Dimanche 17 février 2008
En plein vol de Jan Burke
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   Nouvel auteur découvert à la suite de mon cycle polar.

   Sur le voilier l'Amanda, un homme mystérieux, surnommé le Mateur, assassine Trent Randolph et sa fille Mandy, avant de blesser gravement son fils Seth. Celui-ci sera soigné à l'hôpital, jusqu'à ce qu'il soit lui-même assassiné avec un oreiller, ainsi que l'inspecteur Lefevbre, en charge de l'enquête, qui périra dans un accident d'avion. Dix ans plus tard, l'avion en question est retrouvé : l'inspecteur Franck Harriman va reprendre les deux enquêtes, et c'est un vrai sac de vipères qu'il va renverser en cherchant à comprendre ce qui s'est passé.

   Je connaissais Jan Burke de nom, l'ayant déjà aperçu sur la couverture de la série des Irène Kelly, le personnage que l'auteur réutilise dans ses polars. Ici, Harriman se retrouve être le mari de Kelly qui apparaît alors comme un personnage secondaire à l'histoire, et néaumoins bien présent.

   En plein vol est un très bon polar : on retrouve les Etats-Unis style Connelly, très noires, décadentes, violentes, jonchées de morts. Le style de Burke est très très bon, prenant, très agréable à lire, finement mesuré, et assez frappant. Toutefois, ce style ne saurait avoir la force qu'il possède sans celle de ses personnages, et notamment celle de son Mateur, dont on suit le parcours sans toutefois en connaître l'identité (et là, on a plus tendance à penser à Henning Mankell) : celui-ci se révèle être tout simplement très angoissant, archétype du maniaque, dérangé et perfectionniste à l'extrême, répugnant à la compagnie des autres êtres vivants, et qu'on devine particulièrement redoutable.

   L'intrigue sait tenir son lecteur en haleine du début à la fin, avec des dernières révélations assez prenantes : à noter que les 100 premières pages du roman forment l'unique parcours de Lefevbre, ainsi que le meurtre de la famille Randolph, mais bien que faisant office d'introduction, elles nous permettent de plonger efficacement dans le roman et de vite nous ennivrer de l'aventure de Harriman.

   Pas grand chose d'autre à rajouter : En plein vol se révèle être un très bon polar, prenant d'un bout à l'autre, très efficace dans son style et ses personnages. A lire.
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Dimanche 17 février 2008
   Nouvelle inauguration : celle de la catégorie "Mots et idées volatiles". Je ne pense pas y publier souvent, de la même manière que pour "Courts et autres". Dans cette nouvelle catégorie, je partagerais mes idées sur le monde tel que je le vois, avec des photos, des affiches ou des références que j'apprécie, à chaque fois autour de mots ou d'expressions (le premier créé devant par exemple s'intituler Beauté/Féminité). Une liste référencera les principaux thèmes développés.
Par big-cow - Publié dans : Divers
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Samedi 16 février 2008
Les croisés
Par l'Agora Théâtre
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   Vu vendredi soir au Théâtre Gérard Philipe.

   Les croisés traite de la guerre et de la religion, avec un bon paquet d'humour. Le spectacle prend pied dans un hôpital de campagne perdu au beau milieu des Ardennes belges, là où les affrontements de la première guerre mondiale furent parmi les plus virulents. C'est "Mama Zara" qui dirige cet hospice Sainte-Jeanne, où sont soignés des hommes souffrant de troubles psychologiques à cause des combats : accompagnée des soeurs Clara et Violetta, elle s'occupe d'Albert (un passionné obsessionnel des chiffres), de Conrad (un homme dont l'hygiène ne saurait rencontrer aucune limite), de Serge (frappé d'une incapacité de décision et d'une timidité maladive), de Daniel (ne pouvant plus agir que très lentement), d'Emile (possédé par un besoin vital et permanent d'affection) et enfin de Myrko (frappé par intermittence de pulsions violentes ou sexuelles incontrôlables). Le temps d'une pièce, le personnel de l'hôpital va nous faire part des thérapies que subissent ces hommes.

   Les croisés se révèle être une oeuvre intemporelle : il traite de la guerre en général, sans chercher forcément de prises dans l'histoire, passant des croisades aux deux guerres mondiales (avec une belle référence à Iwo Jima), les conflits n'étant pas sans faire penser aux actuels conflits étatsuniens, eux-mêmes contre les "païens" pour reprendre les mots d'une Mama Zara assez allumée sur le plan religieux (d'ailleurs, mention spéciale à la grosse croix rouge qui trône au-dessus de la scène). Avec pas mal de subtilité, Les croisés, outre faire la critique de la guerre, fait celle de l'Eglise par le biais de cette nonne particulièrement atroce, mais d'une atrocité subtile : car même si le personnage est interprêté avec beaucoup de drôlerie, ses actes n'en restent pas moins particulièrement cruels ou odieux une fois que l'on y réfléchit. La majeure partie de la pièce est basée sur ce décalage, et c'est ainsi qu'on aura tendance à mieux l'apprécier en y réfléchissant à nouveau, car la réflexion à laquelle elle invite est loin d'être futile ou désuète.

