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Jean est mort, et est enterré aujourd'hui. Jean, au lycée, c'était un peu l'ami idéal, le compagnon de rêves, celui que tout le mode apprécie pour son bagou et son audace, qui fait
un peu vivre le lieu. La fille mosaïque qui donne son nom au roman, quant à elle, c'est Laetitia, l'ancienne petite amie de Jean, morcelée par la douleur, qui ne peux supporter l'absence de son
ancien compagnon et préfère rester de son côté, réfugiée dans ses souvenirs et dans les bras de Marie Môme, la jeune documentaliste du lycée.
La fille mosaïque est très, très court : seulement 82 pages qui nous permettent de découvrir des aperçus de la vie de Laetitia et de
Jean, de la souffrance des personnages. J'ai pensé, bien sûr, àC'est arrivé à Lucile,
autre roman d'une petite centaine de pages sur la mort, mais qui s'était révélé être un roman assez maladroit, assez malhabile et beaucoup trop classique pour qu'on en retienne quelque chose.
La fille mosaïque, c'est tout autre chose, car Detambel s'avère être un auteur chevronné, prolifique et assez touche-à-tout, là où Anne-Laure
Boselli n'en était qu'à un coup d'essai.
On est vite touché par le ton choisi par l'auteur : style assez simple mais qui se révèle assez profond et touchant au définitif, se montrant par là efficace, et doublé de dialogues
assez théâtralisé, qui nimbent le tout d'une atmosphère plus tragique encore, plus forte, portant le roman au niveau du dramatique. Le choix des personnages s'avère tout d'abord efficace, à
l'exception d'un Jean un peu trop idéal pour permettre l'identification (ce qui d'un côté permet d'augmenter la portée tragique de l'histoire, alors que ce compagnon tant aimé est perdu par tous,
mais qui de l'autre côté fait un peu trop tomber le tout dans l'irréalisme car on a du mal à imaginer un personnage pareil). Toutefois, Marie Môme et surtout Laetitia s'avèrent être des
personnages assez introspectifs et assez touchants, très attachants dans leur détresse, d'autant plus que leurs comportements sont assez finement imagés (ainsi Laetitia ne prononcera-t-elle pas
un mot ou presque du roman, ce qui n'empêchera pas le lecteur d'être frappé par elle).
La fille mosaïque rencontre toutefois des défauts dans son intrigue qui laissera durer le mystère sur les circonstances de la mort de
Jean : si la fin de l'ouvrage s'avère être assez réussie, la présentation de lycée avec sa guerre des gangs est à mes yeux un peu trop tirée par les cheveux ; toujours est-il que j'ai du mal à
imaginer ce lycée séparé en trois bandes rivales, toutes armées de couteaux crantés et de quelques armes à feu, ce qui ne les empêche pas de déambuler tranquillement de-ci de-là sans que personne
n'y fasse grand chose - quant à savoir le niveau de vérité de la chose, il est bien évident que je ne pourrais pas me prononcer, mais je doute tout de même que l'auteur n'ait pas enflé ici la
mesure.
Un dernier aspect de La fille mosaïque, c'est la leçon que Detambel y donne, une leçon portée sur l'importance de la lecture et le
bonheur que l'on peut en tirer, de même que l'amour - et le roman se place alors entre hédonisme et eudémonisme, glorifiant et le plaisir et le bonheur.
En somme, s'il n'atteint pas des sommets de virtuosité et s'il se révèle être quelque peu exagéré, La fille mosaïque se révèle être
un roman très efficace dans son genre, traitant de la mort avec justesse et efficacité. A lire.