Mercredi 19 mars 2008
American History X
Un film de Tony Kaye
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   Merci à Pierre pour le film.

   Derek Vinyard est un étudiant brillant, jeune et ayant tout pour plaire. Jusqu'à ce qu'il tombe, pour des raisons assez obscures, sous la coupe de Cameron Alexander, qui tente de monter un mouvement néo-nazi. En tuant deux Noirs qui tentaient de voler sa voiture, Derek se retrouve en prison, incarcéré pour trois ans. Quand il ressort, ses mentalités ont bien changé, mais c'est son jeune frère Danny qui lui-même est en train de passer sous la coupe de Cameron.

   On m'avait pas mal parlé d'American History X, en très bien, si ce n'est en excellent. Si je ne partage pas l'avis général quant à l'excellence du film de Kaye, il n'en reste pas moins que le bilan global est positif, très positif même, car l'ensemble se fait très agréable à regarder.

   J'avais un peu peur, dans les premiers instants, alors que la caméra s'attardait sur la mer et que résonnait déjà les accords d'une musique qui s'avérait gonflante et inutilement grandiloquente. Et à vrai dire, j'ai été assez surpris par les premiers plans, surprise qui a longtemps perduré et peut même s'apposer à la mise en scène toute entière : si celle-ci peut se montrer par certains aspects assez classiques, elle est néaumoins de qualité et, c'est là qu'elle se montre surprenante, elle adopte une grandiloquence non désagréable : les scènes se révèlent être réllement impressionnantes, mettant l'accent sur leurs personnages. Si l'image se révèle être de trop haute qualité pour réellement émouvoir, elle est néaumoins très agréable et dynamise bien l'ensemble du film.

   American History X contient également des défauts et des qualités dans son intrigue : si celle-ci se révèle des plus classiques, et a tendance à s'effondrer dans le cliché et la provocation facile (comme le coup de la croix nazie tatouée sur le coeur, presque risible, ou comme le personnage de Seth, pas réellement recherché), elle se révèle une fois de plus efficace, se basant sur le flash-back car l'histoire ne se passe en réalité que sur une journée, ou plutôt une nuit (et un épilogue le lendemain). L'engagement du réalisateur est clair, et si le film vogue trop sur la surenchère moralisatrice, le message passe efficacement alors qu'en parallèle au trajet des frères Vinyard, le réalisateur se pose la question de l'origine de l'antisémitisme et du racisme (en témoigne d'ailleurs le titre du film, traduit par "Une histoire de l'Amérique"). L'ensemble possède un ton assez violent, assez sordide, comme la scène de meurtre qu'on entraperçoit au début du film et que l'on verra ensuite au complet.

   Pas grand chose à rajouter sur American History X. S'il pèche par pas mal d'aspects, il se révèle néaumoins être un film très agréable à regarder, et assez bon.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Mardi 18 mars 2008
Un bébé pour Rosemary de Ira Levin
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   A noter que je n'ai pas vu le film de Roman Polanski adapté du roman.

   Rosemary et Guy Woodhouse forment une sorte de couple idéal : lui est acteur, elle désespère qu'ils se mettent à concevoir un enfant. Jusqu'au jour où ils amènagent au Bramford, un célèbre bâtiment de New-York célèbre pour son cachet vieillot mais également pour son sordide passé. Rosemary et Guy vont vite rencontrer leurs nouveaux voisins, Minnie et Roman Castevet, lesquels vont vite se montrer quelque peu envahissants. Jusqu'à ce que Rosemary tombe enceinte.

   Roman fantastique de la fin des années 60, Un bébé pour Rosemary a déjà cette dimension étrange due à son époque, qui sonne en décalé par rapport au monde actuel, décalage plus empreint encore par le décor de vieil immeuble dans lequel se déroule la vie de Rosemary et Guy. Mais ce fantastique s'instaure de façon particulièrement efficace dans le roman de Levin : loin de se lancer dans une débauche d'effets fantastiques, de décrire des phénomènes impossibles et de braver les lois de la physique et de la logique, l'auteur se montre particulièrement subtil en semant uniquement le doute chez le lecteur. Effectivement, à aucun moment il ne s'exprimera franchement sur les évènements étranges qui se dérouleront dans le Bramford, et jouera toujours avec ce que savent ou voient les personnages - à vrai dire, le seul évènement réellement fantastique de l'oeuvre sera un cauchemar qu'effectuera Rosemary.

   Ce refus d'introduire des éléments fantastiques permet à l'auteur de jouer sur l'aspect psychologique du roman, en développant la paranoïa de son personnage central Rosemary. A vrai dire, si celle-ci rentre difficilement en scène et va surtout avoir tendance à se développer en premier lieu chez le lecteur, qui va le premier trouver les éléments de l'histoire suspects, c'est quand elle gagne Rosemary (malheureusement pas au début du roman) que celui-ci va trouver toute sa force, car sa montée chez le personnage se révèle assez bien amorcée et assez bien pensée, n'étant pas sans donner de la profondeur au roman.

   C'est là la plus grande force de Un bébé pour Rosemary : sa psychologie, sa montée progressive des évènements fantastiques sans qu'aucun d'entre eux ne soit montré (et à vrai dire, la technique est tellement poussée que les derniers doutes du lecteur ne seront balayés que dans une fin que je ne révèlerais bien évidemment pas), son ambiance enfin, assez perturbante mais malheureusement incapable à décoller vers ne serait-ce qu'une réelle angoisse.

   Mais le roman a malheureusement ses défauts : son style tout d'abord, sans rien d'exceptionnel et parfois inapte à créer l'introspection, si ce n'est justement à la fin, quand le roman bascule dans la paranoïa. Autre gros défaut : son intrigue et son thème plus que classiques, et sa fin quelque peu décevante, que je soupçonne d'être un problème inhérent à l'oeuvre : il aurait été difficile à Levin de se dépétrer efficacement, au vu de l'intrigue, du problème de la fin banale, et celle-ci se révèle encore relativement bien maîtrisée.

   En somme, si Un bébé pour Rosemary conserve quelques défauts et notamment pour l'intrigue et le style, la recherche de Ira Levin dans le domaine du fantastique vaut à elle seule le détour. A lire pour la curiosité.
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Lundi 17 mars 2008
Beauté/Féminité Partie III :
Personnages féminins

   La partie qui s'annonce s'avère pour moi plus délicate à traiter que les deux précédentes, et que la suivante, tout bonnement car peu de personnages féminins de fiction m'ont réellement marqué. J'ai quand même tenu à créer cette sous-partie de par la force qu'en possèdent pour moi certains. Le nombre d'exemples que je me verrai traiter se verra toutefois réduit à deux, le troisième n'étant autre que celui de Louise Morvan dont je parlerais dans une cinquième partie.

   Par personnage, j'entends personnalité au sens large : c'est ici du moi intérieur duquel je compte traiter, moi intérieur encore une fois strictement féminin. J'accorde beaucoup d'importance aux personnages qui se cachent derrière chaque être et qui, à mon sens, suffisent à rendre n'importe qui désirable, pour peu que personnalité quelque peu travaillée ou sympathique il y ait. Si j'accorde beaucoup d'importance à la beauté physique et au charme qui peut venir de quelqu'un, c'est donc cette personnalité qui concentre le plus d'importance. Le faible nombre, pour moi, de personnages marquants de ce point de vue en littérature, en cinéma ou dans d'autres créations peut se révéler paradoxal, eu égard au nombre élevé d'oeuvres qu'il m'ait été donné de voir, d'entendre ou de lire. Je pense que cela s'explique en grande partie au fait qu'un personnage, pour réellement exister, doit être vivant et réel afin de s'épanouir vraiment. C'est d'ailleurs là un des privilèges de l'amour et de l'amitié : faire vivre le personnage d'autrui avec l'assentiment de celui-ci.