   Du point de vue de sa forme, Les croisés se révèle être agréable, sans toutefois atteindre des sommets de délire. Peut-être m'en avait-on trop parlé comme un délire immense, ou peut-être ai-je encore trop en esprit les déjà formidables Le mystère de la météorite, Trente-deux Dix et Saudade ; toujours est-il que même si la pièce m'a tantôt amusée (dans le comportement de ses personnages, tous formidablement construits et interprétés), tantôt frappée (la scène des portraits de gueules cassées et des élastiques), je n'ai jamais été réellement happée par elle comme j'avais pu l'être de par le passé, alors que pourtant le délire semblait atteindre des sommets pour la majorité des spectateurs (je repense à une amie qui pleurait de rire à certains moments).

   La pièce a la particularité également de nous présenter des morceaux de musique interprétés en direct, tantôt parodiques (comme les chants religieux) tantôt plus sérieux (avec un excellent Starway to Heaven interprété à la guitare électrique par le personnage de Daniel). C'est là une des multiples composantes de sa forme, qui va également mêler au support dramatique l'interaction avec le public par un système de tombola (et le sort a voulu par ailleurs que j'obtienne le billet n°68) ou le film, avec un rêve projeté à même la scène.

   En somme, pièce sympathique sans être exceptionnelle que Les croisés, tout du moins au premier abord, car c'est la réflexion qu'elle apporte qui se révèle être particulièrement intéressante. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Vendredi 15 février 2008
Double blanc de Yasmine Khadra
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   Yasmina Khadra écrit, de ce que j'ai pu lire, sous anonymat "afin d'échapper à la censure" (d'après ma quatrième de couverture).

   Double blanc s'inscrit dans une série de polars dont le commissaire Llob est le personnage récurrent. Dans ce tome, Ben Ouda, un intellectuel idéaliste qu'il avait rencontré au lendemain de l'indépendance d'Algérie (5 juillet 1962 pour la date exacte), l'appelle à l'aide : il aurait découvert des documents importants et compromettants pour certains hommes, documents cachés sur une disquette. Quelques jours plus tard, on retrouve son corps décapité. En cherchant ses meurtriers, Llob et ses deux coéquipiers, Lino et Ewegh, vont voir leur route se jalonner de cadavres.

   Roman très glauque que ce polar de Yasmina Khadra, donc, et dépeignant une Algérie qui, malgré les apparences, n'a jamais su retrouver la grandeur qu'on lui prête. Cette seule phrase, "Alger retourne en Enfer", suffit à se donner une idée du monde dans lequel évoluent les protagonistes, violent et sombre, particulièrement sordide. Le roman est lui-même particulièrement brutal, dans son intrigue tout d'abord (qui possède la simple violence du Faucheux de James Sallis, pour effectuer une comparaison) : les corps s'amoncellent autour de Llob, alors que sa propre vie va se retrouver être mise en danger plus d'une fois.

   Mais cette violence se concentre également au niveau du style, très fort mais également très sombre. Par le choix des mots, des phrases, des structures qui frappent, on ne peut pas dire que Khadra y va avec des gants : c'est puissant, ça ne laisse pas indifférent, c'est efficace et c'est jouissif. Le cynisme dont fait parfois preuve Llob n'est pas sans rappeler celui de Patrick Kenzie dans les romans de Dennis Lehane, Un dernier verre avant la guerre en tête, cynisme assez marqué et seule réaction possible face aux horreurs que traversent les deux personnages au fur et à mesure de leurs parcours respectifs.

   La description d'Alger est saisissante : ville cauchemardesque, tentaculaire, suintant la rage et la violence (j'exagère à peine). Pas difficile de comprendre, au vu du roman, pourquoi Khadra désire échapper à la censure : on ne peut pas dire que Double blanc y va de main morte avec la capitale d'un pays encore en reconstruction, critiquant l'intégrisme, la politique, l'économie du coin. Le roman, malheureusement très court (seulement 200 pages au format poche), conserve toute sa puissance après la lecture, alors que les derniers mots apparaissent comme la touche finale de cynisme apportée à l'ouvrage, formidable jusqu'à sa résolution.

   En somme, polar très noir, mais également très fort, que ce Double blanc de Yasmina Khadra. A lire, en attendant de découvrir d'autres romans du même auteur.

   Du même auteur :
A quoi rêvent les loups
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Jeudi 14 février 2008
Le couperet
Un film de Costa-Gavras
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   Merci à Pierre pour le DVD.

   Bruno Davert est un expert en chimie du papier, embauché dans une entreprise depuis une dizaine d'années, quand celle-ci le licencie pour cause de restructuration-délocalisation. A la recherche d'un emploi depuis trois ans, il décide en désespoir de cause de tuer tous les concurrents potentiels qui pourrait se glisser entre lui et l'emploi qu'il convoite.

   De par son synopsis, Le couperet interpelle : on nous présente déjà quelque chose de relativement provocant, allant à l'encontre des bonnes moeurs et du comportement qui pourrait paraître logique dans une telle situation, et dont parlent plusieurs personnages : descendre les patrons eux-mêmes. Davert, lui, ne le fera pas, car il est méthodique et réfléchi : son objectif est de retrouver du travail, pas de se condamner. C'est donc ce premier aspect qui frappe : un tueur réfléchi et intelligent.

