Dimanche 6 avril 2008
L'orphelinat
Un film de Juan Antonio Bayona

   Vu au cours de la semaine espagnole organisée par le cinéma d'art et d'essai local.

   L'orphelinat raconte l'histoire de Laura, qui a passé son enfance dans un orphelinat avec cinq autres enfants, jusqu'à son adoption. A 37 ans, elle rachète l'orphelinat alors inutilisé, s'y installe avec son mari Carlos et son fils adoptif Simon, et s'emploie à le transformer en centre pour enfants handicapés. Or, Simon se met à s'imaginer un ami imaginaire, un dénommé Tomas, jusqu'à ce qu'il disparaisse mystérieusement, après avoir prétendu être allé dans la maison de Tomas.

   Ayant adoré le formidable
Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, qui produit par ailleurs L'orphelinat, j'ai décidé, tant qu'à faire, de me pencher un peu plus sur le cinéma fantastico-horrifique espagnol avec ce film dont j'avais entendu d'assez bonnes critiques. Et à vrai dire, L'orphelinat est une réussite. Oh, on est très loin de la merveille qu'était le Labyrinthe de Pan, et on est même très très loin d'aboutir ici à un chef-d'oeuvre, mais il y a dans L'orphelinat des qualités indéniables : si j'ai trouvé l'ensemble réellement bourré de défauts, trois grandes qualités qui à elles seules font basculer l'ensemble dans le très positif.

   La première de ces qualités, c'est que L'orphelinat est particulièrement angoissant. Certes, on atteint pas les sommets de terreur du
Projet Blair Witch et du Halloween de Carpenter, mais cela faisait tout de même longtemps que je n'avais pas été effrayé à ce point, jusqu'à bondir une ou deux fois de mon siège. Le film est d'autant plus angoissant que l'ensemble de celui-ci est placé sous cette pression permanente, se permettant quelques baisses de tension pour mieux réattaquer ensuite.

   La terreur que le réalisateur parvient à instiguer chez le spectateur est d'autant plus réussie que, et c'est là la seconde grosse qualité du film, elle est amenée avec beaucoup de finesse. Si Bayona a malheureusement tendance à en montrer parfois de trop, par deux ou trois fois, en nous dévoilant des visages ou des corps qu'il avait volontairement caché auparavant pour faire monter la tension, l'ensemble reste globalement très fin et très réussi : et effectivement, aucun effet ouvertement fantastique n'aura lieu pendant le film, pas d'effets spéciaux ou presque (mais il s'agira alors surtout de flashbacks et de rêve), alors que le réalisateur se concentrera sur des ficelles certes assez grosses et connues mais néaumoins diaboliquement efficaces : portes qui claquent et qui grincent, silhouettes aperçues au bout d'un couloir, masques, craquements, grincements, objets qui tombent. Les objets en général ont une place très importante dans le film de Bayona, alors que de nombreuses figures récurentes y reviennent souvent : une pile de coquillages, une petite clef, une pelle, une poupée, un masque à boutons, un médaillon porte-bonheur, et de nombreux autres encore. La concentration de l'intrigue autour de ces objets n'est pas sans rajouter du charme à l'ensemble, et permet également de rendre son intrigue plus angoissante encore.

   Troisième grande qualité de L'orphelinat : sa dernière partie, mêlant fantastique et folie alors que l'on sent que la mère perd progressivement prise avec la réalité. Cette partie commence par ailleurs avec une séquence de médium à la mise en scène très réussie, scène très tendue et par ailleurs bien angoissante ; et si l'on excepte les cinq dernières minutes du film qui forme un final indigne des presque deux heures qui ont précédées, toute cette partie est particulièrement brillante, atteignant des sommets dans l'angoisse, la tension et l'efficacité.

   Certes, à côté de ces trois grandes qualités, L'orphelinat accumule les défauts et les imperfections : la mise en scène ne révèle aucune réelle innovation, le scénario est simpliste, la fin ratée (même si pas loin d'être très réussie), certains évènements en trop viennent gâcher l'ambiance du film, la musique est plate, et j'en passe. Mais néaumoins, L'orphelinat, par ces trois seules grandes qualités, se veut très efficace, et laisse un excellent souvenir. Un film à voir.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 6 avril 2008
Journal d'Inquiétude
Par la Compagnie Traits de Ciel

   Vu vendredi soir, Journal d'inquiétude est le premier spectacle du cycle Thierry Baë organisé au TGP, et se poursuivant le samedi par Thierry Baë a disparu.

   Thierry Baë, interprète principal de ce premier spectacle, est un danseur contemporain affligé d'une maladie orpheline bien particulière, qui touche ses poumons, l'empêchant de pratiquer des efforts physiques, et donc de danser, pendant plus de trente minutes d'affilée. Journal d'inquiétude se veut une sorte d'exploration, par la danse, de son propre corps, de ses limites et de ses capacités.

   Le spectacle se divise en trois parties, toutes environ d'une demi-heure : dans la première, Thierry Baë interprète son solo, durant lequel il se donne ses propres instructions, comme un professeur l'aurait fait pour son élève, et avec un brin d'humour : on s'amuse pas mal, et on est en même temps charmé par cette exploration des limites du corps humain, de la redécouverte par Baë de lui-même alors qu'il présente son solo en fonctionnant par étapes, démarrant lentement, par des mouvements assez simples, avant de devenir de plus en plus complexe, de plus en plus étrange et par là de plus en plus gracieux et beau. On s'abîme facilement dans la contemplation du corps de Thierry Baë, alors que celui-ci est usé de mille manières, se tordant et retrouvant une posture normale pour mieux hypnotiser le spectateur.

   Dans la seconde partie du spectacle, suite à son solo d'une demi-heure, c'est à la projection d'une sorte de petit film que l'on assiste, où figure Thierry Baë : il y raconte, avec beaucoup d'humour, ses tentatives désespérées pour vendre son spectacle, ses entraînements et échauffements quotidiens, ainsi que ses difficultés pour trouver une seconde tête d'affiche, un autre danseur contemporain pour réinterpréter son propre spectacle comme cela aura lieu dans la troisième partie (cette partie là est particulièrement amusante, par ailleurs, et on y rit beaucoup alors que les déboires se succèdent). Si le film peut se révéler par moment quelque peu désagréable à regarder eu égard à sa mise en scène en simple caméra à l'épaule, et si son début est quelque peu laborieux, il n'en reste pas moins très drôle et très agréable à regarder.