   Sur ce point encore, je me refuse à parler d'exemples réels. J'ai rencontré un nombre proprement sidérant de personnalités uniques, et il m'est même arrivé une fois d'en tomber amoureux, tant les personnages rencontrés se révélaient beaux et fascinants, simples ou complexes. Mais là encore, je ne veux pas parler, par respect, de personnes rencontrées dans la vie réelle.

   Pour en revenir au sujet, je vais donc présenter les deux seuls personnages de fiction qui m'aient marqué, en commençant par celui de Sam, dans American Gods de Neil Gaiman (voir ma critique à ce sujet).

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   A vrai dire, nombre sont les personnages marquants de ce petit bijou qu'est American Gods, son héros Ombre en premier lieu - Gaiman déploie dans ce roman tout son talent, chose qu'il serait malaisé de regretter. Un personnage féminin se révèle particulièrement frappant : celui de Sam, ou plutôt de Samantha Black Crow. Ce personnage ne fait guère que trois apparitions, dont une très courte, sur la totalité d'American Gods, ainsi que deux dialogues, mais il n'en reste pas moins mémorable par son caractère et son enthousiasme.

   Sam est un personnage complètement fou, une sorte de pile électrique car perpétuellement vivace et complètement allumée. C'est à vrai dire l'un des personnages les plus déjantés qu'il m'ait été donné de voir dans un roman, personnage d'autant plus frappant qu'en la même période où j'ai relu American Gods, j'ai rencontré une amie qui se révélait être en quelque sorte son sosie. J'ai un peu de mal à en parler, car trop en dire sur elle reviendrait à gâcher le plaisir du lecteur qui voudrait lire le roman, et car des exemples ne suffiraient pas à la décrire, sa personnalité formant un tout inhérent à l'oeuvre de Gaiman, car se confondant parfaitement avec le délire qu'est le roman. Ainsi vais-je seulement piller ce monologue en toute inégalité, qui est, je pense, assez représentatif du comportement du personnage, et qui sera à lui-même sa présentation.

   "- Ca n’est pas facile à croire.
   - Je suis capable de croire n’importe quoi, affirma-t-elle. Vous n’avez pas idée de ce que je peux croire.
   - Vraiment ?
   - Je peux croire des choses vraies et des choses fausses, et même des choses dont personne ne sait si elles sont vraies ou fausses. Je crois au Père Noël, au lapin de Pâques, à Marilyn Monroe, aux Beatles, à Elvis et à M. Ed, le cheval parlant. Écoutez-moi bien : je crois que les gens peuvent s’améliorer, que la connaissance est infinie, que les monde est dirigé par des cartels de banques secrets et régulièrement visités par des extra-terrestres - des gentils qui ressemblent à des petits lémuriens ridés et des méchants qui mutilent le bétail et convoitent notre eau ou nos femmes. Je crois que les lendemains chantent et aussi qu’ils déchantent, je crois qu’un de ces jours la Femme-Bison Blanc va revenir nous botter le cul. Je crois que tous les hommes ne sont que de petits garçons montés en graine avec de profonds problèmes de communication, que le déclin de la sexualité en Amérique coïncide avec le déclin des drive-in dans la plupart des États. Je crois que tous les politiciens sont des escrocs sans scrupules mais qu’ils sont préférables à l’alternative. Je crois qu’au moment de la grosse catastrophe, la Californie coulera dans l’océan, alors que la Floride se dissoudra juste dans la folie, les alligators et les déchets toxiques. Je crois que le savon antibactérien diminue notre résistance à la poussière et à la maladie, si bien qu’un de ces jours, on sera tous décimés par un mauvais rhume, comme les Martiens de La Guerre des Mondes. je crois que les plus grands poètes du siècle dernier étaient Edith Sitwell et Don Marquis, que le jade est du sperme de dragon séché, et qu’il y a des milliers d’années, dans une vie précédente, j’étais une chamane manchotte en Sibérie. Je crois que le destin de l’humanité est dans les étoiles. Je crois que les bonbons étaient réellement meilleurs quand j’étais petite, qu’il est scientifiquement impossible à une abeille de voler, que la lumière est à la fois une onde et une particule, qu’il y a quelque part, dans une boîte, un chat à la fois mort et vivant (quoique si on n’ouvre jamais la boîte pour le nourrir, il finira par être mort de deux manières différentes), et que l’univers contient des étoiles qui existaient plusieurs milliards d’années avant lui. Je crois en un dieu personnel qui s’occupe de moi, s’inquiète pour moi et supervise tout ce que je fais. Je crois en un dieu impersonnel qui a mis l’univers en branle avant de partir faire la foire avec ses copines, et qui ne sait même pas que j’existe. Je crois en un univers de chaos causal, de bruit de fond et de chance aveugle - vide, sans dieu. Je crois que ceux qui disent le sexe surfait n’ont jamais fait l’amour correctement. Je crois que quiconque prétend détenir la vérité est aussi capable de petits mensonges. Je crois en une honnêteté absolue et en de raisonnables mensonges sociaux. Je crois que la femme a le droit de choisir, que le bébé a le droit de vivre, que malgré le caractère sacré de la vie humaine, il n’y a rien à redire à la peine de mort, pour peu qu’on puisse faire une confiance totale au système judiciaire, et que seul un idiot congénital ferait confiance au système. Je crois que la vie est un jeu, que c’est une mauvaise blague et que c’est ce qu’on connaît quand on est vivant. Que, tant qu’à faire, autant en profiter pleinement."
   Elle s’interrompit, hors d’haleine. Ombre faillit lâcher le volant pour applaudir.
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   Le second exemple dont je désire parler est celui du personnage principal féminin de la pièce de théâtre Trente-deux Dix, j'ai nommé Carla. Je vais tout d'abord revenir rapidement sur l'histoire de la pièce (critiquée ici) : elle raconte l'histoire d'amour entre Carla et Egon, sorte d'adolescent sauvage et assez judicieuse caricature de la faune urbaine de nos banlieues, de l'arrivée de Carla dans la ville où se passe l'histoire aux derniers instants de la pièce.

   A vrai dire, le personnage de Carla est formidable par deux aspects. Tout d'abord son décalage par rapport à son homologue Egon : les deux personnages sont des antithèses complètes l'une de l'autre, celui de Carla lisant (pour son plaisir), se faisant appeler l'intello par ailleurs si ma mémoire ne me trompe pas, à la réplique facile, à la verve impressionnante et au pied facilement violent lorsqu'on vient lui chercher des poux (en témoignent les parties intimes de l'un des amis d'Egon). Ce dernier, c'est l'ado du quartier, perché à sa rambarde en attendant qu'il se passe quelque chose. Les deux personnages savent se faire très vite très sympathiques au spectateur de la pièce, et c'est là leur première grande qualité.