   L'oeuvre toute entière est envahie de cynisme : j'ai de ce côté-là était comblé, moi qui est toujours adoré ça, me délectant alors des nombreuses traces d'humour noir du film : de son intrigue à ses dialogues, de ses situations aux pensées de son personnage principal, Le couperet déborde de cynisme, pour la plus grande joie du spectateur. José Garcia, même si collant à priori peu au rôle (je ne saurais oublier sa lamentable interprétation du Turc dans le Boulet, bon gros navet à éviter), parvient à construire un être juste dans son jeu et fort dans sa personnalité : un homme acculé par la société, au désespoir, et comme je le disait débordant de cynisme face à la vie (on retiendra en particulier la scène de l'entretien d'embauche).

   Le cynisme est malheureusement l'un des seuls détails qui permet au film de sortir de la masse. Quant au reste, si l'on excepte une représentation de la société bien foutue (par le biais de ses produits de consommation et de sa publicité, deux éléments omniprésents dans l'oeuvre), le tout est relativement simple : pas de réelle tension dans l'intrigue, ni de réelle originalité dans les personnages (si l'on excepte le personnage principal justement), mais un ensemble qui se laisse néaumoins suivre, malgré des répétitions qui font traîner le tout en longueur (pas de changement dans le modus operandi de l'assassin, une structure linéaire, une fin facile et prévisible). La mise en scène, à part quand elle met l'accent sur les travers de la société, reste assez sobre, sans grande recherche.

   En somme, film sympathique que Le couperet, qui n'atteint pas des sommets mais néaumoins joyeusement cynique.

   A noter qu'il s'agit d'une adaptation d'un roman de Donald Westlake, sans Dortmunder toutefois.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 13 février 2008
Van Helsing
Un film de Stephen Sommers
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   Merci à Surry pour le film.

   Van Helsing est un chasseur de monstres, embauché par une société secrète du Vatican pour détruire les manifestations monstrueuses de la planète. Retrouvé sur le parvis d'une église du Vatican, sa mémoire a été effacé pour qu'il puisse servir l'ordre. Il est un beau jour envoyé en Transylvanie pour combattre le Comte Dracula, susceptible d'anéantir une famille toute entière et nourissant de sombres projets.

   Je sors plutôt perplexe des deux heures qu'auront duré Van Helsing. Pour une raison bien simple : je me pose des questions quant au réalisateur du film. Ce dernier semble avoir en effet été fait par plusieurs mains, penchant d'un côté comme de l'autre au fur et à mesure des scènes.

   Tout d'abord, il faut savoir que Van Helsing n'a strictement rien de réellement exceptionnel : c'est un blockbuster classique comme on en fait bien trop, respectant à la lettre tous les codes du genre : leçons de morale, héros courageux, copine un peu potiche mais belle et bien moulée, une histoire d'amour joyeusement sirupeuse, des méchants bien méchants et leurs copains bien crétins et dégoulinant de défauts, un second couteau comique et qui parviendra à trouver les solutions utiles (histoire de le rentabiliser un minimum), enfin deux ou trois petites leçons de morales et un scénario tout ce qu'il y a de prévisible et de convenu pour faire passer la pilule. De ce côté-là, le bon gros cinéma américain des spectateurs bas du front ne se renouvellera pas avant longtemps, il faut le craindre.

   D'un autre côté, de la même manière que Chambre 1408, pot-pourri de manifestations surnaturelles, Van Helsing est un bouillon de monstres de mythologie des plus divers, se croisant sans toutefois s'acclimater, ce qui nuit au film car le rendant illogique et brouillon.

   Mais outre cet aspect simpliste de l'histoire et de sa structure, on peut se poser des questions quant à la réalisation. En effet, si la scène d'introduction, mettant en scène vampires et monstre de Frankenstein, et cette seconde séquence représentant le combat entre Van Helsing et Mr. Hyde, m'étaient apparus dans un premier temps comme résolument second degré (mise en scène reprenant tous les clichés du genre, personnages caricaturaux à souhait, dialogues semi-théâtralisés, et j'en passe. Toutefois, au vu du reste du film, qui se prend au sérieux en réutilisant les mêmes grosses ficelles, et en plagiant sans vergogne un peu tous les films possibles (fantastique ou non, comme l'exemple de le Bon, la Brute et le Truand), je me pose de sérieuses questions quand au film et à son réalisateur.

   En effet, si certaines scènes s'annoncent donc résolument second degré, alors que d'autres sont carrément lamentables, certains autres passages méritent le coup d'oeil (je pense au bal de Budapest, certes sans grande originalité mais néaumoins sympathique) alors que l'ensemble se laisse regarder à condition de ne pas y rechercher quelque chose d'original, voire de ne pas y rechercher quelque chose du tout.

   Ainsi, Van Helsing est une grosse production dans ce qu'il y a de plus classique : regardable à condition de ne surtout pas le faire sérieusement, mais sans plus. A noter une instabilité sur le plan de la réalisation.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Mardi 12 février 2008
Un homme est tombé de Tony Hillerman
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   Nouvel auteur découvert à l'issu de ce cycle polar.

   Jim Chee vient de succéder à Joe Leaphorn au poste de lieutenant de la police tribale navajo, en poste à la frontière du Colorado et du Nouveau-Mexique. Il enquête sur des vols de génisse, jusqu'au moment où est retrouvé le corps d'un homme sur Ship Rock, la montagne sacrée navajo. L'expertise conclut à un accident, mais Leaphorn, se souvenant de l'enquête, laisse entendre qu'il s'agirait peut être d'un meurtre.

   Jim Chee et Joe Leaphorn sont, avec Bernadette Manuelito (personnage relativement secondaire de ce tome), des protagonistes récurrents aux oeuvres de Tony Hillerman, que je découvre donc ici.

