me restera à découvrir L'envol des
Anges).
Chroniques du crime n'est pas un roman de Connelly, mais un concentré de ses articles datant de l'époque où il était journaliste à
Los Angeles, dans deux journaux différents, à la rubrique des faits divers criminels. L'ouvrage est séparé en trois parties différentes : les flics, les assassins et les affaires, selon les
objets de ses articles : là où la première partie s'attachera à la représentation des gardiens de la loi (que ce soit lors du portrait effectué de la brigade des Homicides de Los Angeles, comme
lors d'enquêtes sur des bavures des services de police, ou dans des hommages rendus à des policiers morts à leur travail), la seconde fera de même avec les assassins (on suivra ainsi le parcours
de plusieurs tueurs en série, ainsi que des affaires criminelles ayant le plus défrayées la chronique à leur époque) et la troisième traitera d'affaire de toute sorte : crimes mafieux, conjugaux,
cambriolages, etc.
Ainsi, le lecteur l'aura compris : point ici de Harry Bosch, de Terry McCaleb, ou d'autres héros de l'univers de Connelly. Uniquement des articles de journaux : et c'est ainsi que je
suis incapable de donner mon avis sur ce ouvrage. Effectivement, n'y connaissant strictement rien au journalisme, il m'a été impossible d'apprécier la subtilité des aticles de Connelly, très
profonde si l'on en croit le portrait de l'auteur dressé à la fin de l'ouvrage (et sous un certain angle presque plus intéressant que le reste) : Chroniques du crime s'adresse non pas à des lecteurs de polar ou même de Connelly, mais bel et bien à des journalistes, ou tout du moins à des habitués de la
presse écrite - et encore, il faudrait là comparer l'ouvrage à la presse écrite américaine, les journaux locaux n'ayant absolument pas la même qualité en France qu'aux Etats-Unis, et les pages
relatives aux grands faits divers y étant sensiblement rares. De ce fait, le réel public attendu pour un tel ouvrage est relativement restreint, et la lecture s'en effectue plus par curiosité :
on pourrait même considérer que la promotion effectuée autour de ce Connelly relève plus de l'attrape-nigaud que de la réelle commercialisation d'un nouveau roman du géant du polar, le livre
ayant été publié dans la même collection et au même titre que ses autres oeuvres.
Reste le plaisir de retrouver le style d'un Connelly, malheureusement ici logiquement très journalistique, et l'intérêt qu'on peut retirer à découvrir les sources d'inspiration de
l'auteur : cette affaire de corps retrouvé dans une voiture n'aurait-elle pas inspiré Le cadavre dans la Rolls ? Ce policier présenté au début de l'ouvrage,
dans le premier article, n'a-t-il pas certaines caractéristiques propres à Harry Bosch lui-même ? Ce meurtre non-élucidé, pendant les émeutes, où un homme a été retrouvé brûlé, ne trouve-t-il pas
une curieuse résonance dans Echo Park ?
Ainsi, le principal défaut de Chroniques du crime est qu'il s'agit, il
faut le dire, d'une arnaque, étant vendu comme un nouveau roman de Connelly alors qu'il n'en a absolument pas l'aspect et qu'il se révèle bien loin de ses récits de fiction. A regarder pour la
curiosité, mais je déconseille de l'acheter.
Du même auteur : Les égouts de Los Angeles, La glace noire, La blonde en
béton, Le cadavre dans la Rolls, Créance de sang, L'oiseau des
ténèbres, Le poète, Los Angeles River, Deuil
interdit, La défense Lincoln, Echo Park
Par big-cow
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Vendredi 9 mai 2008
5
09
/05
/2008
12:00
J'ai trouvé Acid Test au hasard de la bibliothèque familiale, au
fond d'un carton de livres qui ne demandait qu'à être éventré pour satisfaire le lecteur aventureux qui, le premier, le trouverait. Complètement ignorant de l'identité de cet écrivain et
journaliste américain, ainsi que de l'oeuvre (assez connue, je m'en rends compte aujourd'hui) qu'est Acid Test, je me suis lancé dedans avec
beaucoup de curiosité.