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   La seconde grande qualité, cette fois-ci plus exclusive au personnage de Carla, et c'est là qu'on rentre dans le vif du sujet, c'est son côté complètement déjanté et fantasque. Carla est un personnage véritablement hallucinant, une sorte de pile électrique assez proche de la Samantha d'American Gods que j'ai décrit juste ci-dessus. En témoignent en particulier, outre son comportement décalé par rapport à l'endroit où elle se trouve, les délires dans lesquels elle se lance, s'inventant (ou inventant à Egon) des passés fantasques, des naissances fabuleuses (je me souviens en particulier de celle sur le bâteau de pêche, "entre les carpes et les soles, les orteils dans le filet de pêche", pour reprendre l'expression que j'avais déjà utilisée dans mon article sur la pièce) ou des histoires formidables. La pièce est trop lointaine dans mon esprit pour que je puisse me souvenir exactement de l'ampleur du délire dans lequel rentraient les personnages, mais je garde néaumoins un souvenir assez fabuleux du personnage de Carla, qu'on oubliera difficilement.

   Voici, à vrai dire, les deux seuls personnages de fiction qui m'aient réellement frappé dans mon existence : une oeuvre, quelconque soit-elle, est généralement trop courte pour faire naître un personnage et le faire s'épanouir pleinement, et celles-ci sont les rares qui permettent presque cet état des choses. Mais les plus belles personnalités féminines restent celles que j'ai rencontrées dans la réalité, et je tiens d'ailleurs à les remercier ici, et à leur dédier en quelque sorte ce long article, duquel je clos la troisième partie.

   Retour à l'introduction : Beauté/Féminité

   Retour à la partie précédente : Femme et symbolique

   Aller à la partie suivante :
La femme : corps, visages, voix et charme
Par big-cow - Publié dans : Mots et idées volatiles
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Dimanche 16 mars 2008
Soie
Par la Compagnie Roland Furieux
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   J'ai découvert Alessandro Baricco par le biais de l'Illiade d'Homère, dont il avait fourni une traduction de laquelle j'avais entendu quelques extraits divers, en cours de grec ancien. La compagnie de théâtre Roland Furieux a ici réalisé l'adaptation pour la scène de son roman Soie, qui raconte l'histoire, dans la seconde moitié du XIXème siècle, de Hervé Joncour, habitant de Lavilledieu, célèbre pour ses filatures de soie. Hervé Joncour s'embarque pour le Japon, dans le but de trouver des vers à soie susceptibles de rapporter de l'argent à la ville - et il y rencontrera une jeune femme étrange et inconnue, occidentale, mais en parlant que le japonais, qui lui abandonnera dans la main un mystérieux message. Hervé Joncour voyagera alors entre Japon et France, jusqu'à ce que la guerre s'élève dans le pays d'extrême-orient.

   L'impression laissée par la pièce de la Compagnie Roland Furieux est assez étrange. Proche de Neige par le fait qu'il s'agisse d'une adaptation de roman, par l'utilisation de ses décors autant en tant qu'éléments esthétiques qu'en tant qu'objets à part entière, par sa narration entre jeu des personnages et histoire racontée par les acteurs. Ceux-ci sont au nombre de trois, tantôt racontant l'épopée d'Hervé Joncour en tant que conteurs (à l'aide également d'une bande son qui relate certains extraits de l'histoire, et qui nous permet d'admirer la qualité de la synchronisation des personnages, et la précision de la représentation), tantôt se plaçant dans le rôle des personnages, faisant les dialogues et les scènes. Voilà pour la forme, qui conserve pas mal de bonnes idées et se fait agréable à suivre.

   La grande qualité de Soie, ce sont ses textes, et leur qualité très poussée. Baricco use de toute sa poésie et de toute la grâce de son vocabulaire pour nous livrer un texte au niveau de Neige de Maxence Fermine. Si l'on a un peu de mal à y rentrer, le temps que les personnages se mettent en place, on est très vite emporté par le charme du récit de voyage d'Hervé Joncour, qui nous emporte dans un monde fabuleux et encore en grande partie féodal (là encore l'univers est commun à Neige). Certains passages débordent par ailleurs d'émotions, et ce également grâce à la narration passionnée des acteurs qui insufflent beaucoup de force à leur récit (on retiendra en particulier le passage de la pendaison du garçon qui mène Joncour à travers bois, tant ce passage se révèle puissant). L'histoire s'accroche à des symboles (les fleurs bleues de Mme Blanche, les vers à soie, la volière et ses oiseaux qui partout volent, une chaise à porteurs, une tasse de thé) qui ne sont pas sans rajouter beaucoup de charme et de mystère à l'oeuvre, lui donnant une portée presque fantastique qui perdurera jusqu'à sa fin, à la mort d'Hervé Joncour, alors que les dernières révélations ont lieu, suivant les tortueuses lois de l'instinct.

   Du niveau de la mise en scène, Soie est un spectacle étrange et complexe. Elle se révèle également tortueuse, joignant le récit sur ce point, à la différence que la magie qu'elle déploie ne fait alors pas toujours mouche. Effectivement, si elle possède pas mal de force et d'émotion, et si elle se révèle souvent originale et efficace (et encore une fois je me dois de citer la scène de la pendaison, ou encore celle du billard), on se demande l'utilité de certains détails, de certains passages et de certains éléments qui sonnent comme en décalé par rapport au reste de la pièce. La fin se révèle également être un peu trop longue, en racontant trop et manquant à un moment de dissiper l'aura de mystère et de fantastique qui entoure la pièce.

   La particularité de Soie, toutefois, c'est le fait qu'il fait son impression après l'avoir vu. Plus j'y repense actuellement et plus je me rends compte des réelles qualités de la pièce qui ne m'avaient pas forcément effleurées au premier abord. Ainsi, Soie se révèle être une très bonne pièce, parfois un peu bancale mais au récit très fort, qui gagne en intensité avec le temps. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Dimanche 16 mars 2008
La débâcle d'Emile Zola
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   Découvert au beau milieu d'une immense pile de Zola qui est venue compléter ma PAL déjà bien grande.

   La débâcle, c'est la guerre franco-prussienne de 1870, et la Commune qui la suit l'année d'après, c'est la chute de l'Empire de Napoléon III face aux armées de Bismarck et l'avènement difficile de la démocratie, c'est la lourde défaite des armées françaises, mal dirigées, démotivées, crevant de faim et de froid, face aux armées prussiennes, froides, efficaces et stratégiques. Et durant cette guerre, on suit le parcours d'un groupe d'homme appartenant au 106ème corps, groupe dirigé par Jean, et dans lequel se trouve Maurice, les deux principaux protagonistes du roman, autour desquels en gravitent beaucoup d'autres, civils comme militaires.

   Je tiens à préciser avant cette critique que j'ai lu La débâcle pour mon seul et unique plaisir. Peut-être suis-je l'un des seuls au monde dans ce cas, mais j'adore Zola, j'adore son style un brin désespéré, la violence de ses textes, la passion qui les habite, et jamais je n'ai réussi à m'ennuyer au cours de ses romans (il faut dire en même temps que je n'ai lu de lui que le bon Germinal et le formidable Thérèse Raquin, ce dernier faisant partie de mes classiques de prédilection).

