Théâtre

Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /2008 11:58
Ze Patrécathodics
Par Scopitone et Cie

   Dernier spectacle du Festival Géo Condé de cette année 2008, et second spectacle (et par ailleurs coup de coeur) de la soirée, suite à Don G., joué au Théâtre Gérard Philipe par le Theater Taptoe.

   Ze Patrécathodics est en vérité un ensemble de quatre petits spectacles : j'ai pour ma part pu en voir deux. Installés dans quatre caravanes disposées sur le parking de la Médiathèque de l'Orange Bleue, auprès du théâtre, on pouvait les entendre de loin, alors qu'usant de vieux vinyles ils s'amusaient à danser (de manière assez sauvage et d'ores et déjà déjantée, augurant du meilleur) et appelaient les premiers spectateurs à faire de même. Après quelques minutes, le présentateur des quatre caravanes invite les spectateurs à se séparer en groupe de dix, entre les quatre caravanes, pour assister à des minis représentations, entre dix minutes et un quart d'heure, de contes revus et corrigés à une sauce assez farfelue : j'ai pour ma part vu Barbe Bleue, ainsi que La belle et la bête, manquant alors Le petit chaperon rouge et La petite fille aux allumettes.

   Si les contes originals sont respectés par les comédiens (des disques sont mis, et ce sont en vérité les comédiens qui juxtaposent alors leurs mimiques aux CDs, ou plutôt aux vieux vinyles, qu'ils nous font écouter), leur présentation prend bien vite des atours complètement déjantés : la première raison en est les comédiens eux-mêmes, un par conte, chacun possédant son personnage, poussant au maximum les limites de la caricature pour un ensemble qui aurait pu passer pour lourd mais qui s'accorde parfaitement avec un spectacle de seulement dix minutes. Si ce personnage éclate au grand jour durant l'installation des spectateurs, avant la réelle représentation, et après (chacun improvisant pendant quelques minutes sur son personnage suite au conte), ce sont les mimiques des acteurs, également poussées au maximum, mais jamais trop lourdes, qui prennent le pas lorsque les histoires démarrent réellement. Cet aspect des choses se révèle d'ores et déjà très amusant, et très appréciable.

   L'aspect technique des représentations m'a beaucoup fait penser aux pièces du Théâtre du Vide-Poches, en particulier à Roméo et Juliette, mais également à Opéra Bourriche et aux Projectionnistes, vus durant le festival : les comédiens effectuent leurs représentations dans des télévisions, sur un espace assez minuscule et minimaliste, mais la vision des spectateurs n'est toutefois gênée en rien, la représentation ne s'exécutant pas pour plus de dix personnes en même temps. Les marionnettes, et parfois objets, utilisés par les comédiens sont également très drôles, étant faits d'une part de tout et de rien, mais jouant d'autre part sur le décalage (mauvais jeu de mots mais irrésistibles dans le contexte de la pièce, références absurdes et totalement hors contexte, blagues inattendues ou au contraire très attendues, etc.). Je ne me risquerais pas à détailler par volonté de ne pas donner quelques clefs de l'humour des représentations, mais je dois dire que je pleurais presque de rire, alors que les blagues s'enchaînent dans l'absurde le plus complet et le plus déchaîné.

   A noter que, si La belle et la bête m'a assez amusé, Barbe bleue atteint de tels sommets de délire qu'il se doit d'être considéré comme le second coup de coeur de ce festival.

   En somme, un spectacle complètement déjanté, complètement fou, et terriblement drôle, à ne manquer sous aucun prétexte.
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Mercredi 7 mai 2008 3 07 /05 /2008 22:01
Don G.
Par le Theater Taptoe

   Spectacle de clôture du Festival Géo Condé, vu samedi en soirée.

   Don G. est la reprise, en théâtre de marionnettes, de l'opéra Don Giovanni de Mozart : cet opéra relate l'histoire de Don Giovanni, véritable Don Juan de son époque, lequel séduit une jeune femme, Dona Anna, et tue son père, le Commandatore, lors d'un duel. Il aime secrètement Dona Anna, laquelle lui rend bien son amour, mais Masetto (mari de la jeune femme) et Dona Elvira (ancienne amante de Don G.) complotent dans l'ombre contre le séducteur.

   Don G. s'annonçait comme un spectacle assez impressionnant : pas moins de neuf musiciens ainsi que cinq marionnettistes sur scène, le tout face à une salle comble, si bien que je me suis retrouvé pour ma part isolé dans le fond (à noter que les marionnettes sont de taille assez conséquentes, et que si je n'ai pas pu apprécier la subtilité de leur confection, cela ne m'a pas empêché de les distinguer de manière assez aisée).

   J'avais à vrai dire un peu peur de faire face à un spectacle trop "grand spectacle", justement, de par les moyens déployés dans sa création, de même que j'avais peur de finir ce festival Géo Condé de manière assez déçu,
Les projectionnistes étant la seule pièce que j'avais réellement apprécié depuis le début. Fort heureusement, aucune de mes craintes ne s'est avérée fondée, bien au contraire : Don G. s'est révélé être un coup de coeur, le premier (et pas le dernier comme le prouvera mon article sur Ze Patrécathodics, le spectacle déjanté de la Scopitone et Cie, duquel j'aurais vu deux représentations) de cette semaine pourtant chargée en spectacle.

   Si je ne m'attarderais pas sur l'histoire de Don G., qui fait partie des classiques de l'opéra et de la littérature, sa mise en scène et sa présentation méritent que l'on s'y intéresse. La salle du Théâtre Gérard Philipe avait le défaut de ne pas posséder une acoustique suffisament bonne pour permettre au spectateur de se rendre compte de la qualité de la prestation des musiciens, et de la force de l'opéra. C'est pour cela qu'il faut s'imaginer Don G. comme une pièce réellement tonitruante. Le reste est très bon : les marionnettes, de très belles factures, sont très agréables à observer et aisément reconnaissables les unes par rapport aux autres, l'histoire est retranscrite de manière efficace, tel que le spectateur n'a aucun mal à la comprendre (si ce n'est quelques relations un peu obscures entre certains personnages), l'ensemble possède énormément de charme, en partie du à la musique, mais également au fait que les acteurs soient des marionnettes (c'est d'ailleurs là un petit défaut qu'il est possible de pointer, car l'utilisation de marionnettes n'apporte guère plus que cette ambiance particulière à l'ensemble), et au final, on ne s'ennuie pas une seconde pour un spectacle qui passe beaucoup trop vite.