   Vient enfin la troisième et dernière partie du spectacle, qui est la réinterprétation du solo de danse contemporaine de Thierry Baë par un autre artiste de danse, changeant souvent : en l'occurence, dans le cadre de la représentation à laquelle j'ai assisté, le solo était réinterprété par la propre compagne du danseur, Marion Baë. La composition exercée ici, se basant sur le même principe que la précédente (à la différence que c'est toujours Thierry Baë qui donne les consignes et non plus le danseur du moment), est loin de se montrer répétitive, mais est au contraire d'autant plus envoûtante et intéressante que chaque danseur, possédant sa corporelle et sa gestuelle propres, recréé en quelque sorte à sa manière le solo de danse : aussi n'assiste-t-on pas à une répétition mais à une prolongation du spectacle, très belle, très agréable à voir, et également très paisible. Dans les deux représentations, une musique assez calme, assez douce, et également sobre et envoûtante, vient rythmer les mouvements des interprètes, donnant plus de poids et de profondeur encore à leur gestes, à leurs chorégraphies. Le tout se révèle être très beau à voir.

   En somme, très bon spectacle que ce Journal d'inquiétude, même pour moi qui ne suit pourtant guère amateur de danse contemporaine. A voir.

   PS : J'ai pu apercevoir, durant la projection du film de Thierry Baë, dans un bureau qui était alors filmé (première scène), une affiche où se trouvait la phrase : "J'aimerais que tout ce qui n'est pas moi prenne toute la place" ou un texte très semblable : si le visiteur en connaît l'auteur, je lui serais reconnaissant de m'en faire part.

   Par la même compagnie :
Thierry Baë a disparu
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Vendredi 4 avril 2008
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe
(sans jamais oser le demander)

Un film de Woody Allen

   Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander) fait partie des vieux Woody Allen, de ses débuts bien plus déjantés et bien moins retenus que les films présentés aujourd'hui : on est plus dans la vague délirante et absurde de Prends l'oseille et tire-toi et Guerre et amour que les assez politiquement corrects et un peu décevants Scoop et Match Point (peut-être la seule de ses productions récentes qui m'ai quelque peu enthousiasmé). le film est une série de sketches, chacun se présentant sous la forme d'une question sur le sexe, auxquels les protagonistes tentent de répondre par de petites saynètes dans lesquels Allen joue par ailleurs la plupart du temps.

   A vrai dire, si j'en attendais beaucoup de bien, et si je m'apprêtais à beaucoup m'amuser, j'ai été déçu par le film qui m'a plus ennuyé qu'autre chose : à vrai dire, si il présente tous les éléments qui auraient normalement été capables de me faire rire (d'où, par ailleurs, ma perplexité), il me fut complètement impossible de ne serait-ce même que sourire pendant un sketch entier, et je manquais par ailleurs couper le film à deux reprises.

   A vrai dire, l'humour qu'emploie ici Allen est assez particulier : complètement absurde et délirant, mettant en scène des personnages tordus au possible, des situations complètement folles (on pensera notamment à l'histoire de la chèvre, et à celle du sein de silicone géant qui noie les hommes sous des flots de lait), et des dialogues également assez drôles, il ne s'arrête pas un instant et présente un délire constant qui saura se faire apprécier par les amateurs d'absurde.

   Néaumoins, le film souffre de quelques défauts dont le premier est le vieillissement, que le soupçonne être l'une des principales raisons de mon ennui :  image et son ont perdu beaucoup depuis 1972, où furent tournés les saynètes, et le résultat, loin d'en gagner en charme, se fait moins appréciable à regarder. Autre défaut pour moi, inhérent à la forme du récit de Allen : il est difficile (ou en tout cas il m'est difficile) d'adhérer à ce genre d'humour si je ne suis pas moi-même en train de participer au délire. L'utilisation de sketches lèse également l'ensemble, car on perd à chaque fois un peu de temps à s'immerger dans chaque passage du film et à rejoindre le délire - si on le rejoint. La mise en scène, enfin, n'a pas grand chose de spéciale et n'est pas particulièrement intéressante.

   Je ne doute pas que beaucoup d'autres sauront être attirés par le film de Woody Allen (dont je ne me risquerais pas à redire le titre) qui m'a personnellement profondément ennuyé. Toujours est-il que personnellement, je le déconseille.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 3 avril 2008
Planète Terreur
Un film de Robert Rodriguez

   Merci à Nico M. pour le film.

   Dans une petite ville du Texas, de mystérieux zombies surgissent, dévastant tout sur leur passage et contaminant les populations. Un petit groupe de survivants fait tout pour se sortir de ce guêpier, survivants parmi lesquels se trouvent Cherry, go-go danseuse ayant perdu la jambe dans une attaque de zombies, et son ex-petit ami Wray.

   J'avais vu le premier Grindhouse, Boulevard de la Mort de Quentin Tarantino, à sa sortie au cinéma, et j'avais été plutôt déçu par le film du réalisateur de Pulp Fiction, le trouvant particulièrement plat et presque ennuyeux. Si j'ai raté Planète Terreur, quant à lui, à sa sortie au cinéma, je peux ici me rattraper grâce au DVD que Nicolas me prête gracieusement.

   Et je n'ai pas été déçu : bien au-dessus de Boulevard de la mort, Planète Terreur est le délire complet que j'avais alors attendu. On commence tout d'abord par la fausse bande-annonce du film de série B Machete avec un Mexicain bardé, et bien de machettes justement, et voulant se venger des hommes qui l'ont laissé pour mort. Cette bande-annonce, l'une des seules survivantes du projet Grindhouse original et qui fut démonté par les distributeurs français, vaut à elle seule le coup d'oeil, bien représentative de l'esprit complètement déjanté que l'on retrouvera dans le reste du film.

   A vrai dire, l'idée de base et l'affiche, à elles seules, annoncent la couleur du délire : le personnage de Cherry, une jambe perdue, et remplacée par une mitraillette servant également de lance-grenades, n'est-ce pas une idée fabuleusement originale, et d'ores et déjà complètement déjantée ? Et la totalité du film porte la même couleur absurde et déjantée. On retrouve les délires assez gores et assez violents du réalisateur de Sin City, alors que les têtes et les corps explosent et volent de partout, et que les rues vomissent des hordes de zombies déchaînés et gluants. Sang et sauce barbecue d'ailleurs, mais il faut voir le film pour comprendre cette dernière allusion.