   La première chose qui frappe, c'est le côté dépaysant du roman : on plonge dans les terres navajos, au coeur des affrontements séculaires entre ces indiens et les utes (une autre tribu), dans un paysage rocheux et désertique, au coeur d'une société où les attitudes et les comportements apparaissent particulièrement différents à ceux décrits dans les autres polars américains qu'il m'ait été donné de lire.

   L'intrigue apparaît comme assez complexe, et trouvera en finalité une résolution quelque peu ironique, qui m'a bien plus. Néaumoins, elle peut parfois perdre le lecteur. Le style est quant à lui sympathique, mais sans parvenir à se faire réellement prenant : son gros problème est la sur-utilisation des indicateurs géographiques qui ne pourront éveiller des détails que chez un natif de la région, suscitant plus la consternation qu'autre chose chez le lecteur lambda.

   Il ne faut pas s'y méprendre : Un homme est tombé reste un roman somme toute très sympathique, mais le style de Hillerman n'est pas des plus agréables à lire.
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Lundi 11 février 2008
Du pain plein les poches
Par le Théâtre de la Presqu'île
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   Vu hier soir au Théâtre Gérard Philipe.

   Du pain plein les poches, libre adaptation du texte éponyme de Matéï Visniec, auteur roumain, par Michel Vivier, raconte l'histoire de trois clochards. Trois clochards qui vivent autour d'un puits au fond duquel se trouve un chien. Pendant l'heure et demie que dure la pièce, ils vont chercher à sauver le chien en question, ou tout du moins à comprendre comment il est arrivé là.

   La pièce de Visniec s'inscrit clairement dans le domaine qu'est le théâtre de l'absurde. Là où Beckett avait écrit En attendant Godot, et là où Ionesco dénonçait la montée du fascisme dans Rhinocéros, le dramaturge roumain critique la Roumanie de Ceausescu, une des nombreuses démocraties populaires de la Guerre Froide, dictatures en vérité. Y sont décrits avec habileté et légèreté le malaise de la population, la propagande, la manipulation des masses, les problèmes économiques que traversent le pays. Je n'ai pas lu le texte original, mais je sais qu'il était à la base prévu pour deux protagonistes, comme quoi des changements importants ont eu lieu dans sa réécriture, en accord et en collaboration avec l'auteur lui-même.

   A noter que le spectacle est une création, et comporte alors quelques petites imperfections susceptibles d'être corrigées avec le temps.

   On est tout d'abord surpris par le décor, très étrange, sorte d'assemblage de gros tuyaux d'où émergent pêle-mêle fumées, fleurs, sons et personnages. Ce décor colle déjà avec l'absurde d'une pièce qui n'a pas commencée. De ce côté, le spectateur n'est pas à plaindre : Du pain plein les poches atteint des sommets de décalage assez hauts, partant dans de formidables délires : la télévision obsédante qui émet des bulles, la fleur qui s'enterre dans le sol, la rencontre (formidable) entre Visniec et un de ses personnages, etc.

   L'humour est, comme on l'aura senti, omniprésent. Dans les situations, donc, mais également dans les dialogues, qui font beaucoup penser à ceux de En attendant Godot de Beckett. Les débats autour de la question du chien sont complètement délirants, la discussion entre Visniec et un de ses personnages est tout bonnement hilarante, et j'en passe et des meilleures.

   Du pain plein les poches contient néaumoins quelques imperfections : des bruitages pas franchement utiles et souvent lourds, des comédiens pas encore complètement à l'aise avec le texte (ce qui n'est à vrai dire qu'une question de quelques représentations, et donc un défaut négligeable), un délire manquant de constance. Mais ces quelques défauts n'entachent pas le résultat final, particulièrement plaisant et distrayant. A découvrir.
Par big-cow - Publié dans : Théâtre
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Dimanche 10 février 2008

300

300
Un film de Zack Snyder
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   Merci à Tchico pour le film.

   300 prend pied dans la Grèce antique. Face à l'imminente invasion perse, le roi Léonidas cherche à réunir une armée pour lutter contre l'ennemi, mais se heurte aux rites religieux spartiates, qui empêche de partir à la guerre alors qu'une célébration importante approche. Voulant repousser l'envahisseur, et avide de batailles, Léonidas emmène avec lui une poignée d'hommes, les 300 meilleurs guerriers spartiates, pour défendre la cité.

   300 est une déception par rapport à mes attentes, il faut le dire. En vérité, j'en avais entendu parler d'une part comme d'un chef-d'oeuvre, d'autre part comme un film particulièrement lamentable : il m'est au définitif impossible de trancher entre les deux, même si mon bilan sera bien plus négatif que positif. Outre la vérité historique du film, qui à vrai dire n'est que secondaire étant donné l'aspect quelque peu "mythologie antique" de l'histoire, 300 a beaucoup de défauts.