   Dans La débâcle, si l'on retrouve le Zola humaniste et extrêmement précis de ses précédents romans, il se fait ici formidablement épique, racontant avec énormément de détails mais également avec une formidable verve les batailles franco-prussiennes. Ah ! Quel grand moment d'émotion que la prise de Bazeilles et la lutte acharnée du petit bourgeois Weiss dans la maison qu'il tente de protéger avec une poignée de soldats ! Quelle puissance, dans les incendies qui ravagent Paris alors que les derniers Communards défendent vaillament leur vie ! Quelle détresse ressentie par le lecteur lui-même quand les obus s'écrasent sur les positions françaises, emportant nombre de soldats dans la mort ! Zola se montre ici en formidable raconteur d'histoires, transmettant les émotions et les horreurs de la guerre avec une qualité de langue impressionnante. Si certains passages peuvent lasser le lecteur, car se montrant quelque peu redondants (les 100 premières pages où les armées françaises errent, sans jamais trouver de Prussiens, ni tirer un seul coup de feu), l'ensemble est très agréable à lire, et malgré le nombre de pages qui pourra rebuter le lecteur lambda, se finit très vite.

   Le style, c'est encore ici du Zola au meilleur de sa forme : violent, glauque, sombre, mais également formidablement puissant, d'une force et d'une émotion sans bornes, se permettant quelques touches de poésie ici et là, l'auteur nous épate une fois de plus avec ses capacités linguistiques : on tremble pendant les batailles, ou durant le jugement de Goliath le Prussien félon, on bondit de rage quand les principaux protagonistes tombent sous le feu ennemi, dans des affrontements enragés et barbares, on s'émeut ensuite, alors que les dernières pages se tournent, devant la formidable conclusion du récit.

   Dernière grande qualité de La débâcle : sa portée historique. Zola, qui vécut les évènements terribles qu'il relate ici, de par la précision formidable de son récit, lui donne un intérêt historique à ne pas ignorer, relatant formidablement bien les évènements qui ébranlèrent la France et la Prusse. Si la tournure politique de la Commune est quelque peu bâclée dans sa présentation, les évènements se précipitant sur la fin, il n'en reste pas moins que la guerre est formidablement décrite, et que l'ouvrage fait office de très bonne révision pour cette période.

   En somme, excellent roman que La débâcle d'Emile Zola, très réussi, très agréable à lire, très précis, et dans lequel l'auteur nous prouve à nouveau quel formidable peintre d'émotions il est.

   Du même auteur :
L'oeuvre
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Vendredi 14 mars 2008
Le choix d'aimer de Malorie Blackman
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   Merci à Mélina pour le livre.

   A noter que Le choix d'aimer et le troisième et dernier tome de la série créée par Malorie Blackman avec Entre chiens et loups, suivi de La couleur de la haine. Ainsi, je déconseille à tout lecteur qui n'aurait pas lu les précédents tomes de la série de ne pas lire cette critique, celle-ci pouvant alors contenir quelques révélations quant à la fin des précédents.

   Le choix d'aimer est construit comme un grand flash-back, étant donné qu'il démarre le jour même où Callie Rose, en danger de mort dans les derniers instants de La couleur de la haine, fête ses seize ans. Alors que Jude, devenu général de la Milice de Libération, prévoit toujours de se venger de Sephy, et que celle-ci mène toujours une existence tumultueuse entre Meggy, sa mère et ses amants, Callie Rose grandit et découvre le monde.

   Malorie Blackman ne s'est pas départi de sa narration à plusieurs voix, utilisant toujours celles de Sephy, de Meggie, de Jasmine et de Jude, auxquelles vient d'ajouter celle de Callie Rose, de laquelle l'âge est à chaque fois précisé, permettant de reconstituer la chronologie de l'histoire - de nombreux retours à la réalité et de nombreux flash-backs se succèdent effectivement tout au long de l'histoire. A part ça, la forme de l'ouvrage n'a guère évoluée ; l'auteur a malheureusement abandonné l'idée d'insérer des articles de journaux qui avaient tendance à rendre l'histoire plus agréable à suivre, et les chapitres/couleur ont également été supprimés, pour être remplacés par des noms volant ici et là et représentant les confrontations entre les personnages (sur un principe "untel vs untel") afin d'aider le lecteur à replacer une fois de plus les évènements dans l'espace. Une technique de laquelle aurait franchement pu se dispenser l'auteur, celle-ci se révélant terriblement simple, n'ajoutant à vrai dire strictement rien au récit, et n'étant pas sans renforcer le manichéisme de l'ensemble - mais je reviendrais sur ce point quand je parlerais de l'intrigue.

   Le style n'a malheureusement pas varié d'un iota : si on lit une fois de plus ce troisième tome de la série sans problème, on l'apprécie beaucoup moins et on sent une limite venir dans la tolérance de l'écriture de Blackman alors que l'ensemble commence à se faire franchement décevant. Je sais que je me répète, mais pour moi, une intrigue à base simple - l'histoire d'amour impossible d'Entre chiens et loups, la vengeance de La couleur de la haine, la relation mère/fille faussement complexe du Choix d'aimer - se doit d'être traitée avec efficacité et subtilité, ce qui n'a ici pas lieu.

   L'intrigue, quant à elle, déçoit. Si l'idée de base, comme dit ci-dessus, était déjà simple mais n'excluait pas un développement qui, à défaut d'être original, se verrait être sympathique, et si ses prédecesseurs arrivaient grosso modo à atteindre cet état, Le choix d'aimer n'a de ce côté pas grand chose pour lui, alors que ses personnages se font anti-charismatiques, que l'on a le sentiment de revivre en partie les mêmes situations que dans les tomes précédents (l'entrée de Callum au collège puis à la Milice de libération, les premiers amours avec des amis d'enface), et que le tout s'effondre dans le manichéen, fait d'autant plus ironique que c'est ce que le roman souhaite éviter, en évoquant l'espoir d'une société plus égalitaire - mais c'est là que le manichéisme naît, entre partisans de la violence et de la répression, contre ceux qui réclament l'égalité par la paix et le changement des mentalités (en témoignent les affrontements entre Jude et le duo que forment Meggie et Jasmine, ou encore entre Callie Rose et Sephy). Si on parvient à trouver quelques idées dans Le choix d'aimer, le tout se noie pour arriver au définitif à un ensemble plus désagréable qu'autre chose.

   Ainsi, cette série pourtant agréable à ses débuts finit par perdre progressivement pied pour arriver un Choix d'aimer très décevant sur tous les plans : aussi ai-je envie de conseiller au lecteur de ne lire que le premier tome, Entre chiens et loups, qui peut se suffire à lui-même, son histoire ne restant pas en suspens, et qui reste une relative réussite.

   Dans la même série : Entre chiens et loups, La couleur de la haine
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Jeudi 13 mars 2008
Les virtuoses
Un film de Mark Herman
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   L'action des Virtuoses se déroule durant les années Tatcher, en Angleterre, alors que les unes après les autres les mines ferment, pour cause de politique de rigueur. A Grimley, ville minière du Yorkshire, la mine, pourtant prospère, risque également de mettre la clé sous la porte. Ses salariés survivent tant bien que mal autour de la fanfare des mineurs dont la survie elle-même est menacée, alors que les ouvriers ne peuvent plus s'offrir le luxe d'y cotiser et que son chef d'orchestre Dany vit probablement ses derniers mois. C'est à ce moment qu'une jeune femme, Gloria, virtuose de son instrument (dont je ne sais plus le nom), reviens à Grimley en dans la troupe, étant la fille d'un ancien mineur.