   Si certaines phases perdent un peu en humour déjanté pour prendre un ton plus sérieux, comme celles avec le couple de médecin Block, tous deux particulièrement glauques et effrayants. Mais grosso modo, le délire est assez constant, et on ne s'ennuie pas un instant devant le film de Rodriguez.

   Pour la forme, celle-ci se révèle être assez explosive, ne laissant que très peu de temps morts et s'appuyant sur une musique, il faut le dire, particulièrement géniale et qui n'est pas sans me rappeler les aspects déjantés de certains albums des Mars Volta, mêlant instrumental de rock et trompette. Le film possède un aspect vieilli (volontairement) très loin d'être déplaisant et même très agréable, qui ajoute encore plus à l'ambiance déjà formidablement glauque qui naît des décors sélectionnés par Rodriguez. Le tout se révèle visuellement assez bourrin mais très réussi et très appréciable.

   En somme, Planète Terreur est le défouloir qu'aurait également du être le Boulevard de la Mort, et se révèle très bon et particulièrement déjanté. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 2 avril 2008
Jours de lumière, nuits de guerre de Clive Barker
(tome 2 sur 2)

   Deuxième tome de la série Abarat, et dernier sorti à ce jour.

   Attention : si vous n'avez pas lu le premier tome de la série, je vous déconseille de lire cette critique, qui comporte alors des révélations au sujet du déroulement et de la fin de celui-ci.

   On retrouve le personnage de Candy Quackenbush, toujours en déambulation dans l'Abarat, cette fois-ci accompagné du guèche-rat Malingo. Fuyant toujours le Scarifié, envoyé à ses trousses par Christopher Gangrène qui complote d'obscurs et sombres plans, elle se retrouvera séparée de lui dans l'île fête-foraine de Babilonium, et se retrouvera temporairement seule, sans se douter du nombre de personnages qui oeuvrent autour d'elles, et de la destinée qui pèse de plus en plus lourd sur ses épaules.

   Les deux premiers tomes de Abarat sont très dépendants l'un de l'autre, l'intrigue du premier restant complètement en suspends dans ses dernières pages pour trouver sa suite ici. Si Jours de lumière, nuits de guerre n'est pas le dernier tome de la série, qui en attend encore deux (à ma connaissance non écrit ou tout du moins non publié dans les pays anglo-saxons), il forme toutefois une sorte de fin qui permet de faire une halte dans la série : certes, la conclusion en queue de poisson est au rendez-vous, mais il est possible de s'arrêter là avant d'attaquer la suite de la série.

   L'univers de Barker est dans ce tome toujours aussi fantastique, toujours aussi merveilleux et délirant, et d'autant plus qu'il y fait évoluer son intrigue et y développe ses personnages secondaires avec pas mal d'efficacité : un personnage qui prend d'ailleurs beaucoup d'importance sera Mater Mattelée, la propre grand-mère de Christopher Gangrène. De même, Genêve le Pêcher, Malingo, Wolfswinkel, et plusieurs autres encore, perdront leur statut de personnages secondaires pour gagner, comme dans la plupart des oeuvres de Barker, une place beaucoup plus importante dans l'intrigue, une sorte de statut bâtard entre personnages secondaires et principaux.

   Le style est un peu plus appréciable que dans le premier tome de la série où il s'était dénaturé pour mes yeux de presque-adulte ; et si de nombreuses imperfections se ressentent toujours, le tout se lit avec tout autant de plaisir qu'avant. Du niveau graphique également, on sent comme une amélioration de la patte de Barker, avec notamment le superbe portrait de la princesse Boa, et la peinture de cette immense vague de deux pages vers la fin du roman, qui à elles seules valent le coup d'oeil.

   En somme, Jours de lumière, nuits de guerre s'avère plus appréciable encore que le premier tome de la série que forme Abarat, tout en en reprenant les mêmes caractéristiques. A lire.

   Dans la même série :
Abarat

   Du même auteur : série du Livre de sang (
Livre de sang, Une course d'enfer, Confessions d'un linceul, Apocalypses), Imajica, Galilée, Le jeu de la damnation, Coldheart Canyon, Le voleur d'éternité, Le royaume des devins

   Du même auteur, en cinéma :
Hellraiser (avec analyse)

   Du même auteur, en courts et autres :
Salomé et The Forbidden
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Mardi 1 avril 2008
American Samouraï
Un film de Sam Firstenberg

   Merci à Nicolas "Je suis un péché d'orgueil" M. pour le DVD.

   American Samouraï raconte l'histoire d'Andrew Collins (call him Drew), américain élevé par un samouraï après que ses parents se soient écrasés en avion dans la jungle japonaise, quand il n'était qu'un bébé. Toutefois, son frère (enfin, le fils de l'homme qui l'a recueilli) Kenjiro est ivre de vengeance, et l'attire en Turquie par une série de meurtres, dans le but de le tuer et de devenir le meilleur samouraï.

   Si American Samouraï, sur une appréciation globale, ne peut être amené au niveau d'un grand nanar, possédant trop de qualités (enfin, ça fait bizarre de dire ça, mais il faut dire que certains combats ne sont en vérité pas assez mous et parfois même un peu trop stylés pour être drôles et ridicules), il conserve néaumoins de nombreux petits détails amusants qui sauront ravir ceux qui, comme moi, aiment traquer les petits défauts qui font tout le charme du nanar, privilégiant l'amusement subtil à la grosse rigolade.

   Ainsi, premier détail particulièrement amusant de American Samouraï, avant même que le boîtier DVD n'est été ouvert : son réalisateur inexistant. Il m'a fallu passer sur Cinétroc pour en trouver le nom, celui-ci étant totalement occulté de la jaquette, y compris dans l'espèce de petite fiche technique qui accompagne tout film (l'espèce de petit texte avec les lettres démesurément hautes qui se trouve en bas de chaque pochette de DVD). Aurait-il tenté de masquer au dernier moment son identité - entreprise qui se serait alors soldée par un échec ? Est-ce un oubli ? Aurait-il été enlevé par des forces démoniaques (probablement des samouraïs voulant se venger de l'affront qui leur est ici fait) désirant effacer toutes traces de son existence ? Le mystère reste entier.