   Je ne suis pas familier du 300 de Miller, le roman graphique originel qui a donné naissance au film (ce qui ne m'empêche pas par ailleurs de conseiller vivement les autres créations de Miller qu'il me fut donné de voir, Sin City et l'un des Dark Knight, le Batman vieillissant qu'il décrit si bien). Aussi me suis-je lancé dans 300 sans réel préavis, si ce n'est les critiques très diverses déjà entendues. Ainsi, la première chose qui frappe, c'est l'ésthétique du film : soignée, très soignée même, jouant beaucoup sur les corps (ce que je reprocherais dans quelques paragraphes) et sur les effets de lumière, sur les décors et sur les couleurs. Toutefois, aussi soignée soit-elle, l'esthétique se fait lourde, très lourde même, au fur et à mesure que l'on progresse. Car 300 est trop soigné, trop beau, trop axé sur l'aspect pur et lisse des personnages, et il pousse à l'écoeurement, la lassitude : aucune réelle folie artistique là-dedans, Snyder se contente de présenter un ensemble simple et sans erreurs, et qui paradoxalement en devient scolaire, formaté, sans force.

   Les personnages, parlons-en ! Au second degré, la représentation des spartiates distrait : des montagnes de muscles, testostéronés, sans guère de complexes de ce côté, beuglant des cris de guerre à tout va et découpant les ennemis dans la joie et la bonne humeur, comme un boucher découperait son cochon. D'ailleurs, ces corps saillant de muscles à l'extrême m'ont suggéré que pendant un instant que j'avais affaire à un film gay masqué en péplum. Impression démentie si on prend le film au premier degré : d'aucuns l'auront suggéré, et je me range ici à leur côté car j'ai personnellement ressenti la même chose : 300 a quelques relents de fascisme, dans son exaltation de la force armée, la suppression des faibles qui y est effectuée (massacres des enfants chétifs, et comme par hasard le Judas sera un homme handicapé), de l'homme parfait et puissant, tel l'hommes guerrier et musclé aperçu dans l'art italien, du temps de Mussolini. En face de ça, et car 300 est également manichéen à souhait, les perses : typés noirs ou arabes, sauvages et fourbes, voire carrément masqués, transportant avec eux des monstres (tel l'espèce d'homme enchaîné qui tente de tuer Léonidas, accompagné par la cohorte d'Immortels ; ou des animaux tels des rhinocéros et des éléphants), ils sont représentés comme les hideux ennemis des spartiates, avec à leur tête un Xerxès plus qu'efféminé.

   Autre élement grand-guignnolesque de 300 : ses dialogues, qui se prennent énormément au sérieux alors qu'ils confinent à des sommets de ridicule. Pour s'en rendre compte, il faut voir ces héros spartiates débiter leurs inepties pseudo-viriles sur un ton badin, se défiant de la mort et de leurs ennemis dans un amas de clichés des plus honteux et des plus répugnants. Je me suis personnellement retenu plusieurs fois de rire devant le ridicule de certaines situations.

   Les batailles, desservies par une mise en scène particulièrement lourde (avec une overdose de bullet-time sans grande originalité), peuvent être appréciés avec un esprit éteint, ou une bonne dose de second degré, tant elles se révèlent simplistes. A noter que malgré ce qu'on aura pu entendre dire, on est loin d'arriver à un ensemble réllement violent : au maximum un bras ou deux tranchés, parfois une tête avec une petite giclée de sang, les rares effets qui puissent être considérés comme gores étant massacrés à nouveau par d'odieux ralentis.

   Autre grosse bête noire de 300 : sa musique, lourde et d'un choix stupide. Il faut dire que ce n'est pas très judicieux de mêler les péripéties épiques de spartiates avec un sous hard-rock nauséabond, sans rythme ni puissance. Enfin, pour clore avec le désastre, ajoutons quelques longueurs, jolie performance dans un film de guerre de moins de deux heures.

   En somme, 300 est un film raté, il faut le dire. A voir entre potes, avec beaucoup de second degré, ou beaucoup d'alcool dans le sang, pour en profiter réellement.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Vendredi 8 février 2008
Rome, ville ouverte
Un film de Roberto Rossellini
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   Vieux, vieux film de 1945, qui m'attirait depuis longtemps déjà.

   Etant paresseux aujourd'hui, je me contente de recopier le résumé présent sur Allociné, pas trop mal fichu et qui présente bien le film. "Rome, hiver 1944. Un ingénieur communiste, Giorgio Manfredi, tente d'échapper aux Allemands qui occupent la ville. Il se refugie chez un ami dont la fiancée, Pina, le met en contact avec le curé de la paroisse Don Pietro. Mais la maîtresse de Manfredi va tous les denoncer aux Allemands."

   Rome, ville ouverte, est une sorte de grande tragédie comme je les aime, un peu comme une épopée déchirante et, bien que placée dans le contexte de la seconde guerre mondiale, intemporelle. J'ai un peu de mal à en parler, de par l'âge du film, car il m'est toujours difficile de parler de films que je considère comme "classiques" de par leur place dans l'histoire du cinéma et de par leur âge, qui prête par définition à une certaine indulgence (étant donné que la qualité visuelle et sonore de l'ensemble s'est dénaturée avec les années, comme il se doit).

   Historiquement, l'histoire est d'autant plus ironique que Rome sera libéré par les armées Alliées moins de six mois après les évènements, le 4 juin 1944 : elle raconte la mort de plusieurs résistants face à l'occupant nazi, les principaux protagonistes de l'histoire étant inoxerablement arrêtés, puis torturés ou froidement exécutés. Il s'agit d'un film très sombre dans son intrigue, assez désespéré, mais également très fort, de par la présence de ses acteurs et la caméra sobre de Rossellini, qui montre sans trop montrer : on voit Pina mourir, mais on ne voit pas son assassin ; on voit Manfredi se faire torturer, mais on ne voit pas les tortures, etc. Un certain jeu sur les hors-champs se déroule ainsi.