Acid Test raconte l'odyssée (qui s'est réellement déroulée), à travers les Etats-unis, à bord d'un vieux bus peint à la Day-Glo et
multicolore, des Merry Pranksters, le premier groupe communautaire ayant pris la décision de dépasser l'acide (premier si j'en crois la quatrième de couverture) sous l'impulsion de leur leader,
Ken Kesey, l'auteur encensé par la critique de Vol au-dessus d'un nid de coucous. On suit leur voyage, presque entièrement réalisé sous LSD, au
rythme des groupes de rock de l'époque et au fil des 400 pages que forme Acid Test.
Partant du principe que je n'avais strictement pas à quoi m'attendre en me plongeant dans le livre, j'ai été assez surpris, et tout d'abord par la thématique, qui explore un monde
généralement connu par ses seuls clichés : Woodstock n'est pas encore passé (le roman n'a été publié qu'en 1968 aux Etats-Unis), et la société américaine commence seulement à découvrir ces
générations hippies, donc l'objectif est, comme elles le disent, de vivre uniquement l'instant, sans passé ni futur, le tout grâce au LSD pui, comme ils tenteront de le faire, sans mais en
retrouvant ses stimulations. En ce sens, Acid Test dépasse le simple "road-book" pour devenir le regard d'un journaliste (Tom Wolfe) sur la
société, dans l'objectif de l'analyser, une analyse par ailleurs assez profonde. Si le roman est rédigé à la première personne, preuve de l'intégration de Wolfe dans cette communauté dans le but
de l'observer et dans retranscrire l'état d'esprit, cette première personne n'interviendra que rarement, outre dans les premiers chapitres où l'auteur décrit le groupe et son intégration parmi
celui-ci, laissant alors la part belle aux personnages du voyage.
Wolfe a suffisament de talent pour décrire l'histoire de ce groupe, de son apparition à la fin de sa lente déchéance, sans provoquer une seule fois l'ennui du lecteur : si il est
quelque peu difficile d'entrer dans son univers dans les premières pages, on se fait très vite au récit (au bout d'une cinquantaine de pages, une centaine grand maximum), et on dévore plus le
roman qu'autre chose, aussi complexe et long soit-il. Le style est très particulier, car s'accordant particulièrement efficacement avec cette ambiance et cet état d'esprit que décrit si bien
l'auteur et qui sont partie intégrante du voyage des Pranksters : ainsi se révèle-t-il être complètement déséquilibré et tortueux, jouant sans cesse sur le vocabulaire, la synthaxe, la forme même
des paragraphes, ne reculant devant aucune limite pour traduire la sorte de folie qui prend les Pranksters, et se renouvellant sans cesse au fur et à mesure du récit. C'est ainsi qu'on lui doit
cette formidable phrase qui résume très bien l'effet de l'acide sur, à ce moment précis du roman, Ken Kesey (en espérant me souvenir assez correctement de la phrase pour ne pas commettre de
fautes) :
"C'est fou et déchaîné et délirant et réel, et la moitié de vos mésentères vous disent
T'ES DEFONCE
tandis que l'autre vous dit Pourtant
TU ES DIEU"
En somme, excellent roman que Acid Test, très bien documentée, vision très fine de la société de l'époque et du groupe communautaire
des Pranksters, pour un ensemble jamais lassant, toujours renouvellé et passionnant. A lire.
Par big-cow
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Dimanche 27 avril 2008
7
27
/04
/2008
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Les cendres d'Angela de Frank McCourt
Trouvé au hasard dans la bibliothèque familiale, j'ai lu ce livre après avoir entendu parler de Frank McCourt en
cours d'anglais, étant alors quelque peu poussé par la curiosité.
