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Un nouveau James Sallis, mais sans Lew Griffin cette fois-ci, au profit d'un nouveau personnage, trop inhérent à
cette oeuvre pour être retrouvé par la suite à mon avis.
David fait partie du corps d'élite d'espionnage américain. Ayant pris sa retraite à la chute du mur de Berlin et avec la fin de l'URSS, il est rappelé, neuf ans plus tard, par son
ancien patron, Johnsson, qui lui demande d'accomplir une dernière tâche pour eux : Luc Planchat, un de ses anciens coéquipiers aux corps d'élite d'espionnage, est comme devenu fou, laissant
derrière lui un sillage de morts et se cachant quelque part aux Etats-Unis. David doit le traquer et le tuer.
Roman très particulier que ce nouvel ouvrage de James Sallis : il est à noter tout d'abord que je ne suis guère familier avec la littérature d'espionnage, et que j'ai seulement dû
lire un ou deux ouvrages de ce type en plusieurs années, plus une ou deux bande-dessinées qui me passaient sous la main (et quelques James Bond visionnés, mais là, on est dans un registre bien
différent). Aussi ai-je été assez singulièrement étonné à la lecture de La mort aura tes yeux (on notera tout d'abord le très beau titre, tiré
d'une citation de Cesare Pavese, le texte qu'il abandonné derrière lui en guise d'épitaphe, et que j'ai retrouvésur ce site), qui, je pense, dépasse de loin les limites du roman
d'espionnage basique.
Le personnage de David est d'ores et déjà assez intéressant : vieil espion à la retraite, éduqué "à l'ancienne", respectant les codes d'honneur, très cultivé, très intelligent, et
n'hésitant pas à user de citations, pour se détacher des choses : j'ai beaucoup pensé à Raisons d'Etat, le film de Robert de Niro, sur la création de la CIA, et où le personnage principal
interprété par Matt Damon n'est pas sans évoquer un David, mais un David alors beaucoup plus jeune. C'est là toute une ambiance qui se créé, mais également tout un affrontement, comme une sorte
de conflits de générations, entre ces anciens espions très respectueux des codes d'honneur, et tous ces nouveaux qui rentrent dans la danse sans suivre le jeu des anciens.
Le roman aurait pu avoir un simple rythme mouvementé de jeu de chasse entre chat et souris, mais là n'est pas la volonté de Sallis, qui une fois de plus nous offre un petit bijou
littéraire : le voyage de David à la recherche de Planchat dépasse le simple "road-book" pour atteindre une profondeur bien plus grande, de par, tout d'abord, le style de l'auteur, toujours aussi
génial. L'auteur duFaucheuxcréé à
nouveau des ambiances avec brio, grâce à une langue très belle, très douce, et grâce à des situations assez étonnantes, que la position de David, en tant qu'espion, permet.
Cette position d'espion d'élite confère également un aspect presque surhumain aux personnages : très habile au combat, à réagir rapidement, très calme également. Mais Sallis choisit
de ne pas s'attarder sur cet aspect des choses, préférant mettre au premier plan et la peinture de l'Amérique profonde que David observe au fur et à mesure de ses pérénigrations, peinture qui
n'est pas sans évoquer les univers déjà décrits par Stephen King, par exemple, dansCujoet Misery, ainsi
que la psychologie de son personnage principal, très profonde : celui-ci, retiré des affaires, artiste, amoureux, cultivé et légèrement philosophe, se retrouve être extrêmement complexe, et
l'auteur n'hésite pas à jouer sur cet aspect des choses pour donner plus de profondeur encore à l'ensemble de son ouvrage. David n'est pas sans se poser des questions, également, au sujet de la
nature humaine, et de sa propre condition, à l'aide de nombreuses citations et références culturelles, proposant un nouveau niveau de lecture encore, celui de découvrir La mort aura tes yeux sous un angle philosophique (et sous cet aspect des choses, je n'ai pas peur de le dire, La
mort aura tes yeux apparaît comme leGhost in the
Shellaméricain et littéraire).
Très profond, très beau, très réfléchi, La mort aura tes yeux apparaît comme une nouvelle réussite à mettre au compte de James
Sallis, un auteur qui reste des plus brillants. A lire.