   Rome, ville ouverte est une histoire également forte par son humanisme : on retiendra longtemps les scènes poignantes, dignes des plus grandes tragédies, de la mort de Pina, déjà citée ci-dessus, ou encore de l'exécution qui clot le film, de la mort de Manfredi, de la réaction de Marina face à cette mort. Le film se fait poignant, puissant, touchant également. Même si Rome, ville ouverte n'est pas exempt de défauts (un démarrage que j'ai trouvé un peu difficile, en particulier), il n'en pas moins très fort.

   En somme, un film poignant, fort, beau également dans la tragédie qu'il représente, malgré quelques premières minutes qui sont pour moi passées difficilement. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 7 février 2008
Mystic River de Dennis Lehane
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   Après Shutter Island et la série Kenzie/Genarro, voici un nouveau Lehane, qui fut par ailleurs adapté au cinéma par Clint Eastwood.

   Mystic River démarre dans la banlieue de Boston, en 1975, entre les quartiers ouvriers des Flats et du Point. Jimmy, Sean et Dave sont trois amis d'environ onze ans, jusqu'au jour où Dave est enlevé par deux faux policiers en voiture. Il s'évadera quatre jours plus tard, mais les blessures resteront en lui à jamais ouvertes. Quelques 25 ans plus tard, Sean est devenu inspecteur de police, Jimmy, après avoir été à la tête d'un gang, tient un magasin d'alimentation, et Dave est une ancienne star de base-ball tombée dans la déchéance. La fille de Jimmy, Kathie, est retrouvée sauvagement assassinée : le drame remettra le passé au jour et réunira les trois anciens amis.

   Il faut noter, avant de lire cette critique, que je n'ai pas vu le film de Clint Eastwood avant de lire le roman originel. Aussi ai-je eu la surprise complète de l'intrigue, et de son dénouement, ce qui en soit n'est pas réellement un plus car contrairement à la série Kenzie/Genarro, Mystic River ne se base pas sur son histoire. Il est en ce sens plus proche de Shutter Island, de par l'importance de son ambiance, mais est également énormément basé sur la psychologie de ces personnages, plus même que sur tout le reste. Car ces trois antihéros qui évoluent dans le Boston des années 2000 sont torturés, soumis à rude épreuve par les aventures qu'ils traversent : Jimmy, ivre de tristesse et de vengeance envers un assassin qu'il rêve de détruire ; Sean, abandonné par sa femme, au bord de l'épuisement, inapte à gérer la situation qui lui tombe sur les bras ; et surtout Dave, harcelé par son enlèvement qui malgré les années ne lui ai jamais sorti de l'esprit, le poussant petit à petit vers la folie la plus atroce.

   Ainsi, la recherche psychologique de Mystic River est-elle très forte et très avancée. L'histoire, comme je l'ai dit, n'est pas le principal intérêt de l'oeuvre, loin de là, mais bon, toujours est-il qu'on conserve une certaine part de suspense jusqu'au bout (même si les dernières révélations ne sont pas particulièrement surprenantes). Du niveau du style, Mystic River contient peu d'humour noir, plus proche de Ténèbres, prenez-moi la main que des autres oeuvres de Lehane.

   Le roman en lui-même est d'une force impressionnante : on ne le lâche pas du début à la fin, aussi long soit-il. La puissance qui s'en dégage est sans pareille, les scènes de tension impressionnantes (en particulier le dénouement final), et j'en passe.

   En somme, Mystic River est une nouvelle réussite à inscrire au palmarès de Lehane, et ce sur tous les plans.

   Du même auteur : Un dernier verre avant la guerre, Ténèbres, prenez-moi la main, Sacré, Gone, Baby, Gone, Prières avant la pluie
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Mercredi 6 février 2008
Les associés
Un film de Ridley Scott
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   Merci à Manu pour le film.

   Roy Waller (névrosé, agoraphobe, hypocondriaque et autres) et Franck sont tous les deux associés et escrocs à la petite semaine, montant des arnaques basées sur de fausses ventes, jusqu'au jour où ils flairent enfin le bon coût : un coût à 80 000 dollars. Or, au même moment, Roy découvre qu'il a une fille d'environ 14 ans, Angela.

   Petit Ridley Scott de 2003, Les associés s'avère être plaisant, sans toutefois confiner à l'exceptionnel, loin de là. On pourrait s'attendre au pire comme au meilleur, avec Nicolas Cage et Ridley Scott, tous deux capables du meilleur (comme Lord of war pour l'un, American Gangster pour l'autre) comme du pire (Gosthrider, La chute du faucon noir). On s'en tire avec un ensemble correct, sage et simple mais efficace dans la mesure où Les associés forme un divertissement amusant.

   La simplicité de l'histoire et des situations reste la grosse faiblesse du film : sans réel suspense, sans surprise, sans rebondissements réellement efficaces (seule la fin surprend quelque peu, mais cela reste relatif), on ne peut pas dire que l'intrigue soit très soignée. Il en va de même pour les situations, donc, simples et convenues. Le réel amusement du spectateur viendra plutôt du personnage névrosé de Roy Waller, dévoré par les tics, les manies et les crises de panique, au point le plus total. Les autres personnages, trop empreints de stéréotypes à mon goût, font taches au film complet, gâchant le plaisir du spectateur.