   Pas grand chose d'autre à rajouter sur Don G. : un très bon moment, très agréable, quelques défauts mineurs mais un spectacle qui, globalement, se doit d'être considéré comme un des coups de coeur du festival.
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /2008 12:00
Le diable abandonné
Premier épisode : La Meuse Obscure
Par la Compagnie Le Corridor

   La Meuse obscure est le premier épisode du tryptique Le diable abandonné : le deuxième épisode, que je n'ai pas pu voir, se déroulait le lendemain (mais j'assistais à ce moment précis à une scéance de Taxi Driver avec Scorsesejunior54), et le troisième, encore non créé, est prévu pour 2009.

   Le diable abandonné est un conte : l'histoire d'un Castelet, en grande partie démantelé pendant la Première Guerre Mondiale, en Meuse. Alors que le Père, marionnettiste, est sur ses vieux jours, il demande au Fils de reprendre le Castelet, fils qui refuse et préfère en faire don au Musée de la marionnette. Le père se pendra alors, à l'aide d'une tringle de marionnette, et par l'intermédiaire de sa corde, le Fils passera un pacte avec le Diable : celui-ci, en échange de son dernier souffle et de ses derniers mots, lui donnera accès au "livre délavé" où il pourra trouver les mots qui lui permettront de s'exprimer et de parler à Elise, son âme soeur.

   L'histoire du Diable abandonné est tirée du roman éponyme de Patrick Corillon, lui-même créateur de la pièce. Ayant toujours apprécié les contes, j'ai beaucoup aimé celui-ci, tout du moins son intrigue, et son texte qui s'avère pas si mal que ça : une histoire de pacte avec le diable quelque peu tortueuse, par moments assez glauque, assez sombre, mais très agréable à écouter et à découvrir. Le conte n'a pas été sans m'évoquer mes lointains souvenirs des Contes de la rue Broca de Gripari, mais un Gripari alors plus tordu et plus sombre encore, pour un résultat des meilleurs.

   Toutefois, seule l'histoire m'a a vrai dire plu dans ce premier épisode du Diable abandonné duquel, avec le recul, je ne regrette pas d'avoir manqué le second, et dont je n'irais probablement pas voir le troisième. Car ce texte, aussi bon soit-il, souffre déjà d'être, à mon sens, très mal lu, de sorte qu'il en devient particulièrement désagréable. J'ai d'ailleurs eu l'impression fugace, dans les débuts de la pièce, que celle-ci n'était qu'une création récente et encore peu maîtrisée, alors qu'en réalité elle ne doit pas avoir loin de deux ans, si ce n'est plus.

   Je considère également La Meuse obscure comme un échec du point de vue technique : non pas que les manipulations qui ont ici lieu soient mal exécutés, loin de là (même si deux panneaux auront été à un moment confondus, ce qui est plus imputable à l'inattention qu'à autre chose), mais Le Corridor tente d'innover une technique qui devient vite lassante. Dans Le Daible abandonné, pas de marionnettes, ni d'objets, mais seulement des draps, des cartons et des textes qui défilent dans le castelet alors établi. Si le procédé s'avère être assez original, et laisse place à quelques sympathiques innovations (comme le coup de la tronçonneuse, ou de la tringle diabolique), il devient vite lassant, et possédant un rythme assez (et même trop) lent, il rend la narration terriblement lente elle-même, pour un ensemble qui se fait vite ennuyeux et perd beaucoup de son intérêt original.

   En somme, La Meuse obscure est la grosse déception de ce festival Géo Condé. Après un Retour du martinet
pas fameux, on a droit ici au massacre d'un conte à la base très sympathique, dans un ensemble mal lu, lent, mou et, s'il possède quelques originalités, trop lassant pour s'imposer dans l'esprit du spectateur. A éviter.
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Lundi 5 mai 2008 1 05 /05 /2008 12:00
Le retour du Martinet
Par le Figurentheater Vagabu

   Vu mercredi soir, toujours et encore à l'occasion du Festival Géo Condé.

   Monsieur Louis, dans Le retour du Martinet, commence, avant de se présenter, par présenter le bar où il se trouve (dont j'ai malheureusement égaré le nom), avant de se décrire lui-même : pilier de bar quelque peu voyageur sur les bords, il se spécialise en tant que goûteur de café, jusqu'à trouver la consécration, avec l'un des plus grands prix de goûteurs de café existants. L'ancien gagnant l'invite dans sa demeure, à Nairobi, pour lui faire goûter au "grain du martinet", un café lui permettant de battre des ailes pendant des mois, si ce n'est des années, sans aucun problème, et pour ce faire, le transforme en martinet pour un périple d'une année toute entière. Monsieur Louis va raconter son voyage.

   Du point de vue technique, Le retour du Martinet mèle un peu de tout : marionnettes classiques, photographies et vidéo, ombres chinoises, marionnettes moins classiques cette fois-ci (comme les deux hommes qui, au début de la pièce, boivent un verre au bar), figurines accrochées au bout de tiges tels des oiseaux battant des ailes par exemple, etc. Il faut reconnaître ce premier grand mérite au Figurentheater Vagabu : les marionnettes sont très bien exécutés et utilisées par les trois comédiens de la pièce, qui font preuve pendant tout le spectacle de beaucoup de maîtrise (à noter que si le personnage qui interprète Monsieur Louis n'utilise que peu (voire pas du tout, même, mais je ne saurais m'en souvenir exactement) de marionnettes, c'est parce qu'il narre l'histoire et effectue quelques passages musicaux à l'accordéon). C'est par contre là la première limite du Retour du Martinet : les marionnettes ne sont que peu utilisées (à part celle du martinet que l'on suivra pendant toutes ses péripéties) et prennent presque une dimension relevant uniquement du cataloguage. Là où cette impression est là plus flagrante est avec les deux marionnettes/piliers de bars : à part une première scène où nous seront montrées toutes leurs "capacités", ils ne réapparaîtront pas, outre l'un d'entre eux dans un rôle servant uniquement de remplissage. On retrouve le même défaut pour les autres marionnettes : la girafe, Thot, la femme qui fait le repas, etc.

