Un film de Sam Firstenberg
American Samouraï raconte l'histoire d'Andrew Collins (call him Drew), américain élevé par un samouraï après que ses parents se soient écrasés en avion dans la jungle japonaise, quand il n'était qu'un bébé. Toutefois, son frère (enfin, le fils de l'homme qui l'a recueilli) Kenjiro est ivre de vengeance, et l'attire en Turquie par une série de meurtres, dans le but de le tuer et de devenir le meilleur samouraï.
Si American Samouraï, sur une appréciation globale, ne peut être amené au niveau d'un grand nanar, possédant trop de qualités (enfin, ça fait bizarre de dire ça, mais il faut dire que certains combats ne sont en vérité pas assez mous et parfois même un peu trop stylés pour être drôles et ridicules), il conserve néaumoins de nombreux petits détails amusants qui sauront ravir ceux qui, comme moi, aiment traquer les petits défauts qui font tout le charme du nanar, privilégiant l'amusement subtil à la grosse rigolade.
Ainsi, premier détail particulièrement amusant de American Samouraï, avant même que le boîtier DVD n'est été ouvert : son réalisateur inexistant. Il m'a fallu passer sur Cinétroc pour en trouver le nom, celui-ci étant totalement occulté de la jaquette, y compris dans l'espèce de petite fiche technique qui accompagne tout film (l'espèce de petit texte avec les lettres démesurément hautes qui se trouve en bas de chaque pochette de DVD). Aurait-il tenté de masquer au dernier moment son identité - entreprise qui se serait alors soldée par un échec ? Est-ce un oubli ? Aurait-il été enlevé par des forces démoniaques (probablement des samouraïs voulant se venger de l'affront qui leur est ici fait) désirant effacer toutes traces de son existence ? Le mystère reste entier.
Rions un peu plus, et découvront les premières minutes du film, où se déroule l'accident d'avion dont j'ai parlé ci-dessus : on sent venir le trucage foireux, et en effet, on filme seulement le cockpit et la vitre arrière sans créer de plans entiers de l'avion, si ce n'est quelques stockshots (expression tirée à Nanarland : vol d'images appartenant à d'autres films documentaires, ou à d'autres films du même réalisateur). Sauf que quand on observe la vitre arrière, on a la joie d'apercevoir dans son reflet un visage féminin qui n'a à vrai dire rien à faire ici, et que je soupçonne d'être celui d'une des assistantes de Firtenberg qui passait là par hasard. Première finesse de réalisation, premier contact avec American Samouraï, premier fou rire.
Les autres surviendront vite, mais il faudra attendre la fin du film pour retrouver le genre de petits détails croustillants de cette introduction. En éléments drôles, on peut citer pêle-mêle un jeu d'acteurs terriblement mou et inapte à convaincre, des personnages formidables dans le sens où ce sont tous de somptueux clichés, quelques combats assez crétins (ceux avec Harisson par exemple), le doublage de David Bradley (Andrew Collins) tellement plat qu'il en devient surréaliste, des leçons de pseudo-philosophico-poético-samouraï très drôles (car "Le sixième sens sera l'oeil de ton esprit qui te montrera la voie du futur" et plein d'autres fumisteries dans le même genre), une musique terriblement niaise et tentant désespérément de se donner un air Japon en soufflant dans quelques flûtes et quelques bambous, de nombreux autres stockshots, etc.
Le rythme se fait assez soutenu, ce qui permet au spectateur de ne pas s'ennuyer. Si l'ensemble tend rarement vers le nanar, on saluera toutefois quelques moments d'ivresse, la plupart tirés dans ceux cités précédemment, auxquels il serait bon d'ajouter la scène d'entraînement assez stupide de Collins, ainsi que sa romance avec une photographe assez stupide également, romance expédiée, particulièrement inutile, d'autant plus que Firstenberg ne se permet même pas un plan nichon (par contre, les plans pectoraux ne sont pas en reste).
On arrive alors au combat final, que gagnera Collins (naaaaan...) en tuant Kenjiro d'une manière des plus absurdes. Sans vouloir décrire les artifices d'ingénierie qu'emploie notre héros (et je dirais juste qu'ils dépassent les lois de la physique, de la logique et de la pesanteur, mais on est plus à ça près franchement), j'attirerais l'attention du spectateur sur le fait qu'à part dans leurs derniers mouvements, avec la mort de Kenjiro, jamais les deux combattants n'ont été filmé ensemble (si un processus semblable est utilisé pour les autres combats, je n'y ai pas pris garde) : en effet, jamais ils n'apparaîtront dans le même plan si ce n'est au repos, et les images de combat sont toutes prises en plan américain, permettant au spectateur de voir les affrontements de lame mais pas le réel duel. Un procédé qui montre ses limites dans un plan somptueux et très drôle, alors que le plan se concentre sur Kenjiro, à un des moments du combat : celui-ci pare à tout va ce qu'on voit être une lame, une lame qui, au lieu d'être le grand sabre de Collins, apparaît munie d'un pompon rouge, exactement le même que celui qui ornait l'épée du précédent adversaire de Kenjiro, comme de par hasard. Le réalisateur aurait-il tourné ses combats sous plusieurs angles pour pouvoir en récupérer les images ?
En somme, si American Samouraï n'est pas un nanar de haute volée, étant parfois trop "bon" notamment dans certains combats, il est toutefois suffisament raté pour en devenir risible et plaisant.