   Malgré ces quelques problèmes, on parvient à s'amuser durant le long-métrage de Scott. Pas follement, mais néaumoins, on ne s'ennuie pas, ou tout du moins on en a pas le temps.

   La mise en scène est scolaire, mais se permet, de temps en temps, quelques libertés des plus diverses, présentant quelques effets amusants, notamment une fois de plus durant les crises de névrose de Roy Waller. Néaumoins, on en reste à quelque chose de relativement basique.

   En somme, rien d'exceptionnel dans Les associés, mais le film n'en reste pas moins distrayant et occupant.

   Du même réalisateur : Thelma et Louise, American Gangster
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Mardi 5 février 2008
Le jeu de la damnation de Clive Barker
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   Dernier Barker encore trouvable en libraire et non lu - après ça, plus qu'à attendre des nouvelles du maître.

   Le jeu de la damnation prend pied dans un Varsovie en flammes, celui qui, abandonné au crépuscule du troisième Reich par les armées nazies, est aux mains des soldats russes. Dans les ruines laissées par la guerre, un homme, appelé le voleur, erre, jusqu'à ce qu'il rencontre un mystérieux joueur de cartes, réputé pour gagner tout le temps : un dénommé Mamoulian. Entre eux, la partie s'engage. Quelques quarante ans après, Martin Strauss est libéré de prison, et embauché en tant que garde du corps par Whitehead, un selfmademan à la fin de sa vie, terrifié par un mystérieux danger.

   Le jeu de la damnation est, si l'on excepte le Livre de sang et ses cinq suites, le second ouvrage de Clive Barker, après le sympathique mais assez maladroit Cabal. Ici, on retrouve le domaine de l'horreur cher à l'auteur, pour un contenu pas réellement effrayant mais néaumoins par moments singulièrement opressant.

   A cette époque, le style de Barker est encore loin de sa maturité : on est loin de l'habile alchimie entre horreur et poésie qui feront la force des oeuvres suivantes. Néaumoins, certains passages se font efficaces, non sans charme, avec un côté assez trash parfois, en particulier avec un final assez violent et sanglant. Du point de vue de l'intrigue, même si celle-ci possède une structure relativement linéaire, elle surprend tout particulièrement sur sa fin, avec une conclusion que je n'aurais absolument pas imaginé se dérouler de telle manière (même si le bilan global reste facile à deviner).

   Dans ce roman, l'essentiel du travail de Barker va par contre se faire autour des personnages, les principaux protagonistes de l'histoire (au nombre relativement réduit) étant fouillés au maximum, et faisant preuve d'énormément d'originalité dans leur construction. Ainsi, les deux personnages principaux, le couple formé par Marty et Carys, font plus office d'antihéros qu'autre chose, du moins dans la première partie du récit. Ainsi Marty se révèle-t-il être repris de justice, joueur, ancien voleur lui-même, attiré par l'argent, alors que Carys est droguée jusqu'aux yeux. A l'inverse, leurs adversaires, en la présence de Mamoulian et d'Anthony Breer, donnent presque peine à voir, à nouveau au début du roman : acculés par le destin, proches de la mort, profondément malheureux (la première incursion de Breer dans l'histoire est d'ailleurs sa tentative de suicide), ils font presque pitié à voir. Presque, car Le jeu de la damnation n'est à lui seul qu'un formidable retournement de situation. Au-dessus de ces protagonistes, les mystérieux Whitehead et Toy (son bras droit, qu'on regrettera de voir si peu au final), tous deux possédant une situation particulièrement ambigüe.

   Le personnage le plus intéressant reste le susnommé Anthony Breer. Particulièrement anticharismatique (car obèse et acariâtre), dernier représentant de sa tribu, celle des Mangeurs de Rasoirs (et Breer mange effectivement des rasoirs), lui-même extrèmement malheureux (d'où la tentative de suicide), il s'avèrera bien plus terrifiant qu'il ne l'est au début, en particulier durant sa rencontre quelque peu mouvementée avec le personnage de Toy, où dans la scène que je nommerais "de la camomille" (afin d'éviter les spoilers de ce côté-ci). Finalement, son rôle s'avèrera bien plus important que la figure de personnage secondaire qui lui était au début prêtée.

   En somme, un très bon roman : Barker n'atteint pas des sommets par rapport à son style, mais créé néaumoins une ambiance angoissante, une intrigue étonnante et surtout de fabuleux personnages. Un bon choix pour découvrir le maître dans le domaine de l'horreur.

   Du même auteur : La série du Livre de sang (Livre de sang - Une course d'enfer - Confessions d'un linceul - Apocalypses), La série Abarat (Abarat, Jours de lumière, nuits de guerre), Le voleur d'éternité, Le royaume des devins, Coldheart Canyon, Galilée, Imajica

   Du même auteur, en courts métrages : Salomé et The Forbidden

   Du même auteur, en cinéma : Hellraiser
Par big-cow - Publié dans : Littérature
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Lundi 4 février 2008
Chiens de paille
Un film de Sam Peckinpah
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   Chiens de paille raconte l'histoire de David, mathématicien plus préoccupé par son métier qu'autre chose, qui s'installe avec sa femme en Angleterre pour travailler au calme. Bien loin de le trouver, il va être confronté aux moqueries des autochtones, jusqu'à ce que le violence qu'il contient en lui ne finisse par exploser.