   Là n'est malheureusement pas le seul défaut de la pièce : ainsi, alors que celle-ci présente une histoire d'assez bonne qualité, sympathique, et assez drôle par moments, la narration est, il faut le dire, particulièrement lamentable, et d'une molesse et d'une lenteur rarement égalées. On finit très vite par s'ennuyer alors que le Figurentheater Vagabu s'enterre dans un rythme terriblement lent et pénible, duquel ne ressortira, là où les comédiens avaient tenté d'instaurer une ambiance (comme dans la scène du bar, au début de la pièce), qu'un ennui profond. L'intrigue elle-même, qui démarrait si bien, et les textes, finissent par s'enliser bien vite dans un ensemble pénible et répétitif.

   Ainsi, Le retour du martinet est une déception : si le spectacle conserve pas mal de bonnes idées, et une intrigue ainsi que des textes sympathiques, le tout retombe vite à plat, faute à un rythme terriblement mou, une incapacité des comédiens à créer efficacement une ambiance et une utilisation des marionnettes beaucoup trop démonstratives là où il y aurait eu moyen de réaliser de réelles performances avec. A éviter.
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Dimanche 4 mai 2008 7 04 /05 /2008 12:00
Peng Xang ou le chant de l'éléphant
Par la Compagnie Smol-Humour à Tiroirs

   Vu mardi soir au Théâtre Gérard Philipe, un nouveau spectacle du Festival Géo Condé.

   Pour la forme, Peng Xang est en quelque sorte un spectacle à sketches : succession de saynètes sur le thème de l'éléphant, le spectacle se veut une dénonciation, dans des tons assez divers (tantôt humoristiques, tantôt tragiques, tantôt poétiques), de l'exploitation de l'éléphant (chasse, utilisation dans des cirques ou des zoos), ainsi qu'une évocation de sa vie quotidienne, en quelque sorte.

   A chaque saynètes, les comédiens s'appuient sur un type de marionnettes différents : masques, arrosoirs, réelles marionnettes à main, ou improvisées avec un peu de tout. De par la maîtrise qu'en ont les comédiens, on a ici la preuve d'une grande expérience dans leur maniement. Trois d'entre eux interprètent les éléphants, un change souvent de rôle, présentant en quelque sorte la pièce et s'occupant des passages parlés, et une violoncelliste ainsi qu'une tisseuse sont présentes sur scène.

   Peng Xang possède une belle qualité, très rare dans ce genre de spectacles : il n'est absolument pas inégal, car on apprécie tout autant chacune de ses parties (un ressenti peu banal dans une pièce en saynètes). Toutes conservent ce mélange d'humour et de beauté qui en font son charme, quelconque soit la forme dont humour et beauté s'expriment (jeu des spectateurs, musique, chorégraphies des passages dansés, charme des textes, situations, etc.). Si Peng Xang n'atteint pas les sommets de beauté auxquels je m'étais attendu, il n'en reste pas moins un spectacle assez doux, assez mignon, qui prête à réfléchir et à penser, pour un résultat peu banal et très bon.

   Pas grand chose à rajouter de plus sur le spectacle de la compagnie Smol-Humour à Tiroirs (il faut dire que je ne souhaite pas rentrer dans le détail par souci de ne pas donner au spectateur la clef de certains passages de la pièce) : très bonne pièce, assez belle, très agréable, assez drôle également et finement jouée, Peng Xang est un spectacle à ne pas manquer.
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Samedi 3 mai 2008 6 03 /05 /2008 12:00
Les projectionnistes
Par le Théâtre du Vide-Poches

   Seconde représentation du Théâtre du Vide-Poches à laquelle j'assiste, durant ce festival Géo Condé, suite à Opéra Bourriche.

   Les projectionnistes est une sorte de Naguère les étoiles en modèle réduit, pour parler en très, très simplifié. J'avais pu apercevoir le début de Naguère les étoiles, spectacle créé et interprété par le Collectif Kinorev, l'an dernier, durant l'ouverture de saison du Théâtre Gérard Philipe (mais je n'avais malheureusement pu en apercevoir qu'une partie, un écran plasma ayant eu la mauvaise idée de mettre fin à ses jours durant cette même séance). J'effectue ici, en quelque sorte, un rattrapage, et c'est également une nouvelle pièce du Théâtre du Vide-Poches qu'il m'est permis de voir, après un
Opéra Bourriche que j'avais moyennement apprécié.

   Les deux "réalisateurs" qui se tiennent sur scène nous racontent l'histoire de Bibi, aisément reconnaissable grâce à son costume de motard rouge et son casque bleu. Bibi est aujourd'hui en vacances chez sa tatie Jeannine, à la montagne, laquelle garde des vaches parmi lesquelles se trouve Mimolette, une vache zébrée qui ne pense qu'à s'échapper : Bibi va alors, au prix de multiples actes héroïques et cascades, sauver la vache et, au passage, la fille du garagiste.

   Les projectionnistes est tout d'abord une superbe pièce de théâtre dans son fonctionnement : filmé par de nombreuses petites caméras, et supposant une petite multitude de décors, la scène est établie entre deux cagettes de légumes, scène composée par un complexe assemblages de cordes, de bidouillages électroniques, de lampes et ampoules diverses, de figurines de tous types, de jouets et de nombreux autres mécanismes assez fantasques, servant aux bruitages, voix, cascades, ou tout bonnement s'intégrant dans le décor. On assiste à une double lecture de la pièce : sous forme de manipulations diverses, alors que les deux comédiens s'escriment à créer leur spectacle, et sous forme de film alors que le résultat final est en parallèle projeté sur un vaste écran, au-dessus d'eux. A noter qu'à la base, une troisième lecture du spectacle était prévue, à laquelle je n'ai pas pu assister car la personne qui devait s'en occuper s'est avérée être complètement indisponible ce jour-là (une troisième lecture qui apporte au spectacle, mais n'est pas nécessaire à celui-ci) : effectivement, le spectacle était à la base également traduit en language des signes par une traductrice avec laquelle tout un jeu s'était instauré, de ce que m'ont dit les deux comédiens des Projectionnistes. S'il est dommage que je n'ai pas pu assister à cette partie du spectacle, celui-ci n'en reste pas moins très bon dans sa construction.

   Du niveau de l'humour, on retrouve avec beaucoup de plaisir, après un
Opéra Bourriche un peu moyen, le délire tout simplement énorme qu'on avait déjà pu découvrir avec Roméo et Juliette : pas une seconde, les deux comédiens ne s'arrêtent, improvisant une bonne partie de leur délire selon les circonstances, partant d'une intrigue déjà bien farfelue et propice à l'absurde pour aboutir à un résultat complètement fou et vraiment très drôle et très agréable à voir.