   Rions un peu plus, et découvront les premières minutes du film, où se déroule l'accident d'avion dont j'ai parlé ci-dessus : on sent venir le trucage foireux, et en effet, on filme seulement le cockpit et la vitre arrière sans créer de plans entiers de l'avion, si ce n'est quelques stockshots (expression tirée à Nanarland : vol d'images appartenant à d'autres films documentaires, ou à d'autres films du même réalisateur). Sauf que quand on observe la vitre arrière, on a la joie d'apercevoir dans son reflet un visage féminin qui n'a à vrai dire rien à faire ici, et que je soupçonne d'être celui d'une des assistantes de Firtenberg qui passait là par hasard. Première finesse de réalisation, premier contact avec American Samouraï, premier fou rire.

   Les autres surviendront vite, mais il faudra attendre la fin du film pour retrouver le genre de petits détails croustillants de cette introduction. En éléments drôles, on peut citer pêle-mêle un jeu d'acteurs terriblement mou et inapte à convaincre, des personnages formidables dans le sens où ce sont tous de somptueux clichés, quelques combats assez crétins (ceux avec Harisson par exemple), le doublage de David Bradley (Andrew Collins) tellement plat qu'il en devient surréaliste, des leçons de pseudo-philosophico-poético-samouraï très drôles (car "Le sixième sens sera l'oeil de ton esprit qui te montrera la voie du futur" et plein d'autres fumisteries dans le même genre), une musique terriblement niaise et tentant désespérément de se donner un air Japon en soufflant dans quelques flûtes et quelques bambous, de nombreux autres stockshots, etc.

   Le rythme se fait assez soutenu, ce qui permet au spectateur de ne pas s'ennuyer. Si l'ensemble tend rarement vers le nanar, on saluera toutefois quelques moments d'ivresse, la plupart tirés dans ceux cités précédemment, auxquels il serait bon d'ajouter la scène d'entraînement assez stupide de Collins, ainsi que sa romance avec une photographe assez stupide également, romance expédiée, particulièrement inutile, d'autant plus que Firstenberg ne se permet même pas un plan nichon (par contre, les plans pectoraux ne sont pas en reste).

   On arrive alors au combat final, que gagnera Collins (naaaaan...) en tuant Kenjiro d'une manière des plus absurdes. Sans vouloir décrire les artifices d'ingénierie qu'emploie notre héros (et je dirais juste qu'ils dépassent les lois de la physique, de la logique et de la pesanteur, mais on est plus à ça près franchement), j'attirerais l'attention du spectateur sur le fait qu'à part dans leurs derniers mouvements, avec la mort de Kenjiro, jamais les deux combattants n'ont été filmé ensemble (si un processus semblable est utilisé pour les autres combats, je n'y ai pas pris garde) : en effet, jamais ils n'apparaîtront dans le même plan si ce n'est au repos, et les images de combat sont toutes prises en plan américain, permettant au spectateur de voir les affrontements de lame mais pas le réel duel. Un procédé qui montre ses limites dans un plan somptueux et très drôle, alors que le plan se concentre sur Kenjiro, à un des moments du combat : celui-ci pare à tout va ce qu'on voit être une lame, une lame qui, au lieu d'être le grand sabre de Collins, apparaît munie d'un pompon rouge, exactement le même que celui qui ornait l'épée du précédent adversaire de Kenjiro, comme de par hasard. Le réalisateur aurait-il tourné ses combats sous plusieurs angles pour pouvoir en récupérer les images ?

   En somme, si American Samouraï n'est pas un nanar de haute volée, étant parfois trop "bon" notamment dans certains combats, il est toutefois suffisament raté pour en devenir risible et plaisant.
Par big-cow - Publié dans : Nanars
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Lundi 31 mars 2008
J'ai toujours rêvé d'être un gangster
Un film de Samuel Benchetrit

   M'étant beaucoup amusé, juste avant Soyez sympas rembobinez, en voyant la bande-annonce de ce film français aux petits moyens mais au casting assez impressionnant, c'est avec beaucoup d'engouement que j'y suis allé samedi dernier.

   J'ai toujours rêvé d'être un gangster est un film à sketches, en noir et blanc, séparé en quatre parties et un épilogue en lien avec la première partie, justement. Chacun des quatre sketches tourne autour du domaine du gangstérisme, et de la même cafétéria, situé si ma mémoire est bonne sur la Nationale 17 : un gangster assez raté tente un braquage avec un collant et un manteau, deux hommes dans le besoin kidnappe une adolescente gothique et suicidaire, deux chanteurs se retrouvent en pleine nuit dans une cafétéria, cinq anciens truands se retrouvent à leur ancienne planque (en quelque sorte).

   J'ai toujours rêvé d'être un gangster souffre du défaut inhérent à toute production se voulant être à sketches : l'inégalité des passages quant à l'ensemble de l'oeuvre. Ainsi certaines histoires se révèleront forcément être mieux (ou moins bien selon l'angle sous lequel on regarde la chose) que d'autres. De mon point de vue personnel, j'ai une grosse préférence pour le délire qu'est la seconde d'entre elles, avec le kidnapping de la suicidaire, alors que la première m'a laissé quelque peu de marbre - les troisième et quatrième saynètes sont assez sympathiques et légèrement déjantées.

   D'un point de vue global, J'ai toujours rêvé d'être un gangster est un film très agréable à voir, assez délirant et assez absurde dans son humour, ne lésinant pas sur les références cinématographiques (jusqu'au plan final) et rendant un bel hommage à l'ensemble de tout ce qui pourrait être considéré comme "vieux films", du cinéma de l'avant-garde (dont la bande-annonce possède l'esprit) comme aux vieux classiques du muet, les Charlot en premier lieu. De nombreuses références également aux films de gangster, comme Les affranchis de Scorsese, viennent percuter l'esprit du spectateur. L'humour est omniprésent, conservant du début à la fin la même veine quelque peu absurde et espiègle, sans forcément tomber dans un gros délire déjanté mais avec un ton assez léger, assez subtil et délicat. Pas de gros comique de foire, pas de pleurs, mais néaumoins quelques jolis fous rires qui viennent ponctuer le film, comme dans le superbe monologue de la serveuse sur les vieux que ses parents hébergaient, où dans les tentatives de suicide de la jeune fille kidnappée.