   J'avais vu Les virtuoses quand j'étais môme, en sixième ou en cinquième, et je me souviens que j'avais alors bien aimé ce film sur la musique, la solidarité et le chômage. Or, j'étais à cette époque à l'âge où il me suffisait de voir un film en famille pour l'apprécier, dénué de sens critique que j'étais. Aussi l'ai-je revu en cours mercredi, sans préjugés cette fois-ci, ayant décidé de me forger un vrai avis sur la question.

   Et bien, je dois l'avouer maintenant que j'ai le recul nécessaire, me voilà honteux d'avoir apprécié ce film, aussi jeune ai-je été quand je l'ai visionné. Les virtuoses est, avec mon regard de grand adolescent, comme on me dit assez souvent, un film lamentable, déplorable, presque sinistre dans le désastre qu'il est. La thématique abordée tout d'abord, niaiseuse à souhait, jouant avec beaucoup d'entrain la corde du tire-larmes sans se rendre compte qu'elle berce en réalité dans le pataud et le ridicule, la thématique abordée saborde donc déjà l'ensemble de l'oeuvre - je n'ai jamais trop appréciée les oeuvres qui parlaient du chômage, comme en témoignent mes souvenirs douloureux de Ressources humaines, Billy Elliot et autres fables sociales dans le même esprit. C'est ainsi qu'avec une idée de départ aussi basique, il aurait fallu aux Virtuoses un traitement efficace pour se voir être apprécié, à la manière du Couperet de Costa-Gavras, portant sur les mêmes questions (remises au goût de l'actualité) mais avec un esprot joyeusement cynique.

   Et pourtant, là encore Herman se plante complètement et nous offre une infâme soupe, indigeste et extrêmement désagréable à visionner. L'histoire n'a aucune originalité, accumulant situations convenues sur situations convenues, le tout rythmé par un pathos des plus ratés et un humour des plus lourds et des plus désagréables, jouant sans aucune subtilité sur les métaphores sexuelles et les bonnes grosses blagues de comptoir. C'est nul, il faut le dire, particulièrement nul, et on est à vrai dire jamais ému, si ce n'est devant la teinte lamentable que prend l'ensemble. Chaque personnage est un cliché, dont l'avenir est tout tracé à partir du moment où on en voit les premiers pas : pas difficile de deviner ce qui va arriver à celui dont la vie familiale est déjà surchargé et qui cumule les dettes, à Dany qui crache tous les soirs du charbon de ses poumons, à Andy qui est l'un des seuls de la troupe à être du même âge que Gloria, et j'en passe. Bien sûr, ici, les politiques sont méchants et habillés comme des capitalistes alors que les ouvriers sont gentils et font ce qu'ils peuvent pour survivre (si je ne m'oppose pas à cette vision marxiste des choses, bien qu'un peu trop simpliste à mon goût, je me permets de critiquer son orientation artistique qui permet à Herman de retomber dans un des plus grands stéréotypes de l'histoire).

   La mise en scène, niveau téléfilm, n'est pas en reste non plus, et nous offre quelques incohérences, quelques incrustations foireuses, comme me l'a fait repérer Scorsesejunior54 alors que j'avais abandonné la lutte pour me plonger à nouveau dans La débâcle de Zola, quelques plans clichés (comme un joli coucher de soleil lors d'un dialogue entre Andy et Gloria), et diverses autres surprises. Le niveau des dialogues plafonne au plus bas, de même que l'entrain de ceux qui les récitent, et ce n'est pas de mettre Pete Postlethwaite et Ewan McGregor au générique qui va changer mon opinion sur la question - le tout s'ajoute à un doublage VF très nanar qui saura ravir les amateurs de cinéma bis et même ter, pour l'occasion.

   Autant Les virtuoses m'avaient plu dans ma peau d'enfant abruti par l'absence de sens critique, autant le désastre que je vois aujourd'hui m'écoeure. Un film à éviter absolument.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 13 mars 2008
Les mutants de l'espace
Un film de Bill Plympton
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   Earl Jensen, un astronaute américain, est envoyé dans l'espace par le docteur Furbar et son équipe. Or, celui-ci, en vil bureaucrate de Washington et ministre de l'Espace qu'il est, saborde les réserves de carburant de Jensen, condamnant son retour sur Terre et se faisant au passage pas mal de publicité lui permettant d'obtenir des crédits. Or, de nombreuses années plus tard, Josie, la fille de Earl, aperçoit un astéroïde qui semble amorcer son atterissage sur Terre ; il s'agirait de son père, revenu survivant après tant d'années, et porteur d'une bien étrange histoire.

   J'avais entendu parler de l'univers de Plympton comme d'un univers oscillant entre trash et absurde, et j'ai été assez surpris d'en trouver quelques DVDs à la médiathèque ; aussi ai-je emprunté ce Mutants de l'espace qui me paraissait, au vu des autres, assez "calme" pour commencer à découvrir le réalisateur. Et je n'ai pas été déçu.

   Le support dessin animé peut au départ quelque peu désorienter, d'autant plus vu le caractère général de l'oeuvre, et les thèmes qu'elle aborde. L'avertissement en couverture du DVD, "Attention : ce film n'est pas destiné aux enfants", peut paraître quelque peu risible, mais il en est néaumoins vrai et se doit d'être respecté, auquel cas certains parents risquent d'avoir de mauvaises surprises face aux réactions de leurs bambins. La scène d'introduction se révèle être déjà assez délirante, mais également assez barbare, représentant une attaque de mutants sur la Terre - et Plympton ne lésine pas sur les corps transpercés et déchiquetés, sur les membres volants et les crânes fracassés, sur les scènes de sexe non plus.

   Les mutants de l'espace est un film à ne absolument pas prendre au sérieux. Complètement délirant, complètement décalé, joyeusement absurde et joyeusement trash (à vrai dire, l'histoire de Earl au pays des nez vaut à elle seule le coup), il s'agit d'un bon gros délire comme je les apprécie, partant à merveille en sucettes, connaissant de superbes envollées dans la folie. Si l'humour de Plympton n'est pas percutant avec la même constance sur la durée du film, la seconde moitié se révélant être quelque peu répétitive et ne provoquant pas particulièrement les éclats de rire de la première, il n'en reste pas moins que l'on rit pendant la presque totalité du long-métrage, et je ne parle pas de sourire mais vraiment de rire, chose qui ne m'était pas arrivé devant un DVD depuis longtemps.

   L'aspect graphique des Mutants de l'espace n'est pas sans concourir au charme de l'ensemble : très cartoon, l'univers de Plympton est très agréable à visionner, et la fantasmagorie de ses décors, la façon dont il s'amuse avec les objets et les corps, n'hésitant pas à les déformer à l'extrême ou à transformer les perspectives, ajoutent au délire de l'ensemble, le rendant d'autant plus plaisant et plus drôle. Si l'intrigue se veut volontairement simpliste, incohérente et décalée, elle n'est pas, elle aussi, sans rajouter énormément de charme au film.

   En somme, si Les mutants de l'espace n'est malheureusement pas constant sur sa durée, il reste très drôle et très plaisant à voir : un bon moment de délire absurde et trash.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 12 mars 2008
Blow Up
Un film de Michelangelo Antonioni
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   Blow Up raconte l'histoire de Thomas, photographe, travaillant pour des ouvrages d'art comme pour des mannequins, qui décide de prendre un couple en photo dans un parc. Développant les photos, il découvrira qu'il a en réalité découvert la preuve d'un meurtre, un homme s'étant fait en réalité tirer dessus presque sous ses yeux.