   En prenant Chiens de paille, je ne m'attendais pas à grand chose : quelque chose de bon, sur la thématique de la montée de la violence chez l'être humain, sans forcément une grande recherche. Il faut dire que j'ai été au final complètement bluffé : Chiens de paille s'annonce comme bien supérieur aux autres films du même genre qu'il m'ait été donné de voir, tels A history of violence, Old Boy, Irréversible et même Taxi Driver.

   On retrouve la construction habituelle : la lente montée de la tension, jusqu'à l'explosion finale et le déferlement de violence attendu, dévastateur. Mais voilà, la comparaison avec les autres films cités ci-dessus s'arrête là. Car Chiens de paille va bien plus loin, imposant la tension dès les premiers instants, dès cette dispute entre le barman et un client, seconde scène du film. Cette tension, on la sentira longtemps, dans les réactions des personnages, dans l'attitude décalée de David par rapport aux évènements, dans les réactions des personnages qui l'entourent (sa femme en premier lieu), et la violence commencera à apparaître par touches : des railleries, quelques insultes, quelques coups bas.

   La première réelle explosion de brutalement, durant la partie de chasse de David, est fortement pressentie, mais n'en reste pas moins terriblement efficace. A ce titre, Chiens de paille réussit là où Irréversible échouera quelques 30 ans après : nous troubler violemment, nous choquer, par une scène atroce et terrifiante, dont les souvenirs resteront présents et pour ses protagonistes (car les allusions y seront nombreuses) et pour le spectateur lui-même.

   Cette même violence trouvera son apogée dans une scène finale où sera présent un Dustin Hoffman particulièrement bluffant, presque terrifiant dans la folie qui s'empare de lui en un instant, manifestation réincarnée de la barbarie. La puissance qui se dégage du personnage est formidable, hallucinante, et on reste littéralement scotché au film durant ces dernières minutes particulièrement intenses. Le tout est doublé d'un cynisme presque épouvantable du point de vue moral, le fait que le personnage se mette plus en avant pour sauver un tueur d'enfants que sa propre femme, soulignant alors d'autant plus l'inhumanité qui semble le posséder à cet instant. Durant les deux heures, la mise en scène sobre mais efficace rendra parfaitement compte de la tension et de la violence qui se dégagent de l'oeuvre toute entière.

   En somme, excellent film que Chiens de paille, chef-d'oeuvre, d'une maîtrise à ce jour inégalée dans son genre. A voir absolument, même s'il reste assez difficilement abordable.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 3 février 2008
L'associé du Diable
Un film de Taylor Hackford
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   Merci à Scorsesejunior54 pour le DVD.

   Kevin Lomax est un brillant avocat de la défense, vivant en Floride, au palmarès sans défaite. Jusqu'au jour où un cabinet d'avocats new-yorkais va s'enticher de ses réussites et requérir à ses services, jusqu'à l'embaucher. Alors que sa femme s'installera dans leur nouvel appartement, Lomax rencontrera son nouveau patron, l'étrange John Milton.

   L'associé du Diable est une bonne surprise, alors que je n'en attendais pas grand chose d'exceptionnel.Ayant appris l'existence du film dans La muraille invisible de Henning Mankell, l'auteur y faisant mention alors qu'une affiche du film est découverte par Kurt Wallander dans la penderie d'une jeune fille, j'ai visionné hier soir le DVD.

   Bonne surprise, donc, que ce film, difficilement classable : démarrant à la base comme un film prenant ses racines dans les milieux des tribunaux, à la manière du Maître du jeu de Gary Fleder, L'associé du diable se révèlera être beaucoup plus varié au fur et à mesure que son intrigue progresse. Tantôt angoissant (et d'ailleurs, les premiers passages effrayants surprennent, étant donné qu'on ne les voit absolument pas venir), tantôt politique (lors des procès), tantôt orienté polar (alors que le personnage tente pour lui d'élucider un triple meurtre), le film captive durant ses deux heures vingt, sans lassitude et avec efficacité.

   L'associé du diable a également le grand avantage du casting : ainsi réunit-il Al Pacino en patron de Lomax inquiétant et étrange, Keanu Reeves en avocat obsédé par son travail (même si l'on frôle parfois les poncifs) et Charlize Theron, femme au bord de la folie. Les personnages, et les seconds rôles y compris, sont fascinants, à l'image du film dans son ensemble.

   L'associé du diable, dans les deux grand angles qu'il aborde, à l'avantage de le faire avec finesse. C'est chose compréhensible dans la description de la folie de la femme de Kevin Lomax : abordée sous un angle psychologique, on sent la lente montée de la pression, à la fois psychologiquement et physiquement. Avec cette montée de la folie monte l'angoisse du spectateur, alors que les hallucinations se succèdent, et la mise en scène assez simple parvient par petites touches d'originalité, en travaillant sur les hors-champs et les effets de surprise, à nous frapper. Autre grand atout de L'associé du Diable : la façon dont il aborde la question du Diable en question. Car en effet, loin de se perdre dans des divagations mystico-religieuses et de s'effondrer dans la symbolique, le film sait rester fin et se contient, sans miser sur la surcharge.

   Défaut toutefois, et conséquent, de L'associé du Diable : sa fin, simpliste, facile (à deviner autant qu'à créer), et par là particulièrement décevante. Mais au vu du reste du film, cela ne saurait entacher le plaisir que l'on retire de l'ensemble. A voir.
Par big-cow - Publié dans : Cinéma
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