   En somme, un très bon spectacle que Les projectionnistes, et le retour du Théâtre du Vide-poches à leur humour complètement délirant que j'aime tant. A voir.

   Par la même compagnie :
Opéra Bourriche
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Vendredi 2 mai 2008 5 02 /05 /2008 12:00
Y'a un lapin dans la Lune
Par le Vélo Théâtre

   Nouvelle représentation du Vélo Théâtre, cette fois-ci non plus durant la semaine qui leur avait été réservée, mais à l'occasion du festival Géo Condé où la compagnie présente le troisième spectacle qu'il m'aura été donné de voir durant cette saison.

   Y'a un lapin dans la Lune s'adresse à un public très jeune : le spectacle était étiqueté "dès quatre ans" (ce qui ne m'a pas empêché de le voir et d'en profiter pleinement) et effectivement, le public visé était présent et touché par le spectacle. Y'a un lapin dans la lune commence par un don, des comédiens aux spectateurs, de "costumes de nuit", costumes indispensables à l'entrée dans le monde nocturne, afin de ne pas y laisser de trace : l'on part ensuite à la rencontre de Thomas Snout, un collectionneur de nuits, qui vit seul avec son assistant Nestor, étiquetant les nuits ; pour le spectateur, il entreprend de présenter la dernière qu'il lui est échu entre les mains, cette nuit dernière qui se révèlera pleine de surprises.

   Si je ne peux pas témoigner directement de ce qu'un enfant aurait pu penser du spectacle, je dois tout d'abord faire remarquer tous se prêtaient au jeu du comédien (Charlot Lemoine, déjà interprète d'Appel d'air et d'Apocalypse, le mystère du tapis) et du spectacle, se montrant un public assez calme (même si pas parfait), et qui avait l'air de beaucoup apprécier la représentation. Bien sûr, la critique que j'écris moi-même en ce moment est teintée de mon regard déjà plus mature, aussi ai-je jugé utile, dans ce cas où le spectacle est destiné à un public beaucoup plus jeune à la base, de décrire les réactions du public.

   Le spectacle se concentre plus sur le théâtre d'objets que sur de la réelle manipulation de marionnettes : et l'objet en question, ce sera cette nuit, sorte d'énorme boule de tissu, de laquelle Thomas Snout retirera tout un univers fantasque et merveilleux : une ballerine, un poisson, une maison et les cauchemars d'enfant qui l'entoure, une Mercedes filant sur la Lune et les étoiles, une chanson mélancolique, un chat aux yeux brillants comme des billes, et d'autres encore. L'univers n'est pas celui d'un Apocalypse, le mystère du tapis, univers plutôt déjanté et s'orientant dans le burlesque, mais est ici beaucoup plus proche de la poésie délicate d'un Appel d'air. Si les thématiques s'avèrent être bien plus simples, le spectacle abordant un public plus jeune et tentant de recréer un univers proche du sien, mêlant peurs enfantines, contes de fées, histoires racontées sur l'oreiller par les parents et peluches, elles sont néaumoins très agréables : pour ma part, j'ai vécu Y'a un lapin dans la Lune comme une sorte de redécouverte de mon propre monde d'enfant, qui reste tout de même assez proche de moi.

   Le spectacle est ainsi très beau, n'étant pas sans porter pour certains la marque de la mélancolie, mais une mélancolie très douce et particulièrement poétique. L'univers est classique, mais délicat et fascinant, aussi ne regrette-t-on pas cette plongée dans un monde à moitié imaginaire, à moitié réel, en même temps fantasque et terriblement réaliste. Y'a un lapin dans la Lune, s'il est à l'origine un film adressé aux enfants, n'en reste pas moins à voir, sans restriction d'âge.

   Par la même compagnie : Appel d'air ; Apocalypse, le mystère du tapis
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /2008 12:00
Roncevaux
Par le Théâtre de l'Arc-en-Terre

   Le narrateur de Roncevaux est une sorte de Don Quichotte : rendu fou à force de lire des romances de chevalerie, il se prendra lui-même pour un chevalier et se fera le chantre de l'histoire de Roland de Roncevaux, d'Angélique, et de la guerre entre le roi français Charlemagne et le roi maure Marsile, qu'il contera à son égérie, sa "dulcinée" comme il l'appelle, la fille d'un berger qu'il aurait connu dans son enfance, présente sur scène sous le visage d'une statue parée de mille bijoux. Cette histoire, le narrateur la contera à l'aide d'une trentaine de marionnettes.

   Les marionnettes sont autant de figures cubistes, réalisées par Enrico Baj, un artiste italien assez renommé, peintre, sculpteur et satrape du collège de pataphysique (dont fait également partie Umberto Eco, qui y fait mention dans son ouvrage
Comment voyager avec un saumon), décédé en 2003. Conçues en bois et avec un peu de tout (balais, cordes, boîtes, couvercles en ferraille), elles sont assez impressionnantes, assez imposantes, et si les matériaux qui les composent en font par essence des créatures plutôt rigides, elles semblent presque s'animer sous les doigts de Massimo Schuster, sous sa verve et sous l'énergie qui semble se dégager de sa prestation.

   Deux grandes parties peuvent se dégager de Roncevaux, la première étant l'histoire relative à la romance entre Angélique et les deux cousins Roncevaux, Renaud et Roland, la seconde étant la bataille des Paladins français contre la gigantesque armée maure, cette célèbre bataille d'où provient le mythe du cor de Roncevaux. Je tiens à séparer les deux parties, d'une part car les deux histoires, même si elles ont comme fil conducteur des personnages communs et un fil conducteur (la guerre entre Maures et Français), sont bien différentes les unes des autres, mais également car leur ton est assez opposé.

   Effectivement, dans un premier temps, Massimo Schuster tente de prendre un ton plutôt humoristique, en jouant sur ses personnages, sur les voix et les dialogues. Et malheureusement, cela ne lui réussit guère, car l'ensemble a alors tendance à tomber dans l'hystérie la plus totale, une hystérie qui devient vite particulièrement désagréable. Si cette partie est la plus longue du spectacle, et n'offre que quelques rares moments sympathiques où le spectateur sourira réellement, mais sans jamais rire (tout du moins est-ce là mon cas). Cette partie contient néaumoins quelques petits moments épiques (la bataille sous les murs de Paris, l'affrontement des deux cousins), encore trop courts et un peu maladroits, mais préludes à une seconde partie qui, elle, sera réussie.