   Blow Up, de Antonioni, est le film qui a inspiré le déjà très bon Blow Out de Brian de Palma, que j'avais vu il y a peu, à la différence que Blow Out reprend le même cas de figure avec un ingénieur son, joué par John Travolta, et que la résolution de son intrigue s'avère être bien différente.

   J'ai bien aimé Blow Up, sans le trouver exceptionnel, ce qui ne m'a pas empêché de beaucoup me plaire en le regardant. Si le principe du film m'était alors connu, il n'en reste pas moins très original, et très bien maîtrisé. L'intrigue n'est pas l'intérêt principal du film, mais celui-ci est plutôt sa psychologie, sa peinture de la société londonienne de l'époque, et les questions et les thématiques que Thomas soulève dans sa quête de la vérité - j'ai hésité à rédiger une analyse sur le sujet, comme je l'avais déjà fait pour d'autres films, mais il s'avère que je n'en ai guère le temps actuellement.

   Blow Up est assez étrange et beaucoup moins conventionnel que Blow Out, je préfère prévenir tout de suite : loin de se révéler être une enquête policière classique où le photographe qu'est Thomas trouverait, grâce aux photos qu'il possède, l'identité de l'assassin et de la victime, le film préfère prendre le spectateur à contre-pied en se faisant le prétexte de la peinture d'un personnage et d'une société. En témoigne d'ailleurs le nombre important de scènes filmées et non relatives à l'intrigue : la venue des deux mannequins, la scène de l'antiquaire (et d'ailleurs, le film vaut le coup juste pour le délicieux accent de celle-ci, en VO, lorsqu'elle parle du Népal), la scène du concert de rock.

   C'est le portrait d'un Londres quelque peu fou que dresse ici Antonioni, assez survolté, assez déjanté et parfois même complètement incohérent (comme à nouveau dans le cas de la scène du concert de rock, où les spectateurs, relativement inactifs en regardant le spectacle, s'entredéchirent quand le guitariste jette les lambeaux de son instrument dans le public, ou encore dans celui des mimes, se ruant partout sans une parole pour jouer avec l'imaginaire des spectateurs, reprenant alors la thématique de l'illusion et du regard plusieurs fois reprises dans le film, et permettant une excellente scène de fin). Autre grand point abordé : le portrait de ce personnage principal, assez étrange, personnage plutôt blasé à ses débuts mais qui sombre dans la panique la plus totale alors qu'il découvre peu à peu ce qui a manqué se dérouler sous son regard.

   La mise en scène de Antonioni n'est pas en reste et sait se faire efficace, avec pas mal de bonnes idées bien exploitées, se concentrant sur les visages, s'arrêtant sur eux non sans curiosité.

   En somme, film très agréable à voir que Blow Up, qui a certes vieilli mais qui n'en reste pas moins un bon film.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Mardi 11 mars 2008
La chute de la maison Usher et autres nouvelles de Edgar Allan Poe
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   En parlant de ce petit recueil à deux euros de quelques nouvelles d'Edgar Allan Poe, traduites par Baudelaire bien évidemment (je ne sais si une autre version existe mais je ne me risquerais pas à en chercher), cela revient pour moi à présenter quelques unes des nouvelles de Poe.

   Quatre nouvelles sont présentes dans cet ouvrage : La chute de la maison Usher, où le narrateur va rendre visite à un ami dans son château d'enfance, alors que celui-ci soigne une dépression et sa soeur une longue maladie ; Manuscrit trouvé dans une bouteille, qui est effectivement (tout du moins dans l'intrigue) un manuscrit trouvé flottant sur les eaux de la mer ; Bérénice, où le narrateur raconte la lente mort de sa soeur (une histoire qui n'est pas sans faire écho à La chute de la maison Usher, justement) ; et William Wilson, histoire d'une persécution d'un homme par un autre qui lui ressemble curieusement.

   Si Edgar Allan Poe n'a pas la même place que Lovecraft dans mon passé de bibliophile, auteur que j'ai dévoré jusqu'à la moëlle, me réfugiant oh combien souvent dans les mythes de Cthulhu, j'apprécie néaumoins beaucoup de lire son style, et j'avais déjà eu le loisir de parcourir ses Histoires extraordinaires, où se trouvaient notamment Le scarabée d'or et Double assassinat dans la rue Morgue (auquel Clive Barker avait maladroitement rendu hommage dans son recueil Une course d'enfer, sous le titre Nouveaux assassinats dans la rue Morgue). Je le redécouvre donc ici avec pas mal de plaisir, celui-ci changeant selon les nouvelles.

   Son style a eu la chance d'avoir été traduit par Baudelaire, l'illustre Baudelaire lui-même, et la qualité des mots qui en découle confine au superbe. Si les structures de phrases ont parfois mal vieillis et se font indigestes, et si l'absence de dialogues peut peser lourd pour le lecteur non chevronné, il n'en reste pas moins qu'avec un peu d'habitude, on lit Poe avec beaucoup de plaisir et on déguste chacune de ses phrases.

   Si l'horreur ne naît plus vraiment des situations ici décrites, celles-ci ayant été depuis des années usées jusqu'à la moëlle (et c'est aussi une des raisons de mes préférences pour Lovecraft et pour ses textes uniques comme La couleur tombée du ciel, inadaptable à un autre support que celui de la littérature), elle surgit néaumoins par moments, surgissant au gré de l'ambiance, assez sombre et triste, mais toujours très forte. Là encore, rien de réellement effrayant, mais une certaine angoisse qui se distille chez le lecteur au fur et à mesure que les pages se tournent - même si les textes apparaissent parfois comme un peu trop courts pour faire paniquer celui-ci.

   Pour parler des nouvelles en elle-même, si je n'ai que peu apprécié Bérénice au début trop laborieux (même si sa fin rejoint le rythme angoissant duquel je parlais) et par Manuscrit trouvé dans une bouteille, texte beaucoup trop court, j'ai beaucoup apprécié William Wilson, assez classique mais efficace, et surtout La chute de la maison Usher que, je m'en suis souvenu suite à ma lecture, j'avais déjà lu par le passé, et qui m'avait par ailleurs inspiré ma première nouvelle, alors d'une épouvantable lourdeur.

   En somme, c'est avec beaucoup de plaisir que j'ai redécouvert le conteur qu'était Edgar Allan Poe. Si ses textes apparaîtront comme trop obsolètes et usés pour certains, je ne saurais que le conseiller aux nostalgiques qui désireraient retrouver le Stephen King ou le Clive Barker de nos ancêtres.
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Lundi 10 mars 2008
Qui es-tu Alaska ? de John Green
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   Nouveau bouquin jeunesse, d'un auteur qui écrit ici son premier roman.

   Qui es-tu Alaska ? raconte l'histoire de Miles Halter, seize ans, pas d'amis. Il se retrouve en pension dans un lycée d'Alabama, Culver Creek, et se retrouvera, suivant les lois du hasard, dans la chambre de celui que l'on appelle Le Colonel, l'une des figures emblématiques du lycée. Celui-ci va lui faire découvrir le lycée, les affrontements entre élèves, la cigarette, et surtout Alaska Young, l'une des plus formidables filles que la Terre ait jamais portée.