Les cendres d'Angela est la première partie de l'autobiographie de Frank McCourt : celui-ci y raconte son enfance, de sa naissance à
ses dix-neuf ans : ses premières années dans la ville de New-York, de laquelle les parents McCourt sont obligés d'émigrer à cause de la crise économique, puis son enfance difficile en Irlande,
avec un père alcoolique et au chômage, buvant toutes les allocations en pintes, et une profusion de frères et soeurs qui, nombreux, ne survécurent pas, jusqu'à ce que, grâce à des économies
faites petit à petit, il parvienne à revenir en Amérique.
L'enfance de McCourt est ici quelque peu fantasmée, exagérée, pour les besoins du récit : ainsi peut-on plus considérer Les cendres
d'Angela comme un roman autobiographique que comme une autobiographie à part entière. Trois ans après cette première partie de sa vie, il écrira par ailleurs C'est comment l'Amérique ? ('Tis de son titre original), la suite de son autobiographie (à noter que la
Angela citée dans le titre de l'ouvrage ici présenté est la mère de Frank McCourt), qui se finira enfin avec Teacher Man, écrit en 2005.
C'est ici une enfance très pauvre que nous présente McCourt. Lui-même dit, dans le premier chapitre des Cendres d'Angela : "Quand je
revois mon enfance, le seul fait d'avoir survécu m'étonne." Et le lecteur est lui-même surpris que le jeune Frank soit parvenu à subir les épreuves des années malgré la misère qu'il eut à
traverser : cette enfance sans argent ou presque, à vivre dans des conditions assez déplorables (logement au rez-de-chaussée continuellement inondé, ou habitat précaire chez de la famille
proche), à subir l'absence de nourriture, de charbon ou de confort, les maladies, et même les morts des autres, cette existence semble être des plus douloureuses.
Et pourtant, McCourt évitera soigneusement le pathos, dans son style littéraire, pour adopter un ton plutôt drôle et alors terriblement ironique : en se mettant dans la peau de
l'enfant qu'il était, en adoptant un style assez semblable à celui avec lequel se serait exprimé un enfant, et en usant alors de beaucoup de naïveté dans sa présentation des choses, il parvient
de nombreuses fois à amuser le lecteur, si ce n'est à le faire rire. Si le début apparaît curieusement sous une veine presque tragique malgré ce regard d'enfant (alors qu'autour de lui ses frères
et soeurs décèdent faute de soin et de confort), le ton changera radicalement à partir du moment où sa famille et lui émigreront en Irlande, à Limerick pour être plus précis, ville industrielle
en bordure du fleuve Shannon.
Si le ton est très drôle, les évènements qui traversent la vie de McCourt se révèleront tous être mi-figue mi-raisin, et leur précision, que ce soit dans les dialogues, les textes ou
tout simplement les situations, me poussent à dire que son histoire est là quelque peu arrangée afin de faire plaisir au lecteur : un arrangement pour lequel on ne lui portera pas grief, celui-ci
se révélant être plus que profitable au définitif.
En somme, une autobiographie assez drôle (malgré une première partie plutôt tragique), parfois quelque peu exagérée et peut-être un peu longue, mais très agréable à découvrir. A
lire.
Par big-cow
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Samedi 19 avril 2008
6
19
/04
/2008
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Le dernier magicien de Megan Lindholm
A l'origine écrit vers le milieu des années 80, c'est seulement en 2003 que Le dernier magicien de Megan Lindholm (plus connue sous le pseudonyme de Robin Hoob avec la saga de L'assassin
royal) est sorti en France.