   Un certain charme naît des imperfections du film, de sa mise en scène, de son image, et de sa bande-sonore. La mise en scène est agréable à voir, comportant pas mal de bonnes idées, s'amusant elle aussi avec les références, se faisant assez sympathique. Si le noir et blanc est parfois (volontairement) imparfait, de même que le son qui se montre de temps en temps agressif pour les oreilles, il ne s'agit là que de plus de charme et de sympathie pour le film, lui conférant une ambiance plus délicate encore. Que rajouter de plus ? Les personnages et les dialogues qui, également très sympathiques, imparfaits mais truculents, sont d'autant d'atouts supplémentaires pour le film de Benchetrit.

   En somme, si J'ai toujours rêvé d'être un gangster est loin d'être un film parfait et souffre notamment du fait que ses saynètes sont inégales, il en reste néaumoins très agréable à voir, et vaut d'ailleurs le coup d'oeil.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 30 mars 2008
Cujo de Stephen King

   Un Stephen King de plus, parmi les nombreux qui trônent sur ma table de nuit.

   Brett Camber a un chien, un gros saint-bernard, terriblement affectueux, nommé Cujo. Le genre de chien qui adore les enfants, et joue souvent avec. Un bon gros saint-bernard d'une centaine de kilogrammes, de cinq ans, au sommet de sa forme. Jusqu'au 16 juin 1980 où Cujo, en pourchassant un lapin dans un terrier, est mordu par une chauve-souris atteinte du virus de la rage.

   Pour avoir lu quelques romans de Stephen King, j'ai pu découvrir que celui qui est couramment désigné comme le maître de l'épouvante était capable de faire de bons (Ecriture), si ce n'est de très bons romans (Misery, Carrie), tout comme il pouvait réaliser d'incroyables bouses (Le pistolero,
Simetierre, Peur bleue). Où se place Cujo, un des romans que King a mis le plus de temps à écrire (trois ans et demi), et dont la réputation n'est pas des plus grandes ?

   Et bien, je suis heureux de pouvoir le hisser au niveau des déjà géniaux Carrie et Misery : Cujo est une vraie réussite, prenant d'un bout à l'autre, dès premières pages aux dernières, et de surcroît très travaillé. L'angoisse s'immisce rapidement chez le lecteur, sans pour autant qu'il ne se passe quelque chose, et la tension dure longtemps jusqu'à ce que les premières manifestations de violence de Cujo ne se déroulent : King réussit là où il avait complètement échoué dans
Simetierre, en faisant angoisser le lecteur en reculant systématiquement le moment de l'échéance.

   Et quand celle-ci arrive, il fait encore une fois preuve de talent, et d'un grand talent : l'angoisse se poursuit pour un suspense très essentiellement psychologique, très efficace, et on ne voit pas les pages s'écouler, malgré la longueur du roman. Si King a eu du mal à le rédiger, comme le prouve les trois années (et même plus) qui se sont écoulées entre son début et sa fin, l'enjeu en valait la peine. Cujo est d'autant plus une réussite qu'il ne s'y passe à vrai dire vraiment pas grand chose et que l'angoisse du lecteur ne naît pas de l'intrigue mais de l'ambiance et du style seuls de l'auteur, comme quoi King y fait vraiment preuve de son talent. Autre grande qualité de Cujo : son réalisme. Je ne veux pas dire par là que l'histoire peut réellement se passer dans la réalité, ce dont je doute tout de même un peu. Mais King fait le choix, tout comme Misery, de ne pas employer d'effets fantastiques, ou très peu, et autant d'effets qui peuvent passer pour les fruits de la psychologie défaillante des personnages et non pas pour de réelles manifestations d'irréalité. Là encore, le choix se révèle être judicieux, car le lecteur s'identifie beaucoup plus facilement aux personnages, et tremble plus encore.

   Enfin, Cujo possède une dernière grande qualité, cette fois-ci plus inhérente à la totalité des oeuvres de King, mais là encore très réussie : sa peinture de la société américaine, de ces Etats-Unis dont on ne fait pas mention, de ces familles miséreuses, sans grande culture, violentes. L'environnement tissé par King est frappant de réalisme, l'ambiance violente et glauque, le tout s'avérant très réussi.

   En somme, Cujo s'avère être un très bon Stephen King, où l'auteur tire le plein profit de son talent pour faire ce qu'il sait faire de meilleur : de l'angoisse sans fantastique, accompagné d'une superbe peinture de la société. A lire, et très bon roman pour découvrir l'auteur.

   Du même auteur :
Simetierre, Peur bleue
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Dimanche 30 mars 2008
Comment voyager avec un saumon de Umberto Eco

   Suite à la lecture de Pastiches et postiches du même auteur, que m'a sympathiquement prêté la mère de Scorsesejunior54, c'est avec beaucoup de plaisir que je me suis lancé dans ces "Nouveaux pastiches et postiches" pour reprendre le sous-titre du recueil de Eco. Et je n'ai pas été déçu.

   Comment voyager avec un saumon se divise en quatre grandes parties inégales, chacune correspondant à un type de pastiches. Dans la première, Galons et Galaxies, Eco se lance dans une fausse correspondance épistolaire et interstellaire, jouant sur les différents membres d'un grand empire imaginaire et futuriste. Modes d'emploi, la plus grosse partie du livre, forme une série de chroniques que Eco avait tenu. La troisième partie, Fragments de la Cacopédie, forme les extraits de cette Cacopédie (soit de cette fausse encyclopédie très très sérieuse) que Eco et d'autres auteurs italiens avaient tenté de créer ; à noter que le premier texte de ces Fragments de Cacopédie était déjà inclus dans Pastiches et Postiches (le texte sur la possibilité de créer la carte 1:1 d'un territoire). Enfin, la quatrième partie, Alexandrie (Piémon), s'affirme à part, l'auteur y parlant de la ville de son enfance dans un ton assez différent du reste du recueil.

   On retrouve avec beaucoup de plaisir l'humour joyeusement absurde et décalé de Eco, en particulier dans Galons et Galaxie et surtout dans les Fragments de la Cacopédie, grandes réjouissances complètement délirantes et toujours très sérieuses. Si Galons et Galaxie tombe parfois dans la facilité et dans le lassant, ce n'est pas le cas de la Cacopédie qui est la partie la plus réussie et la plus travaillée.