   Cette seconde partie, donc, sera dans une veine plus épique : Schuster délaisse son humour assez pénible pour partir sur de nouvelles bases, alors qu'il entame l'ultime bataille des paladins du roi Charlemagne, traînés dans une embuscade, et seuls face à la terrible armée maure. C'est là que tout le talent du comédien s'exprime, et que le récit qu'il fait prend les réels accents de la grande tragédie qu'est la Chanson de Roland : est d'ailleurs évoquée (pour moi à raison) l'épopée formidable qu'est l'Illiade et où Achille, fils de Pelée, vaincra Hector après de terribles batailles. Et épique, le final de la pièce l'est, alors que les marionnettes s'entrechoquent dans des duels à proprement parler titanesques et dont on se souviendra pendant longtemps encore : la performance physique de Schuster est d'ailleurs ici à applaudir, étant particulièrement épuisante. Pour le souffle épique qui souffle sur cette unique bataille, je me risquerais à dire que la pièce de la compagnie Arc-en-Terre vaut le coup d'oeil.

   En somme, une pièce qui souffre principalement d'être inégale : une première partie trop longue et désagréable, car sombrant dans une hystérie franchement pas très utile, puis une seconde partie un peu courte mais formidablement épique et mémorable. A voir, rien que pour ça.
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Mardi 29 avril 2008 2 29 /04 /2008 12:00
Opéra Bourriche
Par le Théâtre du Vide-Poches

   J'avais déjà pu découvrir le Théâtre du Vide-Poches, étant jeune, au festival de la Balestra, un autre festival de théâtre d'objets et de marionnettes qui aujourd'hui n'est plus. Je me souviens avoir littéralement hurlé de rire en regardant une représentation de Roméo et Juliette, mise en scène dans une télévision, avec les personnages de Titi et Grosminet - représentation sur laquelle j'avais moins ri, mais beaucoup souri, en la revoyant quelques années plus tard. Si j'avais malheureusement manqué Rififi à Cagette City, un western se déroulant, comme son nom l'indique, dans une cagette, je n'ai pas hésité à aller voir ce samedi Opéra Bourriche, qui se suivra le lendemain par Les projectionnistes.

   Opéra Bourriche est un spectacle se déroulant, quant à lui, dans une bourriche d'huîtres. Ici, les personnages sont des figurines aimantées : un gardien de phare, éperdument amoureux d'une femme qu'il lui arrive d'apercevoir, son chien/mouton Bobby, un arbre de passage, et la femme entraperçue en haut de son balcon.

   Pour ceux qui ne connaissent pas l'univers du Vide-poches, celui-ci est à découvrir : des spectacles créés dans des espaces miniatures, faits de bric et de broc, usant de musique, de petites ampoules, de circuits électroniques divers, d'aimants, et bien évidemment de manipulations à la main. Chaque nouveau spectacle est une curiosité, et il est toujours étonnant de découvrir comment les artistes du Vide-Poches parviennent à recréer un monde à partir de rien, dans un objet des plus courants (ici la bourriche, mais auparavant la télévision et la cagette) qui finit par devenir un univers à part entière.

   Si cet aspect des choses est d'ores et déjà assez fascinant, l'humour n'est ici pas en reste. On s'amuse beaucoup dans les petites représentations du Vide-poches, y compris dans Opéra Bourriche. Si le spectacle ne fait qu'une vingtaine de minutes, cela n'empêche pas le spectateur de profiter complètement des péripéties du gardien de phare et surtout de Bobby, chien/mouton au comportement assez déjanté. Tout un jeu est instauré avec le décor, défiant assez souvent les lois de la simple physique normale pour les réinstaurer dans l'univers miniature ici recréé.

   Opéra Bourriche possède toutefois un défaut technique assez conséquent : sa petite taille. Pour ma part, n'ayant trouvé d'autre place que dans le coin de la scène, une partie du spectacle m'a malheureusement échappé (il s'est avéré que la bourriche n'était pas assez reculée, et qu'étant donné que l'univers ici créé s'étendait également en profondeur, j'ai manqué visuellement une partie des choses, même si le son était toujours présent à mes oreilles). Ainsi, je conseille au chaland de prendre une place située bien en face de la scène, auquel cas une partie des choses risque également de lui échapper.

   En somme, un spectacle très sympathique, et une redécouverte toujours agréable de l'univers du Vide-poches. si l'on atteint pas ici les sommets d'humour présents dans Roméo et Juliette, Opéra Bourriche reste quand même à voir.
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Lundi 28 avril 2008 1 28 /04 /2008 12:00
Les bénévoles
Par le Tof Théâtre

   Je ne pensais pas écrire un article sur les Bénévoles, pour la simple et bonne raison que je ne pensais pas les voir : les bénévoles ont déambulés sur toute la communauté de communes durant cette semaine, passant tour à tour au centre commercial du coin, à la maison de retraite, et au foyer rural.

   Les bénévoles sont des marionnettes de taille humaine, manipulées en suivant les techniques bunraku (un type de théâtre japonais où les marionettes sont manipulées à vue) : en l'occurence, les membres du Tof Théâtre avaient fixés les pieds des Bénévoles aux leurs, maintenant la tête d'une main et faisant passer l'autre pour leur bras.

   Les Bénévoles sont des retraités : 5 marionnettes ayant chacune leur personnalité, et aidant les chalands en improvisant leurs représentations en fonction des lieux où ils se trouvent : ainsi ai-je pour ma part assisté à un poinçonnage des billets de spectacle, une partie de cartes, une lecture d'un ouvrage sur la robotique, un service au buffet de l'inauguration et une petite danse pour faire l'ouverture du festival Géo Condé.

   S'il me sera ici difficile de parler des représentation des Bénévoles en elle-même, étant données que celles-ci changent à chaque représentation, cet article me servira plus à applaudir le talent du Tof Théâtre : talent tout d'abord dans les marionnettes, dans leur fabrication (car celles-ci se révèlent être très bien exécutées) mais également et surtout dans leur manipulation, avec une mention spéciale pour la marionnette de Loulou, grand-mère maniaque du ménage et courant constamment de-ci de-là. Il faut également féliciter cette capacité à l'improvisation, d'autant plus efficace que les Bénévoles jouent souvent entre eux, et sans une parole, renouvelant en quelque sorte l'art de la pantomime.