   Qui es-tu Alaska ? est la bonne surprise du moment, et John Green, grâce à celle-ci, se créé d'ores et déjà une bonne place dans la liste de mes auteurs jeunesse fétiches, rejoignant Christian Lehmann, Markus Zusak, Clive Barker, Neil Gaiman, Nancy Farmer et d'autres encore. La quatrième de couverture nous présente le roman comme "LE roman de l'adolescence". Si je n'irai pas aussi loin qu'elle dans l'éloge, Qui es-tu Alaska ? reste tout de même une oeuvre très emblématique du monde adolescent du moment - et je suis assez bien placé pour le reconnaître, même si les us et coutumes étatsuniens me sont assez lointains.

   Beaucoup d'humour, tout d'abord, dans le roman de Green, ou tout du moins dans sa première partie. Le personnage principal, à l'aide de petites pointes de cynisme éparses, et d'une bonne dose de situations absurdes, de dialogues assez drôles, et de personnages déjantés, nous conte une histoire particulièrement agréable, qui se lit vite et avec beaucoup de plaisir. Le roman est assez fort, que ce soit dans une perspective humoristique ou tragique, comme le prouveront la suite des évènements - sur lesquels je ne reviendrait pas par volonté de ne pas dévoiler l'évènement sous-entendu qui fait que le livre se construit en deux parties : Avant et Après.

   Pas grand chose à rajouter sur le roman : Qui es-tu Alaska ? est une très bonne surprise, un très bon roman duquel il est difficile de parler sans trop en dire, ainsi ne vais-je pas m'y risquer, mais vais-je au contraire faire ma conclusion en le conseillant : il s'agit du premier roman, rappelons-le, d'un auteur qui s'annonce être très prometteur.
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Lundi 10 mars 2008
La couleur de la haine de Malorie Blackman
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   Merci à Mélina pour le livre.

   A noter que La couleur de la haine est le deuxième tome de la série de Malorie Blackman inaugurée par Entre chiens et loups, tome dont l'action se déroule directement suite à la fin du premier. Ainsi, je déconseille à ceux qui n'ont pas lu le premier tome de lire ma critique, celle-ci contenant alors de nombreuses révélations pouvant nuire au lecteur.

   Sephy a donné naissance à Callie Rose, le fruit de son étreinte avec Callum, enfant métis dont l'existence est sévèrement critiquée par les populations. Se reconstruisant après la mort de l'homme qu'elle aimait, elle va aller vivre chez Meggie McGregor, sa mère, alors qu'en parallèle Jude désire venger la mort de son frère et débarasser la milice de la Libération de son traître.

   La couleur de la haine me laisse assez divisé, car contenant autant de qualités que de défauts, ce qui m'empêche de trancher en sa faveur pour une suite réussie ou ratée. Le roman surprend également dans le sens où des changements surviennent là où l'on en aurait pas attendu, alors que par d'autres côtés sa forme et sa histoire s'immobilisent.

   Parlons d'abord du style et de la présentation. Le style en premier lieu, qui s'avère être ici une franche déception. Non pas qu'il soit plus mauvais que dans Entre chiens et loups, déjà guère exceptionnel ici ; le problème est en réalité qu'il n'a absolument pas mûri, qu'aucun changement ne soit venu l'améliorer ni même le détériorer, alors que j'en espérais justement un. Certes, celui-ci reste agréable à lire, sympathique, mais est loin d'atteindre la qualité qu'on aurait pu escompter dans ce type d'oeuvre. L'effort, par contre, a eu lieu sur la présentation du roman, sa forme évoluant en un ensemble un peu plus complexe. Si Malorie Blackman conserve son principe de narration à plusieurs voix, celles-ci se diversifiant par ailleurs (les deux personnages les plus suivis sont Sephy et Jude, mais l'on a également les points de vue de Jasmine, Meggy et Minerva), l'ensemble se verra devenir plus complexe, dans les parties tout d'abord : chaque partie est symbolisée par une couleur (la première, outre le prologue originalement écrit à part, étant le rouge), et chaque couleur étant associé à une liste de mots (dans le cas du rouge : douleur, colère, rage, sang, tempête/orage, arme, révolte, cris/hurlements, assourdissant, incendie/détonations/explosions, naissance, tornades/combats, feu, écarlate/bordeaux/cramoisi/rose, trahison, guerre, haine). Si le procédé, au vu du nombre de couleurs, peut se révéler quelque peu lassant, il n'en est pas moins sympathique, et donne la couleur de l'oeuvre : celle-ci sera plus noire encore qu'Entre chiens et loups. Autre aspect novateur, par rapport à son prédécesseur, de La couleur de la haine : les faux articles de journaux présents à chaque début de partie. Parfois relatifs à l'intrigue, parfois simples compléments à l'univers de Blackman, il n'en reste pas moins que ces articles donnent du rythme au récit, et de la profondeur à la création de l'auteur.

   Venons-en à l'intrigue et à l'ambiance de l'oeuvre. Si j'avais présenté Entre chiens et loups comme une tragédie à la Roméo et Juliette, La couleur de la haine reprend cet aspect tragique avec un accent beaucoup plus désespéré, beaucoup plus sombre encore. Il me sera difficile de parler ici de l'intrigue global de l'oeuvre, étant donné qu'il ne se passe à vrai dire que peu de choses dans ce second tome de la série : les derniers bouleversements dans l'intrigue surviendront en vérité dans le troisième opus, nommé Le choix d'aimer. C'est plus au niveau de l'ambiance qu'il faut chercher les grandes qualités de celui-ci, bien plus profond que son prédécesseur. Car s'il commence assez banalement, et si l'on a peur dans les débuts de l'intrigue que les clichés s'entassent au vu des nouvelles relations entre les personnages, on est très vite détrompé par deux scènes assez violentes psychologiquement, qui achèvent de transformer La couleur de la haine en un ensemble particulièrement sombre - les deux scènes surviennent dans la première moitié du roman, mais j'aurais du mal à me montrer plus précis.

   Enfin, défaut toutefois de La couleur de la haine : ses personnages sont beaucoup moins attachants que dans le roman précédent.

   Si je dois faire un bilan, je dirais que ce second tome de la série divise : pas assez évolué par rapport au premier pour être considéré comme une réussite, se montrant assez violent et sombre, je le considère plus comme une ouverture au dernier tome de la série, un peu longue toutefois. Mais si l'on oublie le style parfois trop imparfait et trop simple dans son introspection, le roman permet de passer un bon moment.

   Dans la même série : Entre chiens et loups, Le choix d'aimer
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Lundi 10 mars 2008
Soyez sympas rembobinez
Un film de Michel Gondry
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   A noter que le titre original du film, Be kind Rewind, reste beaucoup plus accrocheur que l'assez nul titre français.

   Mr. Fletcher est le gérant d'un vidéo-club dont l'existence est menacée par un groupe d'investisseurs sans scrupules, désirant transformer le quartier. Partant observer les méthodes de ses concurrents en matière de ventes de vidéo, il confie la boutique à Mike. Or, le meilleur ami de Mike, Jerry, devenu magnétique après un accident dans une centrale électrique, efface toutes les cassettes vidéo du vidéo-club de Fletcher. Les deux amis vont tenter, pour sauver la situation, de refilmer les films par eux-mêmes.