   Modes d'emploi forme une partie assez inégale : faisant la plus grande partie du livre, ses textes sont en quelque sorte des éditos que Eco publiait régulièrement, éditos écrits, comme il l'explique dans sa préface, sous le coup de l'indignation ; ainsi la plupart de ces textes s'avèrent-ils engagés, et perdent parfois en humour quand ils se font sérieux. Néaumoins, l'ensemble en reste très agréable à lire, d'autant plus que même si le style Eco contient nombre de références parfois inaccessibles au profane, il n'en reste pas moins très fluide et très sympathique. Et l'indignation de l'auteur ne l'empêche pas de surcroît de se montrer par moments particulièrement drôle.

   Reste la partie nommée Alexandrie (Piémont), qui vient clôre le livre et s'inscrit comme complètement à part au vu de l'humour globale de l'ensemble. Car l'unique texte, séparé en plusieurs parties, qu'est Alexandrie (Piémont), n'est pas un texte humoristique au même sens que les autres, ne partant jamais dans l'absurde, mais se voulant plutôt nostalgique, et amusant par le portrait que Eco dresse de lui-même enfant, dans le sens où l'on est amusé de découvrir qui fut l'auteur et dans quels lieux il vécut son enfance. Le parfum de mélancolie qui flotte sur ce texte assez doux n'est pas sans évoquer les bandes-dessinées de Neil Gaiman et Dave McKean,
Violent Cases et La comédie tragique ou la tragédie comique de Mr. Punch, qui, en possédant plus d'humour, créent une atmosphère quelque peu semblable. C'est dans ce texte que le talent d'Eco en tant que conteur se dévoile, et non plus en tant qu'auteur de textes humoristiques : un talent qui lui réussit tout autant que celui de créateurs de pastiches, même si l'on peut se sentir quelque peu déçu de ne pas retrouver dans ce texte l'humour décalé qui vit dans les autres pages du livre.

   En somme, Comment voyager avec un saumon, s'il n'est pas aussi drôle que Pastiches et postiches, reste très agréable à lire, joyeusement décalé, même si tous les textes ne portent pas la même force ni la même finalité comme dans le cas de la dernière partie. A lire.
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Samedi 29 mars 2008
Supersize Me
Un film de Morgan Spurlock

   Merci à Elodie pour le film.

   Etant donné qu'il s'agit d'un documentaire et que le résumé qui se trouve sur Allociné est pas mal fait, je le reprends.

   "Le fast-food est partout. 37 % des enfants et des adolescents américains ont un problème de poids. Deux adultes sur trois sont atteints de surcharge pondérale ou d'obésité. Comment l'Amérique est-elle devenue aussi grosse ? Pour mener son enquête, Morgan Spurlock a traversé les Etats-Unis et interrogé des spécialistes dans plus de vingt villes. Un ancien ministre de la santé, des profs de gym, des cuisiniers de cantines scolaires, des publicitaires, des avocats et des législateurs lui confient le résultat de leurs recherches, leurs sentiments, leurs craintes et leurs doutes. Mais le fil rouge de ce documentaire est une expérience que Morgan Spurlock décide de mener sur lui-même. Sous la surveillance attentive de trois médecins, le voilà donc au régime MacMuffin, Big Mac, Royal Cheese, frites et coca."

   Supersize Me avait pas mal fait parler de lui à sa sortie : pamphlet surfant sur l'influence Michael Moore (lequel s'attaque aux institutions politiques des Etats-Unis), il permet à Spurlock de s'attaquer au monde du fast-food et en particulier à la fime McDo (même si au définitif son message est plus universel et s'en prend à la malbouffe en général). Si les moyens de démontrer le problème sont quelques peu violents (se gaver comme un poulet, pendant un mois, de produits provenant uniquement de la firme McDo, en choisissant de plus le menu SuperSize (1L de Coca et 250 grammes de frites entre autres) à chaque fois qu'on le lui propose), il va tenter de démontrer tout au long de son court-métrage que la fin justifie ici les moyens, de par le danger important que forment les fasts-foods.

   Et à vrai dire, j'ai trouvé Supersize Me assez difficile à voir, eu égard au traitement que s'inflige justement Spurlock. Au vu des quantités de hamburgers, de nuggets, de frites et de Coca que le réalisateur engloutit, on a du mal à comprendre comment il peut tenir un rythme qui apparaît vite insoutenable, tout en conservant une sorte de bonne humeur assez hallucinante. La comparaison entre les Spurlock d'avant et d'après est assez ahurissante, ce dernier ayant pris près de dix kilogrammes en un mois, alors que ses taux de cholestérol et de glycémie ont explosé, que sa libido a chuté, que son moral est également tombé et qu'il souffrit sur la fin de problèmes cardiaques.

   Supersize Me frappe donc par son message et par la façon, assez insoutenable, il faut le dire, dont il est imposé au spectateur. Si la mise en scène est très loin d'être à la hauteur, et si le film au total se révèle être assez bordélique (mêlant interventions de professionnels et histoire de Spurlock sans grande cohérence) et un peu trop tape-à-l'oeil, il n'en reste pas moins très persuasif et choquant, frappant, imprégnant avec efficacité son message chez le spectateur.

   C'est par contre là le principal problème de cette nouvelle critique de la malbouffe américaine : car si son message est fort et efficace, laissera-t-il des traces ? Il est à craindre que non : à vrai dire, seules des minorités changeront (ou plutôt ont changé) d'avis au sujet de leur consommation de produits McDonald, et si la firme a supprimé de ses menus les portions SuperSize après la sortie du film (en niant le rapport avec lui, la bonne blague), cela reste bien là l'une des seules actions qu'elle aura exercé en faveur du consommateur, n'abandonnant pas pour autant sa politique de malbouffe et de gavage.

   Ainsi, Supersize Me, malgré ses grandes qualités (sa forme originale et la force de son propos) et ses quelques défauts (pas de réelle mise en scène, un ensemble un peu trop tape-à-l'oeil), souffre au définitif du même défaut que la majorité des pamphlets : peu de chances qu'il possède le moindre impact sur la réalité. A voir tout de même.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Vendredi 28 mars 2008
A quoi rêvent les loups de Yasmina Khadra

   Nouveau Yasmina Khadra, après Double blanc que j'avais déjà beaucoup apprécié, mais sans Llob cette fois-ci.