   Ainsi, ces marionnettes valent le coup d'oeil, développant de grandes capacités d'improvisation et faisant preuve dans leur exécution de beaucoup de talent.
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Lundi 14 avril 2008 1 14 /04 /2008 11:50
Apocalypse, le mystère du tapis
Par le Vélo Théâtre

   Second spectacle vu au Théâtre Gérard Philipe dans le cycle du Vélo Théâtre, suite à l'excellent Appel d'air (je ne pourrais malheureusement pas voir Enveloppes et déballages, le troisième).

   Apocalypse, le mystère du tapis est une pièce sur l'apocalypse, justement, dont le portrait sera tracé par deux personnages à l'allure tout particulièrement folklorique, par le biais d'un conte : Jean, où Jean le simple comme on l'appelle, est, tout comme ses deux frères, le fils d'un roi, lequel leur demande de lui ramener le plus beau tapis du monde, celui qui réussira l'épreuve devenant son successeur. C'est sur ce même tapis que Jean va découvrir l'histoire de l'Apocalypse, terrifiante.

   Avec ce nouveau spectacle du Vélo Théâtre, on est bien loin d'
Appel d'air : ici, pas de manipulations d'objet ou de mécanismes délirants, pas de grandes rêveries ou de gestes poétiques.Apocalypse, le mystére du tapis se veut avant tout être un spectacle déjanté, et déjanté, il l'est effectivement, dès l'apparition des deux personnages, interprétés par Charlot Lemoine (le même interprète que dans Appel d'air) et Jacques Templeraud, affublés de fausses moustaches et de fausses moumoutes, ainsi que de tout un équipement volontairement très "poudre aux yeux".

   L'humour s'installe très vite, alors que les deux comédiens font leur entrée non pas sur scène mais dans le hall d'entrée du théâtre, faisant une rapide présentation - assez drôle et en chansons - de l'Apocalypse qu'ils vont raconter et amenant les spectateurs sur la scène au travers d'une route tracée de manière assez amusante, ajoutant une certaine ambiance aux faits qui seront exposés. Ils raconteront ensuite l'Apocalypse au travers de neuf tableaux.

   A mon sens, le gros défaut du spectacle est qu'il se révèle être inégal : si les deux premiers tableaux sont surtout une mise en place des choses, les trois qui suivent se font un peu longuets et ont du mal à captiver, d'autant plus qu'ils ne privilégient pas l'humour mais l'histoire de Jean, présentée comme un conte (et étant assez sensible à la narration des contes, que j'ai toujours adoré, j'ai eu là un peu de mal à accrocher, l'ambiance ne s'y prêtant guère). C'est vers le cinquième tableau que l'humour va réellement percer, alors que les deux narrateurs se concentreront autour du tapis dont il est question, s'en servant comme d'un accessoire de jeu et d'un support d'humour. C'est à ce moment-là, et pour la majorité des tableaux à venir, que le spectacle va réellement basculer dans un humour complètement déjanté, assez absurde, pas toujours très fin et peut-être un peu trop agité mais particulièrement réjouissant.

   Le fait que les deux comédiens aient tendance à partir un peu trop dans un délire solo ne m'a pas particulièrement gêné : certes, on a parfois tendance à décrocher légèrement, d'autant plus que les textes se révèlent être assez ampoulés (n'ayant jamais eu l'occasion de parcourir les Evangiles, je ne saurais dire s'ils en proviennent), mais cela colle bien au comportement des deux personnages, qui ont l'air tout droit sortis d'un conte. Il faut dire en même temps que j'ai toujours adoré ce genre de grandes histoires complètement délirantes, et que j'apprécie autant y être auteur que simple spectateur.

   En somme, si Apocalypse, le mystère du tapis peut décevoir quelque peu par rapport à
Appel d'air, car n'étant absolument pas dans la même veine, il n'en reste pas moins un très bon spectacle, que j'ai beaucoup apprécié.

   Par la même compagnie :
Y'a un lapin dans la Lune, Appel d'air
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Samedi 12 avril 2008 6 12 /04 /2008 12:00
Appel d'air
Par le Vélo Théâtre

   Premier spectacle du cycle Vélo Théâtre que j'ai vu mercredi soir, même si la critique ne paraît que dorénavant, et qui devrait normalement se poursuivre vendredi avec Apocalypse - le mystère du tapis.

   A l'occasion de cette représentation et de la semaine qu'ils passeront en résidence au Théâtre Gérard Philipe, où je vais généralement, la troupe du Vélo Théâtre a par ailleurs refait entièrement la décoration du bâtiment, l'agrémentant de plus d'une très agréable exposition située dans la galerie Géo Condé, et succédant à Résurgences Terre qui s'y trouvait précédemment.

   Appel d'air, c'est l'histoire d'un homme sans nom qui, de sa petite chambre comme perdu dans les hauteurs, observe la ville qui s'étale à ses pieds, la reproduit en maquette, et nourrit les avions. Jusqu'au jour où, perdu dans ses observations, il aperçoit une plume en haut d'un gratte-ciel, plume qui glisse du sommet pour tomber au sol, parmi les bâtiments, avant d'être embarqué par un paquebot de passage. Comme subjugué, le personnage va imaginer et raconter, pour les spectateurs, la route de la plume, à bord du paquebot, à travers les mers.

   Sans passer à l'aspect technique de la chose, et à la qualité de l'interprétation ici effectuée, j'aimerais tout d'abord m'arrêter sur l'histoire, dont le principe est d'ores et déjà empli de grâce : quelle fabuleuse et merveilleuse imagination que celle qui a produit cet homme qui capture les avions et les nourrit de voyage, qui vit chez lui grâce à un complexe système de poulies et de cordes, qui orne son lit d'une statue de la liberté ornée de larges ailes ! Quelle fabuleuse idée, mais quelle poésie surtout, dans la création de ce formidable être dont l'existence en elle-même est d'une beauté formidable : et d'ailleurs, cette beauté et cet aspect merveilleux de la situation va persister pendant tout le voyage de la plume à travers le monde, jusqu'à la formidable conclusion, qui incite à une merveilleuse rêverie. Le spectacle possède d'autant plus de charme qu'il se révèle être rythmé non pas par les paroles du personnage principal qui, outre un chant d'anniversaire à un moment du spectacle, ne prononcera pas un seul mot, mais par une musique très délicate, assez paisible, plus créatrice d'ambiance que d'émotion, et qui laisse alors à l'acteur du spectacle le soin de créer cette dernière.

