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Les protagonistes de Street Trash, ce sont des clochards, une dizaine de clochards dominés par Bronson, un psychopathe, et l'un des pires produits du Vietnam en matière de folie,
portant constamment sur lui un fémur humain fait dans les os de ses ennemis. Un beau jour, Ed, l'épicier local, découvre dans sa cave une mystérieuse caisse pleine de bouteilles étiquetées
"Viper" : une boisson qui, consommée par les acheteurs, les fera soit se liquéfier soit éclater, se répandant en un produit hautement corrosif.
Je serais tenté de caractériser Street Trash deBernieaméricain, y étant commun (même s'il n'atteint pas le niveau du
film de Dupontel) par bien des points : l'humour très trash et très méchant, le fait qu'il se moque d'absolument tout (femmes, noirs, flics, mafieux, vétérans du Vietnam, allant jusqu'à se moquer
de cette Amérique que tous présentent comme traumatisée par un conflit dont la vision est très dérisoire), le fait qu'il ne prenne pas de gants et s'avère finalement être une oeuvre complètement
délirante et sans guère de pause, autant déjantée dans la forme que dans le fond.
C'est tout d'abord par le biais d'un générique assez rapide et donnant déjà son ton au film que l'on découvre Street Trash, au travers d'une scène de course-poursuite déjà assez
amusante, même si plutôt gentillette, accompagnée d'une bande-son assez électro et ne lésinant pas sur l'utilisation d'un son plutôt crade, qui s'accorde à merveille avec d'une part les décors -
formidablement glauques, et je me demande bien où Muro a-t-il trouvé de tels lieus - et les personnages, tous clochards, caricaturaux et déjantés au possible, déchirés en permanence de mille
rictus et n'étant pas sans évoquer ceux deEnfermés dehorspar exemple, mais en plus sales et en plus cinglés encore.
Film de cinglé, on peut dire que Street Trash l'est : partant sur une idée déjà assez hallucinante, et n'hésitant pas à tartiner au maximum au niveau des effets spéciaux - qui, de
plus, ont beaucoup vieilli, faisant paraître le film pour plus hallucinant encore -, le tout a toutefois le défaut de ne pas toujours tenir la route : ainsi Muro désertera-t-il carrément son idée
de base pendant une bonne partie centrale du film, avant d'y revenir de manière très précipitée, de même qu'il ne se pose pas toujours la question de la cohérence de certains passages, du point
de vue des réactions des personnages par exemple - mais bon, vu à quel point le film se révèle d'ores et déjà complètement délirant, on peut dire que l'on est plus à ça près, et c'est presque si
cette désorganisation totale ne rajoute pas du caractère à l'ensemble.
Une composante majeure de Street Trash, et qui à mon sens en font le principal, ce sont les dialogues : extrêmement violents du point de vue de l'humour, complètement délirants,
profondément crétins, s'enchaînant de manière hallucinante pour aboutir à un résultat très drôle, il faut le dire, ils sont de plus doublés par un jeu volontairement décridibilisant, alors que
les personnages n'hésitent pas par moments à pousser la caricature au maximum dans leur délire (et parfois, malheureusement, un peu trop, ce qui fait perdre le charme de certaines scènes). Le
tout se voit être complétée par une histoire complètement absurde, un final de génie tant il part en un grand n'importe quoi réellement hilarant, des situations acadabrantesques, des personnages
assez inouïs, et surtout un sens du glauque et du gore là encore poussé à l'outrance - et d'ailleurs, sur la jaquette du film, celui-ci est considéré comme "un sommet de mauvais goût", dans le
bon sens du terme, ce qui lui va parfaitement bien.
En somme, Street Trash, s'il reste constellé de pas mal de défauts, reste un film réellement complètement délirant, poussant tout à l'outrance (et parfois trop) mais néaumoins
hilarant. A voir.