   A quoi rêvent les loups raconte la descente aux Enfers de Nafa Walid, à la fin des années 80, dans l'Algérie très violente de Khadra. Seul membre de sa famille promu à un semblant d'avenir en devenant chauffeur d'une riche famille d'Alger, l'homme tombera petit à petit dans l'intégrisme le plus profond, se radicalisant avec le temps, jusqu'à la chute finale.

   On retrouve avec beaucoup de plaisir le style Khadra, très violent, assez sauvage, qui n'est pas sans évoquer Bordage de ce point de vue. On est très vite plongé dans l'ambiance particulièrement glauque du roman, on s'imagine aisément ces rues et ces villes débordant de violence et de haine, sous la pression exercée par les intégristes religieux. Le roman se fait même particulièrement saisissant dans sa description psychologique de la descente aux Enfers du personnage, pour lequel la religion n'a strictement aucune importance au début du roman, et qui plongera donc dans l'intégrisme le plus violent.

   La peinture de Yasmina Khadra de la société algérienne est particulièrement réussie : si cette société ne m'est que peu familière, elle l'est à l'auteur qui, je le rappelle, est forcé d'officier sous pseudonyme pour écrire ses oeuvres (même si son vrai nom est aujourd'hui connu). Et on est à vrai dire assez angoissé de découvrir ainsi cette société ravagée par la haine et le terrorisme, de même que son personnage principal est ravagé intérieurement, et que ses relations semblent s'effondrer autour de lui alors qu'il progresse dans le roman.

   Pas grand chose à rajouter sur A quoi rêvent les loups : c'est glauque, c'est violent, et c'est très réussi. A lire.

   Du même auteur :
Double blanc
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Vendredi 28 mars 2008
Abarat de Clive Barker
(tome 1 sur 2)

   Abarat est le roman qui m'a fait découvrir Clive Barker, en quelque sorte mon génie du point de vue littérature. S'il s'agit du premier tome d'un projet en contenant quatre, je ne laisserais figurer pour l'instant la mention qu'à un second tome, ses suites n'étant pas encore parues si ce n'est le second épisode, Jours de lumière et nuits de guerre (que je risque également de relire prochainement).

   Abarat raconte l'histoire de Candy Quackenbush, jeune fille vivant à Chickentown, et s'y morfondant, attendant désespérément qu'il s'y déroule quelque chose d'intéressant, là où la ville n'a de particulier que ses formidables élevages de poulets. Un beau jour, s'enfuyant de son école, elle se retrouve dans les champs bordant Chickentown, champs qui, grâce à l'aide d'un dénommé John Canaille, bandit à huit têtes, vont se transformer en mer, permettant à Candy de s'enfuir vers le mystérieux monde de l'Abarat, un archipel formé de vingt-cinq îles, chacune symbolisant une heure de la journée (ainsi qu'une mystérieuse vingt-cinquième).

   Si j'avais beaucoup apprécié Abarat, étant jeune, je suis quelque peu déçu par cette nouvelle lecture, du point de vue du style en particulier. Tout comme dans
Le voleur d'éternité plusieurs années auparavant, l'incursion de Barker dans le domaine du roman jeunesse se fait au prix du sacrifice d'une partie de ses qualités stylistiques et de la violence habituelle de ses récits. Ici, le style en souffre d'autant plus qu'il ne forme pas l'aspect principal de l'oeuvre et s'en retrouve par là quelque peu lésé, délaissé. Si le niveau reste très honorable pour un roman jeunesse, il en est toutefois quelque peu décevant de la part d'un auteur de la trempe de Barker.

   Heureusement, de la plume du génial créateur des Empires Réconciliés d'
Imajica naissent des mondes tout autant fabuleux, tout autant délirants et superbes. Les vingt-cinq îles, pour certaines encore seulement esquissées dans l'Almanach de Klepp (grosso modo une sorte de description de l'Abarat que le personnage de Candy sera amené plusieurs fois à consulter), pour d'autres explorées jusqu'à leurs moindres recoins, semblent receler mille trésors d'imagination, faisant appel à des décors, des situations, des mythologies et des évènements réellement fabuleux. Le roman est une découverte permanente d'un monde sans pareil, et même si l'univers évoqué n'égale pas celui d'Imajica (tant et tant complexe qu'aucune carte n'en existe), il n'en reste pas moins prodigieux.

   La grande particularité (et qualité) d'Abarat, c'est sa forme graphique : l'ensemble du roman est accompagné des peintures de Barker lui-même (bien au-dessus de celles du
Voleur d'éternité), permettant à l'auteur de dévoiler sa patte graphique assez merveilleuse. L'édition poche, dans laquelle j'ai relu le roman, a le mérite de préserver celles-ci sous une assez bonne qualité, là où des défauts auraient été à craindre (mais il faut croire que le Livre de Poche a fait du bon travail là-dessus). De mes souvenirs, je peux dire que le second tome de la saga, que je relirais bientôt, s'avère plus soigné encore que le premier.

   En somme, si cette replongée dans Abarat n'est pas aussi satisfaisant que dans mes souvenirs à cause notamment du style, le roman de Barker s'avère être très honorable au niveau jeunesse, et s'y additionne un univers et un aspect graphique tout à fait géniaux qui à eux seuls peuvent suffire à lire le roman.

   Dans la même série :
Jours de lumière, nuits de guerre

   Du même auteur : la série du Livre de sang (
Livre de sang, Une course d'enfer, Confessions d'un linceul, Apocalypses), Le royaume des devins, Galilée, Imajica, Coldhearth Canyon, Le voleur d'éternité, Le jeu de la damnation

   Du même auteur, en cinéma :
Hellraiser (oeuvre analysée)

   Du même auteur, en courts et autres :
Salomé et The Forbidden
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Samedi 22 mars 2008
Shining
Un film de Stanley Kubrick
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   Merci à Marie pour le film.

   Shining, célèbre adaptation du roman de Stephen King (que je n'ai pas lu) par Kubrick, raconte l'histoire de Jack Torrance, écrivain en mal d'inspiration, qui accepte de garder pour l'hiver l'hôtel Overlook, perdu dans les montagnes et construit sur un ancien cimetière indien. Isolé par les neiges avec sa femme Wendy et son fils Danny, lequel aura de sombres pressentiments vis-à-vis des évènements à venir, Jack va basculer peu à peu dans la folie et va être victime d'hallucinations de plus en plus inquiétantes.