   Et l'émotion naît, d'une part de cette histoire empreinte de poésie, mais d'autre part et surtout de la qualité esthétique d'Appel d'air : le spectacle est formé très essentiellement du travail de ce mystérieux personnage sur les objets, et aucun support n'est renié : maquettes, projections d'ombres, objets malléables ou au contraire fixes, petits avions ou hélicoptères à moteur, cordes et poulies, etc. Dans le sens où le Vélo Théâtre a développé de réels trésors d'ingénierie pour arriver à la construction de cette pièce en partant de peu de choses, on peut parler d'ode au système D, même si je me dois de préciser que l'on est dans un registre complètement différent du
Soyez sympas rembobinez de Michel Gondry, autre hommage à la récup'. Ici, le ton se fait gracieux, enchanteur, léger et poétique, et charme avec beaucoup de force le spectateur, ne lui laissant pas le temps de voir passer l'heure et les poussières qui s'écoulent alors malheureusement trop vite.

   En somme, Appel d'air se révèle être un spectacle plein de grâce et de charme, réellement superbe, empreint d'une poésie et d'une rêverie qui ne laissent pas indifférents. A voir.

   Par la même compagnie :
Y'a un lapin dans la Lune, Apocalypse, le mystère du tapis
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /2008 20:06
Thierry Baë a disparu
Par la Compagnie Traits de ciel

   Deuxième partie du dyptique Thierry Baë entamé vendredi soir par Journal d'inquiétude, j'ai vu Thierry Baë a disparu le lendemain au soir, spectacles qui, par leurs résonances, peuvent être considérés comme des suites l'un de l'autre, même si ils restent relativement indépendants.

   Le scénario de Thierry Baë a disparu - ou tout du moins sa base scénaristique - se trouve dans son titre : Thierry Baë, à quelques jours de la première de son nouveau spectacle, est parti en Thaïlande pour, semble-t-il, y rester pour longtemps, si ce n'est y rester tout court : reste sur scène son ami d'enfance Denis Robert, en aucun cas danseur mais écrivain et journaliste (c'est d'ailleurs lui qui a dévoilé le scandale Clearstream dans les pages de Libération), alors forcé d'interpréter de combler le temps que doit durer normalement la pièce, en se lançant lui-même dans des représentations de danse et en racontant son enfance avec Thierry Baë, et la construction, à nouveau, de ce spectacle.

   Si les phases de danse sont moins importantes dans Thierry Baë a disparu que dans
Journal d'inquiétude, l'humour y prend plus de place, et se révèle également être très réussi : la structure globale du spectacle est moins logique et simple, et les différentes phases de vidéo, de paroles et de danses se mêlent avec beaucoup d'habileté, empêchant le spectateur de s'ennuyer en relançant perpétuellement le rythme de la pièce. Le support film est exploité ici plus intelligemment, les vidéos ayant à souffrir des commentaires de Denis Robert, lequel possède une verve très drôle et assez cynique, assez ironique, qui complète parfaitement les vidéos. On rit beaucoup dans ce second spectacle de la Compagnie Traits de ciel, plus même que dans le premier, et on retire de cela un souvenir déjà assez enchanteur.

   Si les phases de danse sont moins nombreuses que dans
Journal d'inquiétude, elles sont néaumoins présentes et au nombre de trois : dans deux d'entre elles, la première et la troisième, est reprise la thématique des limites du corps humain en tant qu'instrument de danse : et si les premiers pas de Deins Robert se révèlent être quelque peu hésitants et saccadés, témoignant de son manque d'habitude à la danse, les chorégraphies prennent vite un tour beaucoup plus gracieux, s'affinant dans leur construction et dans leur interprétation. Je ne me risquerais pas à dévoiler les subtilités des danses exercéees sur scène, particulièrement réussies, et qui nous emporte sans difficultés.

   La seconde danse prend un tour plus particulier, car changeant de thématique : y est analysé non plus le corps humain mais la société en elle-même, alors que Denis Robert explique que l'idée de cette chorégraphie leur est venue en observant un clochard dans la rue qui, sous l'effet de l'alcool, s'était écroulé au sol. On mêle ici manipulation du corps et réflexion sur la misère sociale, la danse se faisant l'instrument d'une fine analyse de quelques uns des maux de notre société, analyse complétée par les paroles de Denis Robert qui, en tant que journaliste et romancier, avait déjà par le passé travaillé à la question.

   En somme, si les phases de danse de Thierry Baë a disparu sont ici moins importantes, elles restent tout autant disparu alors que le spectacle tout entier se veut la poursuite de la réflexion entamée la veille, avec plus d'humour encore. A voir.

   Par la même compagnie :
Journal d'inquiétude
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Dimanche 6 avril 2008 7 06 /04 /2008 14:21
Journal d'Inquiétude
Par la Compagnie Traits de Ciel

   Vu vendredi soir, Journal d'inquiétude est le premier spectacle du cycle Thierry Baë organisé au TGP, et se poursuivant le samedi par Thierry Baë a disparu.

   Thierry Baë, interprète principal de ce premier spectacle, est un danseur contemporain affligé d'une maladie orpheline bien particulière, qui touche ses poumons, l'empêchant de pratiquer des efforts physiques, et donc de danser, pendant plus de trente minutes d'affilée. Journal d'inquiétude se veut une sorte d'exploration, par la danse, de son propre corps, de ses limites et de ses capacités.

   Le spectacle se divise en trois parties, toutes environ d'une demi-heure : dans la première, Thierry Baë interprète son solo, durant lequel il se donne ses propres instructions, comme un professeur l'aurait fait pour son élève, et avec un brin d'humour : on s'amuse pas mal, et on est en même temps charmé par cette exploration des limites du corps humain, de la redécouverte par Baë de lui-même alors qu'il présente son solo en fonctionnant par étapes, démarrant lentement, par des mouvements assez simples, avant de devenir de plus en plus complexe, de plus en plus étrange et par là de plus en plus gracieux et beau. On s'abîme facilement dans la contemplation du corps de Thierry Baë, alors que celui-ci est usé de mille manières, se tordant et retrouvant une posture normale pour mieux hypnotiser le spectateur.