L'intrigue prend pied dans le Seattle du milieu des années 80, et tourne autour du personnage qu'est le Magicien, un homme, hanté par les souvenirs du Vietnam, sans abri, sans nom,
et investi d'une sorte de curieux pouvoir qui fait de lui le Magicien qu'il est : un pouvoir difficilement définissable, usant de différentes formes de l'esprit et de la pensée, mais qui a ses
règles : ainsi le Magicien est-il forcé de prendre soin des pigeons et de les nourrir, tout comme il doit écouter les gens qui viennent lui parler et leur donner en réponse la Vérité qu'il
devinera obligatoirement et qui, en quelque sorte, sera pour eux une sortie de secours. La vie se poursuit à Seattle jusqu'à ce qu'émerge une sorte de mystérieuse entité, Mir le gris, décidée à
combattre le Magicien.
Le dernier magicien est un roman assez particulier : on est ici bien loin des tribulations de Fitz Chevalerie, le personnage principal de L'assassin royal, tout comme on est loin de la série des Aventuriers de la mer (à laquelle je ne suis jamais
parvenu à accrocher). L'univers de Lindholm/Hoob est ici tout d'abord beaucoup plus moderne, à une longue distance de la fantasy moyennageuse auquelle j'avais été jusque là habitué : toute
l'action, si ce n'est quelques souvenirs épars, se déroule à Seattle, ville qui jusque là n'était pour moi que le berceau de Nirvana et des mouvements altermondialistes, changeant alors
totalement ma perception de la ville, et lui donnant un caractère beaucoup plus important et énigmatique (d'autant plus que la magie fourmille dans les rues, dans les bâtiments même, imprégnant
les vieux murs de cette ville construite en deux fois, si l'on suit le récit qu'en font les personnages).
Le roman se révèle ainsi présenter une forme de fantasy urbaine d'autant plus étrange que la magie n'y est pas définissable selon des règles classiques, et que les magiciens sont
loin d'être des personnages favorisés comme on aurait pu s'y attendre ; en effet, les nombreux personnages possédant des pouvoirs et que l'on croisera au fil du roman sont tous sans-abris, se
débrouillant du mieux qu'ils le peuvent pour survivre et se fondre dans une société qui les exclut. Le contexte social de l'oeuvre n'est pas à lésiner : outre cet aspect très urbain du livre,
avec ses personnages économiquement en marge du monde, les fantômes de la guerre du Vietnam sont également présents, et si à première vue Lindholm ne semble pas s'attarder beaucoup sur cet aspect
du personnage, il est possible de prendre l'oeuvre complète comme une sorte de métaphore entre cet homme et ses démons, à la manière du Harry Bosch de Connelly qui réaffrontera ses anciennes
peurs dans Les égouts de Los Angeles.
Une autre dimension qui apparaît dans Le dernier magicien est l'aspect assez poétique et assez beau de l'oeuvre : si le style de
l'auteur ne parvient pas toujours à créer un certain esthétisme littéraire, et ce même s'il est celui d'une excellente créatrice d'ambiance, de nombreuses idées tendent vers une certaine poésie
assez paisible, qui renforce l'image du Seattle mystérieux et mystique ici en création : les règles particulières de magie que se voit imposer le Magicien, la façon dont Raspoutine, Cassie et
Euripide expriment quant à eux leurs pouvoirs, systématiquement par l'art, et d'autres détails encore. Le tout n'est pas sans être complété par une ambiance assez sombre et là encore assez
intriguante, qui attire l'attention du lecteur.
Certes, si le shéma narratif du roman, et son histoire au sens large, sont des plus basiques, et si s'immiscer dans le récit assez déstabilisant de Lindholm est plutôt difficile au
premier abord, on se laisse vite conquérir par ce nouvel univers assez intéressant et étrange.
En somme, Le dernier magicien, assez déstabilisant au premier abord, se lit de façon très agréable et se révèle être un roman très
réfléchi, pour un genre auquel Lindholm/Hobb ne m'avait pas habitué. Je pense qu'il s'agit là d'un livre qu'on appréciera d'autant plus que le temps passera sur son souvenir, et plus encore,
qu'il s'agit d'un livre qui se doit d'être relu après un certain temps. A lire.
Par big-cow
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