   On retrouve dans Shining la patte de Orange mécanique et Full Metal Jacket : les grands plans de Kubrick, ces plans qui trouvent plus d'efficacité encore dans les lugubres couloirs et grandes salles vides de cet hôtel perdu au milieu des montagnes, coupé du monde, inaccessible. L'ambiance est glauque à souhait, alors que le réalisateur prend le parti d'utiliser des décors déserts, vides, lacunaires même dans leur sobre décoration, un choix qui participe là encore à renforcer d'une part l'isolement des personnages et d'autre part l'ambiance global du film.

   J'avais entendu dire que King s'était montré particulièrement déçu de cette adaptation de son propre roman au cinéma - n'ayant pas lu le roman original, je signalerais tout de même que si déception il y a eu pour l'auteur, j'ai beaucoup apprécié le film, qui réussit dans son genre en instaurant une ambiance assez angoissante et prenante. Si on atteint pas des sommets de terreur, comme j'en ai pendant un moment caressé l'espoir, le tout s'avère tout de même assez éprouvant pour les nerfs, et efficace en son genre : de par son ambiance tout d'abord, qui prendra de l'ampleur au fur et à mesure de l'histoire, Kubrick instaure un climat quelque peu malsain qui n'est pas sans faire monter la tension chez le spectateur, alors qu'en parallèle la folie montera chez les personnages.

   Jack Nicholson, en écrivain sombrant dans la folie, est tout simplement formidable, terriblement angoissant, le visage déformé par la folie, le sourire terrifiant. Il est à lui seul l'un des fondements du film, de par l'angoisse que sa seule présence créé. L'angoisse est également distillée par l'intrigue qui se révèle bien faite, et joue sur beaucoup de panneaux par le biais d'hallucinations qui ont la grande qualité de ne pas être tape-à-l'oeil mais de se montrer relativement délicates et par là d'autant plus efficaces.

   En somme, si Shining n'est pas vraiment terrifiant, il se révèle être un film particulièrement angoissant, et cela grâce à un rôle principal formidable, une mise en scène formidablement bien faite et une intrigue qui tient très bien la route. A voir.

   Du même réalisateur : Orange mécanique (oeuvre analysée)
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Vendredi 21 mars 2008
Furie
Un film de Brian de Palma
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   Nouveau de Palma, vu hier soir.

   Peter Sandza est un agent du gouvernement, dont le fils Robin possède de curieux pouvoirs mentaux, lui permettant notamment d'user de télékinésie. Un beau jour, Robin est enlevé, et Peter va se lancer à sa recherche. En parallèle, Gillian, une jeune femme, découvre qu'elle possède les mêmes pouvoirs et va devenir le fruit d'une lutte entre Peter et Childress, l'homme qui a enlevé Robin.

   J'ai toujours apprécié les films fantastique et les films d'horreur des années 70/80, et Furie se révèle avoir été réalisé au coeur de cette période. Très proche du Scanners ou du Dead Zone de Cronemberg sur de très nombreux aspects, plus éloigné du premier Halloween de Carpenter ou du premier Hellraiser de Barker, il possède le charme inhérent aux productions fantastico-horrifiques de cette époque, ce grain de l'image et ces effets spéciaux obsolètes et légèrement grotesques qui lui permet de se draper d'une ambiance plus fantastique encore.

   L'histoire de Furie se révèle être particulièrement simple et sans grand intérêt : la fin elle-même se suscite aucun émoi, et se devine longtemps à l'avance. La grande majorité du film est bercée par une partie beaucoup trop orientée action pour plaire réellement, et quelque peu ennuyeuse. C'est là l'une des plus grandes faiblesses du film : son rythme et le fait que sa plus grande partie soit sans intérêt. De plus, les rares tentatives d'incursion d'humour tombent souvent à l'eau, et le style de De Palma ne se développe pas dans son film. Je m'explique : très rares sont les moments où celui-ci va jouer sur ce que les personnages et les spectateurs voient, entendent, perçoivent, savent, si ce n'est lors d'une course poursuite en automobile pas trop mal foutue mais également sans punch. Là où ses autres films datant d'à peu près les mêmes époques (Blow Out, Obsession, Body Double) étaient très poussés de ce point de vue, Furie s'avère être assez terne et décevant.

   C'est donc pour son charme et son ambiance que j'ai apprécié Furie : comme je l'ai rapidement dit précédemment, ses effets spéciaux dorénavant désuets lui confère le charme des vieux films fantastiques, ceux-ci prenant des proportions irréalistes de par les années qui leur ont fait perdre leur qualité. C'est d'autant plus de qualité ajoutée à l'ambiance fantastique et légèrement surréaliste du film, car on apprécie d'autant plus le charme agréablement vieilli de l'ensemble. C'était également l'époque où le cinéma s'embarassait moins des conventions liées à la violence : si le cinéma d'horreur d'aujourd'hui, prétendument gore (Saw II en est d'ailleurs le meilleur exemple), se censure par sa mise en scène qui rend illisible tout passage atroce, l'époque était celle où l'on pouvait se permettre de montrer des actes assez atroces (un bel exemple : Hellraiser et ses tortures sado-masochistes). Furie n'est pas le meilleur exemple pour présenter cet aspect des choses, mais il conserve un petit côté trash pas désagréable, notamment lors des scènes de meurtre par télékinésie, à nouveau desservies par des effets spéciaux assez vieux qui rajoutent au sordide de la chose.

   En somme, si Furie, d'un point de vue objectif, est loin d'être un bon film, et encore plus loin d'être un bon De Palma qui nous avait habitué à beaucoup mieux, son âge lui confère un charme qui fera le plaisir de tout amateur des films fantastico-horrifiques des seventies/eighties, tel que moi.

   Du même réalisateur :
Pulsions, Mission to Mars, Obsession, Body Double, Blow Out, Redacted
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 20 mars 2008
Pour cause de voyage en Italie, j'annonce que le blog sera mis en stand-by pour une semaine environ. Il est possible toutefois que quelques articles sortent les prochains jours, si je parvient à manipuler le calendrier. Sur ce, bonne semaine !
Par big-cow - Publié dans : Divers
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