   Dans la seconde partie du spectacle, suite à son solo d'une demi-heure, c'est à la projection d'une sorte de petit film que l'on assiste, où figure Thierry Baë : il y raconte, avec beaucoup d'humour, ses tentatives désespérées pour vendre son spectacle, ses entraînements et échauffements quotidiens, ainsi que ses difficultés pour trouver une seconde tête d'affiche, un autre danseur contemporain pour réinterpréter son propre spectacle comme cela aura lieu dans la troisième partie (cette partie là est particulièrement amusante, par ailleurs, et on y rit beaucoup alors que les déboires se succèdent). Si le film peut se révéler par moment quelque peu désagréable à regarder eu égard à sa mise en scène en simple caméra à l'épaule, et si son début est quelque peu laborieux, il n'en reste pas moins très drôle et très agréable à regarder.

   Vient enfin la troisième et dernière partie du spectacle, qui est la réinterprétation du solo de danse contemporaine de Thierry Baë par un autre artiste de danse, changeant souvent : en l'occurence, dans le cadre de la représentation à laquelle j'ai assisté, le solo était réinterprété par la propre compagne du danseur, Marion Baë. La composition exercée ici, se basant sur le même principe que la précédente (à la différence que c'est toujours Thierry Baë qui donne les consignes et non plus le danseur du moment), est loin de se montrer répétitive, mais est au contraire d'autant plus envoûtante et intéressante que chaque danseur, possédant sa corporelle et sa gestuelle propres, recréé en quelque sorte à sa manière le solo de danse : aussi n'assiste-t-on pas à une répétition mais à une prolongation du spectacle, très belle, très agréable à voir, et également très paisible. Dans les deux représentations, une musique assez calme, assez douce, et également sobre et envoûtante, vient rythmer les mouvements des interprètes, donnant plus de poids et de profondeur encore à leur gestes, à leurs chorégraphies. Le tout se révèle être très beau à voir.

   En somme, très bon spectacle que ce Journal d'inquiétude, même pour moi qui ne suit pourtant guère amateur de danse contemporaine. A voir.

   PS : J'ai pu apercevoir, durant la projection du film de Thierry Baë, dans un bureau qui était alors filmé (première scène), une affiche où se trouvait la phrase : "J'aimerais que tout ce qui n'est pas moi prenne toute la place" ou un texte très semblable : si le visiteur en connaît l'auteur, je lui serais reconnaissant de m'en faire part.

   Par la même compagnie :
Thierry Baë a disparu
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /2008 14:55
Soie
Par la Compagnie Roland Furieux
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   J'ai découvert Alessandro Baricco par le biais de l'Illiade d'Homère, dont il avait fourni une traduction de laquelle j'avais entendu quelques extraits divers, en cours de grec ancien. La compagnie de théâtre Roland Furieux a ici réalisé l'adaptation pour la scène de son roman Soie, qui raconte l'histoire, dans la seconde moitié du XIXème siècle, de Hervé Joncour, habitant de Lavilledieu, célèbre pour ses filatures de soie. Hervé Joncour s'embarque pour le Japon, dans le but de trouver des vers à soie susceptibles de rapporter de l'argent à la ville - et il y rencontrera une jeune femme étrange et inconnue, occidentale, mais en parlant que le japonais, qui lui abandonnera dans la main un mystérieux message. Hervé Joncour voyagera alors entre Japon et France, jusqu'à ce que la guerre s'élève dans le pays d'extrême-orient.

   L'impression laissée par la pièce de la Compagnie Roland Furieux est assez étrange. Proche de Neige par le fait qu'il s'agisse d'une adaptation de roman, par l'utilisation de ses décors autant en tant qu'éléments esthétiques qu'en tant qu'objets à part entière, par sa narration entre jeu des personnages et histoire racontée par les acteurs. Ceux-ci sont au nombre de trois, tantôt racontant l'épopée d'Hervé Joncour en tant que conteurs (à l'aide également d'une bande son qui relate certains extraits de l'histoire, et qui nous permet d'admirer la qualité de la synchronisation des personnages, et la précision de la représentation), tantôt se plaçant dans le rôle des personnages, faisant les dialogues et les scènes. Voilà pour la forme, qui conserve pas mal de bonnes idées et se fait agréable à suivre.

   La grande qualité de Soie, ce sont ses textes, et leur qualité très poussée. Baricco use de toute sa poésie et de toute la grâce de son vocabulaire pour nous livrer un texte au niveau de Neige de Maxence Fermine. Si l'on a un peu de mal à y rentrer, le temps que les personnages se mettent en place, on est très vite emporté par le charme du récit de voyage d'Hervé Joncour, qui nous emporte dans un monde fabuleux et encore en grande partie féodal (là encore l'univers est commun à Neige). Certains passages débordent par ailleurs d'émotions, et ce également grâce à la narration passionnée des acteurs qui insufflent beaucoup de force à leur récit (on retiendra en particulier le passage de la pendaison du garçon qui mène Joncour à travers bois, tant ce passage se révèle puissant). L'histoire s'accroche à des symboles (les fleurs bleues de Mme Blanche, les vers à soie, la volière et ses oiseaux qui partout volent, une chaise à porteurs, une tasse de thé) qui ne sont pas sans rajouter beaucoup de charme et de mystère à l'oeuvre, lui donnant une portée presque fantastique qui perdurera jusqu'à sa fin, à la mort d'Hervé Joncour, alors que les dernières révélations ont lieu, suivant les tortueuses lois de l'instinct.

   Du niveau de la mise en scène, Soie est un spectacle étrange et complexe. Elle se révèle également tortueuse, joignant le récit sur ce point, à la différence que la magie qu'elle déploie ne fait alors pas toujours mouche. Effectivement, si elle possède pas mal de force et d'émotion, et si elle se révèle souvent originale et efficace (et encore une fois je me dois de citer la scène de la pendaison, ou encore celle du billard), on se demande l'utilité de certains détails, de certains passages et de certains éléments qui sonnent comme en décalé par rapport au reste de la pièce. La fin se révèle également être un peu trop longue, en racontant trop et manquant à un moment de dissiper l'aura de mystère et de fantastique qui entoure la pièce.

   La particularité de Soie, toutefois, c'est le fait qu'il fait son impression après l'avoir vu. Plus j'y repense actuellement et plus je me rends compte des réelles qualités de la pièce qui ne m'avaient pas forcément effleurées au premier abord. Ainsi, Soie se révèle être une très bonne pièce, parfois un peu bancale mais au récit très fort, qui gagne en intensité avec le temps. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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