   Je m'attendais à un film bien délirant, à l'image de son idée originale déjà joyeusement fantasque : on ne peut pas dire que j'ai été déçu. Le film est bien le délira auquel je m'attendais, une plongée dans le monde du cinéma amateur, avec beaucoup de réjouissance. Gondry s'amuse, Mos Def et Jack Black aussi, et tous trois savent transmettre leur bonne humeur au spectateur.

   Le film est, comme on pouvait s'y attendre, rempli de références, aux films tournés par les personnages principaux bien sûr, mais également au monde du cinéma en général. A vrai dire, les effets déployés par les personnages pour arriver à leurs fins sont tout bonnement fabuleux, complètement délirants, et le résultat est souvent très drôle et très heureux. Plus même qu'un simple délire, qu'une simple succession de saynètes où sont mimés et dans un sens parodiés de nombreux films (mention spéciale à Gosthbusters, premier long-métrage à être rejoué), Soyez sympas rembobinez est un hommage au monde de l'amateurisme et du système D, tant les moyens utilisés sont délirants, tant ils sont formidablement imaginés (la scène de la voiture dans Men In Black, la chute dans le vide de Rush Hour II, etc.).

   Certes, même s'il est de ce point de vue extrèmement drôle et jouissif, le film de Gondry n'est pas sans défaut : ainsi le fait que le bâtiment où travaille et vit Mr. Fletcher risque d'être d'être rasé n'apporte strictement rien à l'histoire, et va même jusqu'à plomber un peu l'ensemble en tentant un glissement franchement pas très utile vers un pathos qu'on ne ressentira guère. Néaumoins, malgré ce problème relativement mineur et quelques maladresses ici et là dues en grande partie à l'aspect complètement chaotique et déjanté du projet, Soyez sympas rembobinez reste un profond délire, formidable.

   En somme, très bon film que ce dernier Michel Gondry que je découvre ici, complètement délirant. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 6 mars 2008
Le gardien du verger de Cormac McCarthy
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   Lu après avoir découvert No country for old men des frères Coen, adapté d'un autre ouvrage de Cormac McCarthy.

   Le gardien du verger raconte, sur sept ans, l'histoire de plusieurs personnages qui se croiseront dans la vallée du Tennessee, histoire tournant autour du meurtre de Mildred Rattner : on suit ainsi les parcours de Marion Slyder, son meurtrier, trafiquant d'alcool dans l'Amérique de la Prohibition, de Arthur Ownby, vieillard, accompagné de son chien Scout, qui trouvera le corps de Rattner et qui y fera brûler de jeunes cèdres pendant 7 ans, faisant ainsi le deuil de cet inconnu, de John Wesley, gamin qui trouvera Slyder après que ce dernier ait eu un accident de voiture, et d'autres encore, plus secondaires mais néaumoins présents.

   J'avoue avoir été déçu par Le gardien du verger, premier roman écrit par un Cormac McCarthy encore jeune. Si je préfère ne pas m'y fier comme un livre représentatif de l'auteur, le considérant alors plus comme un coup d'essai que d'autre chose, l'ouvrage s'avère à mon oeil peu extraordinaire et présentant pas mal de défauts, là où par exemple le film des frères Coen cité ci-dessus se révélait vraiment excellent. La faute en particulier a un style encore trop lourd et qui, bien que fouillé, reste difficilement abordable par sa complexité, sa densité, et surtout sa ponctuation assez lacunaire, qui fait qu'on perd parfois le fil du récit et que l'on a tendance à s'emmêler les pinceaux entre les personnages.

   Certes, McCarthy a beaucoup de talent littéraire, et l'affinement certain de son style littéraire laisse présager beaucoup de bonnes changes - déjà dans ce roman, la qualité de sa langue est très élevé, alors que les descriptions qu'il nous offre comportent beaucoup de charme et de qualité, par leur profondeur et leur vocabulaire, par l'espèce de déséquilibre qui les habitent. Néaumoins, le tout en devient parfois assez illisible et gênant.

   L'ambiance est quant à elle bien présente, et très proche de celle de No Country for old men, le film des frères Coen, mais également de La rose du Cimarron de James Lee Burke qui y décrit un Texas sensiblement ressemblant au Tennessee de McCarthy de par leur violence commune à tous deux, de par leurs paysages désertiques et la folie des hommes qui y vivent. A vrai dire, si le récit présente de par son style pas mal d'imperfections, McCarthy s'annonce d'ores et déjà comme un formidable peintre d'ambiance que l'on apprécie déjà, et duquel on est impatient de connaître les autres oeuvres.

   En somme, un premier roman un peu décevant que Le gardien du verger, de par son style beaucop trop complexe, mais un livre néaumoins sympathique et qui donne envie d'en découvrir plus sur Cormac McCarthy, son auteur.
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Mercredi 5 mars 2008
Yacaré / Hot Line de Luis Sepulveda
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   Je ne connais guère la littérature sud-américaine, et je le regrette : tout juste ai-je feuilleté L'Aleph au collège, alors qu'un devoir, d'arts plastiques si je me souviens bien, portait dessus. Ainsi les noms de Borges, Garcia Marquez et Sepulveda n'évoquent-ils pas grand chose à ma mémoire de bibliophile, et c'est donc ignorant de l'auteur du Vieux qui aimait les romans d'amour que je me lançais dans Yacaré / Hot Line.

   Yacaré et Hot Line sont en fait deux courts récits bien distincts, tous deux d'une cinquantaine de pages. Le premier du livre, Hot Line, raconte l'histoire d'un inspecteur de police chilien spécialisé dans le vol de bétail et travaillant en milieu rural, George Washington Caucaman, qui, après avoir tiré une décharge de fusil dans les fesses d'un voleur - qui s'est avéré être le fils d'un important général -, se retrouve muté à Santiago, la capitale du Chili, et affecté dans l'unité travaillant sur les crimes sexuels. Yacaré, quant à lui, se déroule à Milan. Son protagoniste principal, l'ancien inspecteur Dany Contreras, travaillant aujourd'hui dans le milieu de l'assurance, est envoyé dans la ville italienne : un des cliens de la compagnie, Don Vittorio Brunni, venant de décéder étrangement, Contreras doit s'assurer que celui-ci a été assassiné afin de conserver la prime d'assurance-vie. Il assistera alors à l'enquête.

   Mes deux avis sur les petites histoires du recueil étant sensiblement proches - même si j'ai une préférence pour Hot Line, de par notamment son formidable et très drôle personnage principal -, j'ai décidé de traiter de leur sujet en même temps. Les deux histoires, sans être exceptionnelles, sont bien faites, bien sympathiques à lire. A vrai dire, leur finalité importe peu, car ce n'est pas sur cinquante pages qu'on bâtit une intrigue.

   C'est du côté du style qu'il faut chercher le talent de Sepulveda - tout du moins pour ces deux récits - et le découvrir avec plaisir. Yacaré / Hot Line est très agréable à lire, très sympathique, assez réjouissant. Le style se fait tantôt drôle, tantôt créateur d'une ambiance plutôt tendue, et l'humour noir est souvent de mise alors que l'on suit les enquêtes de Caucaman et de Contreras. Les personnages aussi sont particulièrement sympathiques à découvrir, tous assez fous à leur manière, assez déjantés, et très drôles, à nouveau.

   Pas grand chose d'autre à rajouter au sujet de Yacaré / Hot Line : je ne savais pas trop quoi en attendre, mais j'ai au final beaucoup apprécié ; un roman qui donne envie de découvrir Sepulveda à nouveau.
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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